Malawi: Enseignant·e·s et mères se serrent les coudes pour garantir la scolarité des filles

Isaac Zatha, directeur de l'école primaire de Chapita dans le district de Salima (Malawi), a passé des années à voir disparaître les écolières après leur mariage ou bien au moment de leur grossesse. « Chaque mois, je recevais un rapport sur une élève qui abandonnait sa scolarité, et à la fin de l'année, elles étaient nombreuses », se rappelle-t-il.

Les garçons étaient certes concernés, mais la tendance était beaucoup plus inquiétante chez les filles. Sur l'année scolaire 2013-2014, quatre filles sont tombées enceintes et ont quitté l'école. L'année suivante, cinq autres filles ont abandonné leur scolarité, puis quatre autres l'année d'après.

« Les leaders de la communauté semblaient résignés, et paraissaient trouver normal que les filles se marient jeunes », explique M. Zatha.

Près de 42 % des filles au Malawi sont mariées alors qu'elles sont encore enfants, selon des statistiques récentes. Près de 29 % des filles âgées de 15 à 19 ans ont déjà commencé à avoir des enfants, selon un sondage de 2015. Le mariage et la grossesse, qui vont souvent de pair, contribuent à un fort taux de déscolarisation dans le pays.

« Je savais que pour que cela change, il fallait que la communauté commence par accepter que l'éducation d'une fille est tout aussi importante que celle d'un garçon », affirme M. Zatha à l'UNFPA.

Veiller à la scolarisation des filles

Les choses ont commencé à changer il y a 4 ans, lorsqu'un programme pour garantir la scolarité des filles a été mis en place dans la communauté locale.

Le Programme conjoint pour l'éducation des filles a été lancé dans les régions de Dedza, Mangochi et Salima. Il est mis en œuvre par des agences de l'ONU, sous la tutelle de membres de la communauté, dont des enseignant·e·s, des conseils parents-professeur·e·s, ainsi que des groupes de mères, grâce à des financements du gouvernement norvégien.

L'UNFPA s'occupe principalement de fournir aux élèves une éducation complète à la sexualité. Les leçons comprennent non seulement des informations sur la prévention des grossesses non désirées et les infections sexuellement transmissibles, mais également une éducation sur l'égalité des genres, les droits de la personne et l'intérêt de retarder le mariage jusqu'à l'âge adulte.

Le Programme alimentaire mondial s'occupe d'assurer l'alimentation à l'école, ce qui encourage les familles vulnérables à continuer de scolariser leurs enfants. L'UNICEF travaille également au renforcement de la qualité de l'éducation et à la sécurité de l'environnement scolaire.

« Ces activités sont très importantes, car elles répondent à certains des problèmes fondamentaux qui provoquaient généralement la déscolarisation des filles », explique M. Zatha, qui travaille d'arrache-pied pour assurer le succès du programme dans son école.

L'intervention des mères

Le programme travaille également avec des membres de la communauté. Des groupes de mères ont été formés à apporter conseils et sensibilisation aux filles qui ont quitté l'école ainsi qu'à leur famille, dans le but de les rescolariser.

« Nous faisons un travail difficile », déclare Eunice Mphambo, responsable du groupe des mères de Chapita. « Nous sommes parfois chassées par des parents qui n'apprécient pas notre travail. Mais nous continuons de les solliciter jusqu'à ce qu'ils comprennent que ce que nous faisons est dans l'intérêt de leur enfant. »

Mme Mphambo est passionnée par ce travail. Sa propre scolarité a connu une fin précoce, et elle est très fière de voir d'autres filles échapper à cette fatalité.

« Les gens remettent parfois en question mon engagement car j'ai travaillé toutes ces années comme bénévole, mais le sentiment que l'on éprouve lorsqu'on parvient à rescolariser une jeune fille est indescriptible », raconte-t-elle.

« L'une des filles que nous avons aidée à se soustraire au mariage précoce alors qu'elle était à l'école primaire est désormais au lycée. Cette année, elle va passer ses examens finaux », ajoute Mme Mphambo. « J'ai bon espoir qu'elle les valide et que cela inspire d'autres filles de la communauté à bien travailler à l'école. »

À 15 ans, Laureen Tomasi a récemment pu être rescolarisée après avoir épousé son petit ami. « J'ai tenu à retourner à l'école et à travailler dur pour pouvoir aider ma mère à sortir de la pauvreté », déclare-t-elle.

M. Zatha et l'école primaire de Chapita commence à constater les retombées positives de tous ces efforts. Depuis l'année scolaire 2017-2018, aucune des élèves n'est tombée enceinte ni n'a abandonné sa scolarité.

Ce n'est d'ailleurs pas leur seule réussite : la défense de l'éducation des filles à contribué à une augmentation significative de leur scolarisation, avec 803 filles scolarisées en 2020 contre 751 en 2019.

Aujourd'hui, l'UNFPA met en œuvre ce programme dans plus de 160 écoles du Malawi.

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