Sénégal: Levée de l'état d'urgence et du couvre-feu - Les sénégalais partagés

Après sa dernière sortie en date du 11 mai 2020, consacrant l'assouplissement de certaines mesures restrictives, le chef de l'Etat s'est adressé encore une fois avant-hier, lundi 29 juin, au peuple sénégalais, dans un discours à la nation, depuis sa résidence de Fenêtre-Mermoz, où il est actuellement en confinement.

Ainsi dans son discours, le président Macky Sall a décidé de lever l'état d'urgence et le couvre-feu y afférant. Une décision qui déchire les Sénégalais. Si certains se montrent très satisfaits de la décision, d'autres font preuve d'une inquiétude grandissante surtout en cette période où les centres d'accueil des malades à coronavirus sont débordés.

Le président de la République, Macky Sall, a annoncé lundi 29 juin 2020, la fin de l'Etat d'urgence et du couvre-feu déclaré au Sénégal depuis le 23 mars dernier pour lutter contre la covid-19. Un message qui sonne comme une délivrance chez la plupart des Sénégalais qui, juste après l'annonce, ont affiché grandement leur soulagement de se défaire de l'emprise du couvre-feu.

« Enfin, les sorties nocturnes sans répression policière », se réjouit déjà Dame diop trouvé au quartier Diam Welly de Keur Massar, visiblement très content de renouer avec sa liberté d'antan. « Non, on en avait marre, trois mois durant lesquels il n'y avait pas de vie sociale active. Pas de retrouvaille autour d'un thé nocturne avec mes potes.

Particulièrement, je ne voyais plus l'utilité de les maintenir. Durant trois mois, on s'est confinée et on a limité les déplacements, mais ça n'a pas eu d'impact majeur, car la maladie est là et ne cesse de gagner du terrain.

Maintenant, le message du président est clair, il a fait appel à la responsabilité individuelle et collective. Donc j'appelle tous au respect des mesures barrières», a-t-il soutenu.

La même complainte est notée chez sa voisine Ndeye Faye, trouvée à quelques mètres devant sa demeure. « Je suis très contente de cette décision, surtout avec l'ouverture des voies aériennes.

Franchement, j'avais beaucoup de commandes pour la Tabaski, mais je n'avais pas espoir, je ne pensais pas que les vols internationaux vont reprendre service de sitôt .et pour dire vrai, je ne m'attendais même pas à une telle décision, vu la situation actuelle de la maladie. Mais je remercie le bon dieu », se réjouit la belle dame au teint chocolaté.

A Dakar, particulièrement à la Rue 22 prolongée, un vieux de nom de famille Diop et grand frère de l'ancien international de football Amadou Diop Boy Bandit, croisé sur le trottoir, explique sa satisfaction, quant à la décision du chef de l'Etat. « Je ne fais que m'en réjouir, a-t-il fait savoir, d'autant plus que trois mois, c'est difficile.

Je pense que « Restez chez vous », où que l'on dise, sachez qu'il y a quelque chose. Parce que les gens ne peuvent pas rester comme ça dans les maisons. Moi je suis un retraité, mais j'ai ma famille à l'étranger, un peu partout en Europe.

Mais ce à quoi l'on était confronté aujourd'hui, c'était dur. Si l'on respecte les mesures barrières déjà établies, on va aller de l'avant. Parce que l'on doit regarder la manière dont les cas évoluent chaque jour», soutient-il.

Et de poursuivre : « C'est pourquoi je demande que l'on respecte les mesures et je suis persuadé qu'on va s'en sortir.

C'est parce que c'est une épreuve que nous a mise Dieu, on n'y peut rien. Mais tout compte fait, prions vraiment pour qu'il nous démette de cette pandémie. Je pense que le président de la République n'a fait que son devoir », relève-t-il.

«L'ETAT NOUS A LAISSES A NOUS-MEMES»

A proximité, Abdoul Aziz, vendeur de moutons que nous avons trouvé déjà installé au niveau du « Daral », tente d'expliquer les raisons poussant le président de prendre une telle mesure, tout en invitant les sénégalais au respect des mesures. « Je pense que le président n'a fait que ce qui relève de son devoir.

Parce que la maladie ne devrait pas empêcher les gens de sortir vaquer à leurs occupations, vu les circonstances économiques actuelles. Mais il revient aux gens d'avoir conscience de l'existence du coronavirus afin de prendre leurs précautions vis-à-vis de celui-ci.

Ce qui fait que, si vous êtes dans un lieu qui regroupe beaucoup de monde, l'on se protège et l'on évite de se toucher le visage », explique-t-il.

Et d'ajouter « Je pense que si l'on insiste sur le respect des mesures barrières, le virus sera stoppé ici au Sénégal... Je pense vraiment qu'il y va de notre responsabilité de dégager cette maladie dans le pays », a-t-il conclu.

Plus sceptique, Ndongo Diagne redoute pour sa part une aggravation de la maladie : « Depuis un certain temps, le virus continue de circuler d'une manière exponentielle. Vraiment, l'Etat nous a laissés à nous-mêmes.

C'est incroyable ce qui se passe. Le Sénégal est l'un des seuls pays du monde où plus la maladie progresse, plus les mesures pour stopper celles-ci sont allégées. Macky Sall vient juste de confirmer le suicide collectif qu'il avait annoncé il y a un mois.

Cette levée de l'état d'urgence nous ramènera au stade zéro. Et toutes ces décisions prises nous amènent à douter de l'existence du virus dans notre pays », s'indigne-t-il.

Plus de: Sud Quotidien

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