Congo-Kinshasa: Une petite histoire politique d'un pays au destin broyé

opinion

Je saisis, en résumé comment cette portion de la terre au cœur de l'Afrique est devenue le Congo belge par la seule volonté impériale du roi des Belges, Léopold II et ses amis impérialistes de l'époque : l'Amérique, la France, l'Allemagne, la Russie, etc. et j'ai étendu ce comment dans l'espace-temps allant de 1885 à 1908.

Cette dernière année étant celle de la mort du souverain belge et du changement de la nature de l'Etat Indépendant du Congo en Congo belge. Dès ce moment, la « mise en valeur » de la colonie a commencée. La Belgique coloniale s'est instituée en « mère patrie » et s'est vue plaquée devant deux volontés tout à fait contradictoires : comment concilier d'une part, le « développement culturel » des Congolais tout en étant fidèles à sa mission cachée : la colonisation et l'exploitation ; et aussi à celle de «vassaliser» les indigènes d'autre part. Voilà ce qui est embarrassant et malaisé pour la Belgique. L'antagonisme est net, pendant que les indigènes sont devenus « peuple Congolais » sans personnalité internationale.

Telle était la situation jusqu'en 1960 l'année de l'arrachement de l'indépendance du Congo à la Belgique. La situation elle-même était déjà bousculée dès 1956 par des signes avant-coureurs des revendications relatives à la décolonisation. La rapidité effrénée des événements s'est inscrite dans le jeu complexe et serré qu'on a pu qualifier, à juste titre de « pari à haut risque ». En 1958, la Belgique prise de court par l'histoire, décida de fixer clairement les lignes maîtresses de son désengagement colonial en Afrique.

Patrice Lumumba, le plus courageux de presque tous les leaders, dans un meeting historique du 25 décembre 1958, dit sans ambages ses « adieux » aux colonialistes belges et à la Belgique comme il aimait les qualifier. Le 4 janvier 1959, Léopoldville, la capitale congolaise, déjà politiquement et socialement chaude, éclate sous les émeutes sanglantes qui, au fait, étaient une manifestation-matérialisation des tensions et frustrations longtemps accumulés chez les Congolais.

La Belgique, dans un désarroi total, se précipite au « clocher » de l'indépendance pour sauver ce qu'elle pouvait sauver dans ses intérêts. C'est dans la tourmente que l'indépendance de la colonie belge est proclamée à la suite des conclusions de la réunion expédiée rapidement à la table ronde belgo-congolaise. Par ailleurs, je dois dire que dans cette envie de devenir, d'être indépendant, les leaders congolais, presque tous, laissaient voir manifestement des comportements subtils et obnubilés par la « mystique » de la liberté et de l'indépendance. Ils ont oublié qu'un tel héritage était chaud, et même très chaud et visiblement empoisonné par des contradictions et des déséquilibres de tout genre. On les a vu euphoriques souvent désinvoltes et distraits, réclamant un Etat Congolais, non comme un lieu du destin historique de la future société à créer, mais comme un simple fait ou une occasion du bien être personnel et un symbole de libération du joug du colonialisme et de l'esclavage.

Mais le Congo de 1960 même indépendant, doit lire encore beaucoup de livres. La suite de l'histoire est bien connue ; cinq jours seulement plus tard, l'armée coloniale, la Force Publique, se rebelle contre le nouveau gouvernement que dirigeait P. Lumumba. Les troubles, comme une traînée de poudre, s'étendent dans d'autres régions de la République plongeant ainsi tout le pays dans l'anarchie violente, jamais connue dans l'histoire du Congo-Belge. Dans la panique, la Belgique, son gouvernement vide précipitamment le Congo de la population blanche belge particulièrement.

Entre temps, au Congo même, Joseph Kasa-Vubu, Patrice Lumumba et Joseph Mobutu sont devenus respectivement président de la République, premier ministre et chef d'État-major de la « nouvelle armée ». La débâcle atteint son paroxysme en juillet 1960 avec la dissidence des deux provinces riches en minerais. Celle du Katanga très riche en cuivre et autres minerais et celle du Kasaï au Sud, riche en diamant. Tout cela, tenez-vous bien, avec la complicité des Belges, des Occidentaux et de quelques personnalités congolaises au service de l'impérialisme colonial.

