Afrique: Le quotidien de la folie en Afrique

RFI et la revue Politique Africaine s'associent pour une émission spéciale à l'occasion de la sortie ce mois-ci d'un numéro de la Revue consacré à « L'ordinaire de la folie » sur le continent africain. Reportages, invités et analyses à réécouter en replay.

Quelle prise en charge de la folie sur le continent ? Familiale ou médicale ? Est-on « fou » ou considéré comme « fou » de la même manière à Antananarivo ou à Accra ? Que nous apprennent les représentations de la folie sur les sociétés africaines et de leur évolution ? Voici quelques unes des questions abordées dans le dernier numéro de la revue Politique Africaine consacré à « L'ordinaire de la folie » en Afrique.

« Il s'agissait à la fois de questionner la multiplicité des définitions et des représentations qu'on se fait de la folie et du trouble mental sur le continent et d'interroger leur évolution », explique l'historien Romain Tiquet, co-coordinateur de ce dossier.

La santé mentale reste le « parent pauvre des politiques publiques de santé », poursuit le chercheur. Les Etats y consacrent en moyenne moins de 1% de leurs budgets de santé, contre 6 à 12% en Europe ou en Amérique du Nord. Selon l'OMS, moins de 20% de la population sur le continent africain a accès à des soins de santé mentale. La plupart des moyens et ressources disponibles en santé ont tendance à être concentrés sur d'autres maladies, en particulier le VIH/Sida ou le paludisme.

Des malades pas ou mal diagnostiqués

Par ailleurs, les données fiables sur la prévalence des troubles mentaux sont rares. De nombreux malades ne sont pas ou mal diagnostiqués. Le trouble mental est encore très souvent considéré comme une malédiction, relevant de la sorcellerie ou d'une présence démoniaque, ce qui conduit à marginaliser les malades plutôt que de leur faciliter l'accès aux soins.

L'ordinaire de la folie se vit donc principalement « hors les murs », peut-on lire dans la revue. Le passage par les structures de soin psychologique ou psychiatrique ne constitue « qu'un moment de la trajectoire des malades ». Et les patients y arrivent le plus souvent tardivement au terme d'une longue errance thérapeutique, comme l'illustre le reportage de notre correspondante à Dakar Charlotte Idrac à la clinique psychiatrique de l'hôpital Fann, à Dakar.

« Dakar concentre l'essentiel des structures de santé mentale au Sénégal », constate Papa Mamadou Diagne, socio-anthropologue de la santé mentale au Sénégal. Ailleurs, « il est très difficile d'avoir recours à un psychiatre », remarque encore le chercheur qui s'est penché sur la fracture entre urbain, rural et péri-urbain dans la gestion de la maladie mentale.

Recours aux guérisseurs ou autres structures traditionnelles

L'aspect financier est également un frein à la prise en charge. « Sans savoir combien cela va lui coûter une famille sera réticente à se rendre à l'hôpital. D'autant qu'au Sénégal la maladie mentale n'est pas prise en charge par le système de protection sociale », explique encore Papa Mamadou Diagne.

Dans ce contexte, surtout en zone rurale, les populations rurales ont tendance à privilégier le recours aux guérisseurs et autres structures traditionnelles. A Madagascar, c'est dans des Toby, ces centres d'accueil du mouvement protestant luthérien du Réveil, que les malades sont amenés en dernier recours, une fois que leurs proches ont épuisé toutes les possibilités « autres » de guérison. La Grande Ile en compte environ 200, répartis aux quatre coins du pays. La vie du malade y est rythmée par la liturgie intensive, les sermons, les chants, les prières, comme le montre le reportage de notre correspondante Sarah Tétaud, qui a assisté en immersion à une séance de guérison.

« Cette particularité malgache est liée à l'importance du mouvement du Réveil très attaché à l'église luthérienne. L'expansion du Toby est donc liée à l'expansion des églises de réveil », souligne Romain Tiquet. Mais la Grande Ile n'est pas un cas isolé. « La question de la guérison par les thérapies religieuses ou magico-religieuses est très présente sur le continent africain et a été très documentée ».

Invités de l'émission :

- Romain Tiquet, historien, chercheur au CNRS en histoire contemporaine de l'Afrique et co-coordinateur du numéro de la revue (avec l'anthropologue Gina Aït Mehdi.

- Papa Mamadou Diagne, socio-anthropologue de la santé mentale au Sénégal

La revue Politique africaine est à retrouver ici

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