Sénégal: Statue de Faidherbe à Saint-Louis - Le maire Mansour Faye a bien reçu nos messages

1 Juillet 2020
analyse

Laissons-lui le soin d'écrire avec le conseil municipal actuel l'Histoire. Il a tenu récemment un discours ancré dans le passé, le présent et l'avenir. Je suis d'accord avec lui que Ndar est une ville historique, une ville aux confluents de nombreuses cultures.

Il ne s'agit donc pas d'effacer l'Histoire, mais de l'assumer en pleine conscience. J'ajouterai, une ville définitivement métisse et ouverte au monde.

C'est pourquoi, dis-je, Saint-Louis ne devrait pas laisser cette statue balafrer son visage, laisser cette horrible statue la diviser !

Nos concitoyens héritiers de la pensée prospective du grand philosophe sénégalo-français Gaston Berger, père de l'excellent chorégraphe Maurice Béjart avait mis sur la table le déboulonnement de la statue de Faidherbe avant même la question des Noirs revenue ces derniers jours aux Etats-Unis d'Amérique et dans le monde entier avec la mort atroce de notre regretté frère Georges Floyd.

La danse qu'ils dansent, ces jours, n'est pas le fruit d'un mimétisme et /ou d'un suivisme pour occuper la place publique et/ou pour se dégourdir les jambes à cause du confinement imposé par la situation sanitaire mondiale liée à la Covid-19.

C'est dire que les Sénégalais ne sont pas dans l'émotion passagère mais dans la vraie émotion, qui n'est pas manque de raison mais raison supérieure de l'âme et du cerveau.

L'émotion n'est pas négative ou manque de raison, elle est, je dis, la raison première et dernière qui fait de l'empathie, c'est-à-dire cette capacité à devenir autrui, en le regardant, en le touchant, en le sentant, la sublime aune sur laquelle se meut toute raison qui reste et se veut humaine !

Je voudrais donc encourager Mansour Faye, maire de Saint-Louis, à prendre en charge ce qui peut paraître dérisoire, car oui, osons-le dire, déboulonner une statue ne nous donnera pas à manger à notre faim... , ne nous donnera pas notre pain quotidien !

Et c'est pour soutenir, hic et nunc, que ce n'est point qu'on a soif que l'on s'enfonce dans une bassine savonneuse. La glissade, l'étouffement, l'empoisonnement !

Une statue dans une ville n'est pas qu'un décor inanimé, elle parle, elle exprime des imaginaires, elle constitue un pan du patrimoine. Elle donne à voir et à entendre. La place de Faidherbe serait bien dans un musée avec une plaque explicative, pas dans nos rues.

Louis Faidherbe représente ce viol intact qui ne saurait être éternel de nos imaginaires. Le Sénégal, mon cher pays, n'a-t-il rien de plus disant à offrir à sa jeunesse ?

Dépolitiser la vision «déboulonniste»

Autant les partisans que les non partisans du maintien de la statue de Faidherbe et de certains noms de rues ont le droit de s'exprimer librement.

Notre grande démocratie sénégalaise le permet. Etant le premier magistrat de la ville, il est aussi normal que les satisfactions et complaintes convergent au bureau du maire. A lui de prendre de la hauteur, d'écouter, d'entendre et de comprendre afin d'agir avec assurance et clairvoyance.

Question du présent, d'avenir et de solidarité panhumaine

Il s'agit donc d'avoir le courage de nous dire nous-mêmes, de réinventer dans un rapport d'égalité, de respect absolument mutuel, notre avenir commun avec notamment nos parents français.

Croire que les Africains ont une haine envers la France est une hérésie décrétée par un conglomérat de fanatiques nostalgiques de l'esclavage et de la colonisation.

Autant de crimes contre notre commune humanité ! Les Africains sont très lucides, comment peut-on être les fils aînés de la Terre et manquer de tant de sagesse pour détester autrui, même ceux qui ont fait du racisme leur pain béni pour soumettre dans l'indignité pendant des siècles leurs soeurs et frères !

La stratégie de l'insulte, qui fait rage en France quand on écoute une grande partie de la presse et une certaine petite élite cathodique, qui semblent symboliser, dans une amnésie traumatique, et loin de cette France des idées, a pour objectif de nous mettre dans la honte en ignorant sciemment les souffrances des peuples noirs et leur apport inestimable à la liberté du monde.

L'Etat de France a donc un rôle à jouer pour faciliter l'érection de nouveaux rapports de civilités dans la responsabilité et dans la douceur.

Continuer, cependant, à s'emmurer dans un voile d'arrogance, de mensonges d'Etat, de déni, au détriment des vérités historiques et de la trajectoire historique de nos peuples, repris par de médiocres journalistes et autres chroniqueurs occidentaux au service de l'arrière garde mais aussi, chez nous, par de quêteurs de médailles, n'augure rien de bon.

Les yeux dans les yeux !

Se dire les vérités et aller ensemble pour la vraie conquête solidaire de notre humanité ! Et Ndar Guedj (Saint-Louis du Sénégal) doit être présente au nouveau et juste rendez-vous du donner et du recevoir, jouer sa partition, comme elle l'a toujours fait.

Evitons, cependant, de tomber dans le mysticisme d'un universalisme qui efface les particularismes, notamment quand c'est uniquement une partie qui doit s'effacer au profit de l'autre.

Je ne crois à aucune supériorité de l'homme sur l'homme, d'un sang sur un autre. L'universalisme doit être alors la somme consentie des différents apports des peuples !

Cela doit être à l'image d'un jardin beau de la diversité de toutes les fleurs qui le composent. Celui qui m'aime et déteste ma couleur me condamne ontologiquement, me nie.

Comment lui faire confiance ? Tout est là, créer une confiance basée sur le principe éternel de la dignité humaine. Partir du particulier, nous apprend Léopold Sédar Senghor, pour aller vers l'universel.

Journaliste accrédité auprès de l'Onu à Genève, diplômé de l'Université Gaston Berger de Saint-Louis du Sénégal, directeur du magazine panafricain

ContinentPremier.Com

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