L'époque est de la guerre froide EST-Ouest. P. Lumumba, aux allures un peu trop nationalistes, est vite taxé de « communiste ». Il n'aura donc pas de place dans l'ancienne colonie belge en Afrique centrale ; car devant rester dans le camp occidental. L'organisation des Nations Unies entre maladroitement en scène ; elle s'enlise naturellement dans la « boue » congolaise. P. Lumumba fait déjà l'objet d'un complot ourdi par la très célèbre CIA, le gouvernement belge et l'ensemble des pays occidentaux. Il meurt assassiné au Katanga en sécession, le 17 Janvier 1960, soit huit mois après le vibrant discours de l'indépendance qualifié de « l'incartade » particulièrement par les milieux belges conservateurs. Joseph Mobutu, son ancien secrétaire, est bien dans l'ombre, lui, membre obscur de la CIA au Congo.

Désormais, comme je l'ai écrit dans mon Illusion tragique du pouvoir au Congo Zaïre (2007), le Congo, devenu un Etat postcolonial, va cesser d'être ce lieu de coexistence, pour devenir celui de la rupture entre Blancs et Noirs d'une part, et entre Congolais eux-mêmes d'autre part, et enfin entre jeunes leaders et les masses populaires. L'évolution de ce processus a débouché sur l'impasse qui coiffe l'échec de la tentative de construction du nouvel Etat. Suspens ! Qui tirera les ficelles ?

C'est bien Joseph Désiré Mobutu ; ce jeune homme ambitieux et courageux qui, jusque-là, était en embuscade et indicateur clandestin dans la sécurité belge et même dans le service secret des américains. C'est lui, le sapeur de toute l'action du premier ministre Lumumba. Il est l'homme des Occidentaux et avec cet avantage, il va faire son ascension personnelle. Ainsi, le 14 septembre 1960, dans la confusion totale, va-t-il opéré un mini coup d'Etat et prendre le pouvoir en neutralisant tous les politiciens congolais. Il installe une sorte de gouvernement qu'il appellera « collège des commissaires généraux ». Le voilà entrain de jauger l'étendue de ses capacités et aptitudes politiques de gouverner. Il gardera ce pouvoir pendant six mois, du 14 Septembre 1960 au 7 février 1961.

Pendant ce temps, le premier ministre P. Lumumba est plongé dans l'épreuve de la mort ; dans les tourments de son probable élimination physique. Les Occidentaux disent de lui qu'il est « communiste » allié de Moscou, Pékin, Havane... Et ils savent que « tuer un communiste n'est pas un péché ». L'après Lumumba est en marche dans la tête des stratèges de la Maison Blanche et de la CIA. Pour eux, Mobutu peut faire l'affaire ; et autour de lui, on peut bâtir la conspiration contre Lumumba. Comprenant ceci/cela, ce dernier prend les larges et s'enfuit vers l'Est du Congo vers Kisangani. Tout lui paraît lugubre. Et dans la nuit du 27 au 28 Novembre 1960, le voici en route vers le Kwango. Pour Mobutu et ses Commissaires généraux « le lapin n'est pas bien loin... il sera liquidé coûte que coûte ». Ça sera vite fait. Le 2 Décembre 1960, il est arrêté et ramené à Léopoldville. On l'a vu tout malheureux, ligoté mains derrière le dos, en chemise blanche désordonnée et ensanglanté. Il est épuisé et fatigué. A ses côtés ses amis prisonniers Bonde et Mondjongo. Mobutu peut enfin respirer et s'éponger la figure et aussi lancer un bon ouf de soulagement.

De Léopoldville, P .Lumumba est expédié à Thysville non loin de là, dans une geôle estimée plus rassurante. On a même envisagé de le transférer à Bakwanga chez son rival A. Kalonji le « Mulopwe » de Baluba. Après coup, Kasavubu décida de le faire interner au Katanga sécessionniste où était, jadis, incarcéré S. Kimbangu. Et le 17 Janvier 1961, le bref calvaire et le martyre de Lumumba et de ses amis Mpolo et Okito ont commencé. On les sortit d'une petite villa isolée de la brousse, chez un certain Brouez et, froidement, on les assassinant par les mercenaires belges Vershure, Gat, Michels en présence des « gros messieurs » du gouvernement katangais. On a donc pris l'initiative, pour le moins curieuse, d'expédier aux sécessionnistes le Premier ministre d'un gouvernement légal avec lequel ils étaient en été de guerre. Paradoxe !

