Congo-Kinshasa: COVID-19 et insécurité alimentaire - Quelles leçons de politique agricole pour une RDC souveraine post-crise ?

La pandémie à coronavirus s'est propagée à l'échelle internationale à une vitesse telle que tous les pays du monde ont pris, quasi-instinctivement, des mesures pour tempérer cette progression meurtrière et nocive pour l'économie.

Près de cinq mois après les premiers cas diagnostiqués en dehors de la Chine, berceau malheureux de la Covid-19, les pays ont commencé à rouvrir leurs frontières, à laisser circuler les personnes et à renouer avec les activités de production, tout en respectant, tant que faire se peut, les gestes dites barrières.

En RDC, le « déconfinement » de la commune de la Gombe, centre d'affaires de la capitale et siège des institutions, se fait progressivement, avec la suppression des postes de contrôle et la liberté d'entrer et de sortir de cette zone. Tout porte à croire qu'en fin de compte, il sera question de vivre avec cette maladie en adoptant un comportement qui évite la contamination, en attendant qu'un vaccin ou un traitement soit trouvé, peu importe son origine (occidentale, orientale ou africaine... ) et son protocole (formel ou « informel »).

Les gouvernements ont compris que si le virus s'attaque aux individus, le confinement est un agent pathogène pour l'économie. Mais si le premier peut tuer assez rapidement quelques personnes et semer le deuil dans des milliers de familles, le second peut causer, à moyen terme, la désolation dans des milliards de ménages.

A présent, le plus important c'est de tirer des leçons pour l'avenir, en particulier en matière de politiques publiques. A défaut de pouvoir considérer tous les domaines de la vie publique, le docteur Bobo B. Kabungu, économiste, technicien de développement rural et spécialiste en évaluation des politiques publiques, considère l'axe des politiques structurelles, avec comme créneau le secteur agricole, au regard du paradoxe du potentiel productif du pays face à la faim caractérisée qui sévit à travers l'un des pays les plus gâtés par la nature. Il rappelle et salue les mesures prises jusqu'ici par les hautes instances allant dans le sens (i) du soutien à l'activité économique et à la consommation des ménages) et (ii) de la préservation du cadre macroéconomique via, notamment, un ajustement budgétaire. Cependant, il se projette dans le moyen et le long termes en suggérant une dialectique triangulaire de la résilience alimentaire. Pour lui, la dialectique pro résilience alimentaire voudrait que l'on associe les trois dimensions évoquées supra dans une seule acception intégrant, à la fois, le droit (souveraineté), la stratégie (autosuffisance ou indépendance) et l'état (sécurité).

Ainsi, un pays résilient sur le plan de l'alimentation serait celui qui promeut une indépendance de production végétale et animale de façon à garantir à sa population le droit et l'accès à une alimentation saine et adaptée à ses besoins.

Alors que la RDC est richement bénie avec un sol aux qualités exceptionnelles et un bassin hydrographique hors pair, ses millions de terres arables ne sont exploitées que timidement. En dehors de cette insuffisance de superficies cultivées, il convient également de citer l'enclavement des entités productrices et l'insécurité.

A ces causes internes de retard, il ajoute (i) les problèmes relatifs au déficit managérial et enregistré en matière d'appui financier et (ii) les contraintes relatives à la production, les difficultés de commercialisation à la suite, notamment, de la baisse des cours des matières sur le marché international étant causes externes.

D'où la nécessité, entre autres actions, de :

- procéder à l'évaluation des mesures prises récemment par le Gouvernement pour soutenir la production agricole interne ;

- accorder un financement aux projets agricoles rentables et inclusifs susceptibles d'avoir un effet en tâche d'huile sur le secteur ;

- retenir les routes de desserte agricole parmi les priorités des voies de transport à réhabiliter ; - promouvoir le partenariat producteur ;

-distributeur qui a l'avantage d'huiler les mécanismes du marché et de favoriser la transparence dans la chaîne ;

- renforcer les capacités des différents acteurs de la chaine agricole à l'effet de favoriser l'augmentation de la production au niveau local ;

- mieux coordonner la gestion des ressources naturelles et la lutte contre la dégradation de l'environnement ;

- doter le pays d'une politique de promotion et de financement des PMI/PME.

Une autre mesure, applicable sur le moyen terme, consiste à mettre en place un Plan Spécial de Reprise Agroindustrielle post-Covid-19 destiné à relancer la production agricole nationale, consolider la sécurité alimentaire et améliorer le revenu et les conditions de vie des producteurs agricoles. Le mécanisme ad hoc devrait reposer sur une intervention à trois axes : (i) appui en matériel et en semences améliorées pour accroître le rendement, (ii) encadrement des « agripreneurs » dans le montage de projets bancables et leur orientation vers des guichets spéciaux différents de ceux de la finance traditionnelle (octroi de crédits d'intrants à taux bonifiés par exemple) et (iii) imposition d'une taxe aux propriétaires de terres inexploitées, sauf pour raisons exceptionnelles d'insécurité ou d'impraticabilité des voies de desserte agricoles.

Voilà une autre dimension de commémorer l'indépendance de la RDC qui, malgré ses soixante ans, peine à être autonome sur le plan économique et alimentaire.

Docteur Bobo B. Kabungu, économiste, technicien de développement rural et spécialiste en évaluation des politiques publiques

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