Congo-Kinshasa: 60 ans d'indépendance après - La RDC à la croisée des chemins !

analyse

Je profite de l'occasion que nous offre la commémoration de 60 ans de l'indépendance de la République démocratique du Congo, notre Pays, et de l'élévation du Président Joseph Kasa-Vubu, premier Président de la République, au rang de Héros national au même titre que le Premier Ministre Patrice Emery Lumumba et Mzee Laurent-Désiré Kabila, pour faire la présente réflexion. Ainsi, comme il n'est jamais trop tard pour bien faire, en tant que abakiste kasavubiste, je félicite et remercie Monsieur le Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, pour cet honneur à l'endroit de Feu le Président Joseph Kasa-Vubu.

Mais, quel est le sens qu'il faut donner à cette élévation. C'est bien une reconnaissance de l'homme Joseph Kasa-Vubu, en tant que Père de l'indépendance de notre Pays et de sa pensée politique.

Pour rappel, à l'indépendance de notre Pays, trois courants idéologiques et politiques étaient en concurrence, à savoir le courant unitariste, avec comme chef de file Patrice Emery Lumumba, le courant fédéraliste avec à sa tête Joseph Kasa-Vubu et le courant confédéraliste prôné par Moïse Tshombe.

Le courant unitariste de Lumumba prônait l'indépendance, mais en souhaitant hériter des structures politiques de l'Etat unitaire centralisé en vigueur sous la colonisation belge. Le courant confédéraliste de Moïse Tshombe voulait le repli sur soi des communautés composant l'Etat du Congo, avec éventuellement la réhabilitation des anciens Etats traditionnels qu'étaient les empires, royaumes et sultanats de la période précoloniale.

Cependant, le courant fédéraliste prôné par Kasa-Vubu au nom de son parti politique ABAKO et de ses alliés du Cartel des partis nationalistes fédéralistes (PSA d'Antoine Gizenga et Kamitatu, MNC/Kalonji de Albert Kalonji) était un courant de compromis entre les deux courants extrêmes qu'étaient le courant unitariste de Lumumba et le courant confédéraliste de Tshombe.

En effet, Kasa-Vubu voulait l'unité au sommet du Pays mais l'autonomie à la base pour laisser jouir aux différentes communautés composant le Congo leur diversité culturelle.

Voilà pourquoi Kasa-Vubu, devenu Président de la République, a fait adopter la Constitution du 1er août 1964, dite Constitution de Luluabourg, avec le contreseing de Tshombe, devenu Premier ministre, lequel a semblé évoluer vers le fédéralisme, dans le cadre du courant idéologique de compromis prôné par le Président Kasa-Vubu et consacré par la Constitution du 1er août 1964. Malheureusement, profitant de la crise parlementaire d'octobre - novembre 1965, le général Mobutu, un unitariste lumumbiste, prit le pouvoir d'Etat et écarta peu après la Constitution fédéraliste du 1er août 1964, en instaurant un système unitariste de centralisation du pouvoir dont le constat d'échec politique cuisant sera expressément fait par lui-même, 25 ans plus tard, dans son discours du 24 avril 1990.

Les assises de la Conférence nationale souveraine de 1991-1992 ont voulu revenir sur le fédéralisme, mais c'était sans compter avec le Président Mobutu qui était encore au pouvoir et qui va saboter l'application des résolutions de la Conférence nationale souveraine.

Et après ?

Après Mobutu, ce sont d'autres unitaristes lumumbistes qui viendront au pouvoir, à savoir, Mzee Laurent Désiré Kabila et le Président Joseph Kabila, lesquels trouveront leur compte idéologique et politique dans le maintien du système unitariste.

C'est le dialogue inter congolais de Sun City qui donnera lieu à l'adoption de l'actuelle Constitution du 18 février 2006, qui est un compromis entre les unitaristes et les fédéralistes. Malheureusement, les unitaristes lumumbistes, mobutistes, kabilistes et gizengistes qui se sont coalisés après les élections de 2006 ont tout fait pour que les aspects du fédéralisme se trouvant dans la Constitution du 18 février 2006 soient galvaudés, comme la retenue à la source par les provinces de 40% de recettes à caractère national, remplacée malencontreusement par le terme rétrocession qui n'a jamais été mentionné dans la Constitution.

Ventres vides...

Et même la Caisse de péréquation tardera à être mise en œuvre. Apparemment, l'alternance intervenue le 24 janvier 2019 n'y change rien. Le constat malheureux qui est fait est la centralisation du pouvoir et de l'essentiel de moyens financiers à Kinshasa, où la quasi-totalité de recettes à caractère national est consommée, en termes de rémunérations et fonctionnement des institutions budgétivores du Pouvoir central, au grand dam de provinces qui n'ont que leurs ventres vides et leurs bouches pour exprimer régulièrement leurs doléances, car même le budget de leurs investissements est géré à Kinshasa.

Résultat : à l'intérieur du Pays la misère s'accroît, il n'y a guère d'infrastructures routières, sanitaires, scolaires, pas d'eau potable et d'électricité, pas de sécurité alimentaire et sociale pour les populations. Bref, la pauvreté, loin de reculer, augmente aujourd'hui, aggravée davantage par la pandémie de la Covid-19.

Que faire ?

N'ayons pas honte de reconnaitre l'échec du système unitariste. Ainsi, avec l'élévation de Joseph Kasa-Vubu comme Héros national en ce 30 juin 2020, adoptons ainsi sa pensée politique qui est une vraie alternative au courant unitariste prôné par l'autre Héros national qu'est Patrice Emery Lumumba et par tous ses héritiers idéologiques et politiques (lumumbistes, mobutistes, kabilistes, gizengistes) pour laisser place au courant fédéraliste de Joseph Kasa-Vubu dont la pensée politique a produit les cinq valeurs politiques qu'il a prônées et réellement pratiquées, à savoir : (1) la démocratie pluraliste, (2) le fédéralisme qui n'est pas du séparatisme, (3) la bonne gouvernance, avec honnêteté dans la gestion de la chose publique et le respect du bien commun, (4) la justice distributive avec un revenu national équitablement partagé notamment, en termes de rémunérations des agents publics, du Président de la République à l'Huissier, (5) la sauvegarde de l'indépendance et de l'unité nationale.

Le développement de la République démocratique du Congo passe par là, sinon nous aurons encore à patauger pendant les 60 prochaines années, si l'on doit perpétuer le système de l'unitarisme centralisateur et prédateur actuel.

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