Et puis, c'est le calme, les assassins ont fait bénéficier le monde pro-occidental de leur allégresse. Les gentleman de Léopoldville se congratulent et se délivrent des mérites civiques. Le « collège » des commissaires généraux a disparu aussitôt. Les tentatives de réconciliation des uns et des autres peuvent commencer. Dans ce contexte, on organise vite les conférences de Tananarive (8-12 mars 1961) et coquilhatville (28 Avril-28 Mai 1961) ; leur échec a conduit sous l'égide de l'ONU, au conclave de Lovanium (22 juillet-2 août 1960). Ici, en dépit de la majorité parlementaire retrouvée par les pro-lumumbistes, c'est C. Adoula, cet autre membre du groupe pro-occidental de Léopoldville, qui est désigné au poste de Premier ministre d'un gouvernement dit « d'union nationale ». Apparemment, le pays retrouve son unité mais les politiciens pro-lumumbistes ne sont pas prêts à lâcher prise. Pour eux, le « pouvoir du peuple a été volé par les réactionnaires ». Dans cette logique, ils décident alors, d'une façon ou d'une autre d'entrer en rébellion. La période de 1963 à 1965 est, en effet, celle des insurrections qui se soulèvent au Sud, à l'Est et au Nord du Congo.

Les rébellions, dans ces circonstances, on le devine, vont gagner les trois quarts du pays, le longeant, ainsi, dans le chaos général. Le gouvernement de C. Adoula est, tout naturellement, dans l'incapacité réelle de faire face à cette situation complexe. Mobutu, devenu général de l'armée Nationale Congolaise, relève de nouveau la tête avec la bénédiction des Américains et de tous les occidentaux. Il veut se charger de mâter les insurrections. Tshombe, l'ancien sécessionniste, en villégiature en Espagne, depuis la fin de son aventure katangaise, est revenu aux affaires. L'homme est bien connu de Mobutu et des Occidentaux. Il a l'expérience du mercenariat. C'est vite fait ; le voici au Congo à la tête d'un nouveau gouvernement dit de « Salut Public ». D'imbroglio en imbroglio politique, le mariage Kasa-Vubu, Mobutu et Tshombe est de raison, et la raison étant devenue une déraison, Mobutu a compris que, pour lui, l'heure est là d'opérer son second coup d'Etat le 24 Novembre 1965. Désormais, c'est lui « l'homme fort » du Congo. Il veut absolument rétablir l'ordre « à la militaire », loin des politiciens. Son acte est applaudi, il est le « sauveur » de la nation aux abois. Les Occidentaux se frottent les mains ; ils sont bien contents.

L'histoire a montré que le nouveau président a conduit comme s'il avait bien lu Le Prince de Machiavel. On a vu Mobutu à la tête du Congo un grand simulateur et fameux dissimulateur. Il sait bien que « les hommes obéissent si bien aux nécessités présentes que celui qui trompe trouvera toujours qui se laissera tromper ». Il sait aussi que « les hommes en général jugent par les yeux que par les mains ; car il échoit à chacun de voir à peu de gens de percevoir. Chacun voit ce que tu pourrais. Peux perçoivent ce que tu es ». Ainsi, le nouvel « homme fort » du Congo, va-t-il construire sa dictature, l'ordre du pouvoir personnel sur un fond de la répression atroce des dissidents notamment ceux du Kwilu, sur le fond aussi des arrestations et de l'élimination des leaders politiques pris de panique. Ceux de Léopoldville trouveront l'abri à Brazzaville en face la capitale de l'autre Congo. Ceux qui vivaient à l'Est du Congo iront en Ouganda et au Rwanda et au Soudan ; d'autres prirent le chemin lointain des « pays amis » du bloc communiste tel que l'Egypte, l'URSS, la Chine, la Tchécoslovaquie, etc. c'est la première vague d'exil.

