Afrique: Les agriculteurs ignorent que leurs activités causent des chocs climatiques

30 Juin 2020

[ACCRA] Selon une étude, les activités des agriculteurs et négociants de maïs et de volaille du Nigéria contribuent au changement climatique, mais seulement 14% d'entre eux le savent.

Pour les scientifiques, les communautés agricoles en Afrique devraient être ciblées dans les campagnes d'éducation au changement climatique afin de développer leur compréhension du rôle de l'agriculture.

Des chercheurs ont interrogé des producteurs de maïs et de volaille au Nigéria pour identifier leurs perceptions concernant l'impact de leurs industries sur le changement climatique qui menace la production alimentaire dans le pays.

Le Programme des Nations Unies pour l'environnement prévoit qu'aucun continent ne sera frappé aussi sévèrement par le changement climatique que l'Afrique, avec entre 75 et 250 millions de personnes exposées à un stress hydrique accru en 2020 et les rendements des pays en matière d'agriculture pluviale pourraient être réduits jusqu'à 50 pour cent.

Selon l'étude publiée dans le Journal of Environmental Management le 15 juin, les chercheurs ont interrogé plus de 2500 répondants entre 2019 et 2020 dans les États nigérians de Kaduna et Oyo, notamment des producteurs de maïs, des négociants en maïs, des producteurs de volaille, des meuniers et des détaillants de volaille.

« Si les gens ne voient même pas les effets négatifs de leurs activités, alors ils ne vont probablement pas adopter des pratiques ou des technologies qui sont proposées comme un moyen de [lutter contre le changement climatique]», explique Saweda Onipede Liverpool-Tasie, auteur principal de l'étude et professeur agrégé à la Michigan State University aux États-Unis.

« Il était intéressant pour nous de voir que... alors que beaucoup estimaient que [le changement climatique] affectait leurs activités économiques (63% et 71% des producteurs de maïs à Oyo et Kaduna respectivement), très peu d'entre eux (3% et 14 pour cent) estiment en fait que leurs activités contribuent au changement climatique. »

Saweda Onipede Liverpool-Tasie ajoute que la production animale, la combustion de la biomasse et le transport produisent des gaz à effet de serre.

Co-auteur de l'étude, Justice A. Tambo, socio-économiste au Center for Agriculture and Bioscience International (CABI, l'organisation mère de SciDev.Net), affirme que les technologies et les pratiques pour réduire le changement climatique, telles que l'utilisation de semences résistantes à la sécheresse pour augmenter la productivité, sont moins susceptibles d'être adoptées si les agriculteurs ne croient pas que leurs activités contribuent au changement climatique.

Il a affirmé à SciDev.Net qu'étant donné que de nombreux agriculteurs en Afrique subsaharienne dépendent principalement des agents de vulgarisation pour obtenir des conseils, il est nécessaire de renforcer la capacité de ces derniers à sensibiliser les agriculteurs au changement climatique.

«L'utilisation de plusieurs canaux de communication, y compris la radio, la vidéo, les démonstrations et les journées sur le terrain, contribuera à intensifier l'éducation sur le changement climatique», recommande Justice A. Tambo.

Technologies agricoles

Robert Asiedu, directeur de la recherche pour le développement à l'Institut international d'agriculture tropicale en Afrique de l'Ouest, déclare que les résultats de l'étude devraient être utiles aux systèmes de vulgarisation agricole et aux décideurs politiques au Nigéria et dans les pays ayant des situations socio-économiques similaires.

Les résultats sont utiles car ils informent ceux qui promeuvent ou soutiennent les technologies agricoles sensibles au climat qu'il est illusoire de supposer que les utilisateurs cibles apprécient le rôle qu'ils ont à jouer dans l'atténuation et l'adaptation au changement climatique.

« Il n'est pas surprenant que les agriculteurs ne perçoivent pas que leurs activités agricoles ont un impact sur le changement climatique », a-t-il déclaré à SciDev.Net.

« Ils ont eu une exposition limitée aux discussions et explications sur cet impact potentiel dans l'avenir. Cette lacune dans la fourniture d'informations devrait être corrigée dans les programmes sur le changement climatique ciblant les communautés agricoles. »

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