La deuxième vague va intervenir après l'éviction de Tshombe. Après le départ de ce dernier en Espagne ses partisans trouvent refuge principalement en Angola et en Tanzanie. Le mouvement d'exil s'est accéléré avec la panique créée à la suite de la pendaison publique de juin 1966 de ceux qu'on a appelé les « conjurés de Pentecôte » qui sont tombés dans les pièges du pouvoir. Pierre Mulele un des leaders de la rébellion du Kwilu, dûment amnistié et invité à Kinshasa, fut exécuté sommairement la nuit du 2 Octobre 1968. C'est bien le temps de l'holocauste qui s'est installé au Congo. Mobutu est fort et même très fort ; le voici construire le mythe de son pouvoir, la pyramide de son pouvoir tyrannique et la violente du style stalinien.

La troisième vague est celle qui emporte plusieurs Congolais en Europe occidentale notamment en France et en Belgique. Face à l'opposition interne Mobutu, mu par stratégies machiavéliques du pouvoir dictatorial, traque, arrête, assassine, supplicie, invente des complots. Certains officiers supérieurs tombent dedans. Le procès Kalume et consorts 8Mars 1981 dit des « terroristes » en est une illustration éloquente. Tous ceux qui sont contre le Léopard, sont des « ennemis de la République ». Mobutu est sans pitié. Avec lui, son état devenu Zaïre est dans la terreur avec les tendances fascistes. Les gendarmes katangais et les américains et les mercenaires pro-Tshombe sont chassés. On les retrouvera en Angola, au Rwanda et dans d'autres pays de l'Est du Zaïre. Tshombe, le leader katangais est enlevé et éliminé dans des circonstances nébuleuses. Le président Kasa-Vubu vient de mourir drôlement et d'une façon inattendue. Mobutu est heureux ? Attention, le 4 Juin 1969 il va faire face aux étudiants universitaires de Kinshasa qui ont décidé de marcher contre son pouvoir. On parle du « bras de fer entre le papa et ses enfants ». On ne le croit plus ! Le voilà aller même en duel avec l'Eglise catholique. Le brave Cardinal Malula est en face, dans une attaque frontale. En 1972, Mobutu proclame sa philosophie de l'authenticité en africanisant tout ce qui est selon lui, colonial. « Malula et son Eglise sont subversif » ; les évêques sont « sataniques ». La presse catholique est muselée. Le totalitarisme est en marche et le Léopard est omniprésent sur la scène politique congolaise.

Et voici, qu'entre les années 1985 et 1989 les signes de la fin des temps vont commencer à se manifester. En effet, entre ces années un vent fort de démocratisation venu de l'Europe de l'Est européen balaie les dictatures africaines. Cela ne pouvait être autrement, car à la fin du 20e siècle, le monde a subi de plus en plus l'influence du phénomène de la mondialisation des événements importants qui marquent l'histoire.

Les Africains, dans cette trame, ont assisté à des soulèvements spectaculaires qui secouent l'ensemble des pays du bloc soviétique dont les plus importants sont notamment, la chute du « mur de Berlin » le 9 novembre 1989 qui a entraîné la réunification de l'Allemagne, les limogeages tragiques des dictateurs tel que l'ami personnel du président zaïrois Ceausescu de la Roumanie, le drame yougoslave en décembre 1991.

Sous l'impulsion de la « Perestroika gorbatchévienne », l'idée de la démocratisation des régimes dictatoriaux et d'ouverture parvint à constituer, aux yeux des bailleurs de fonds des Etats africains, un lien mécaniquement incontournable avec l'aide au développement. En novembre 1989, les « douze » du Marché commun, prenant acte des changements intervenus en Europe de l'Est, se déclarent ouvertement hostiles aux dictatures notamment celles de l'Afrique noire. Le « Sommet de la Baule » en juin 1990 a fait, de ceci, sa préoccupation principale. Le président français F. Mitterrand annonça que désormais la France allait lier l'octroi de son « aide au développement » à l'amorce de la démocratisation. Au Zaïre, Mobutu est sous le choc et cherche comment faire face à la nouvelle donne internationale. Sa politique extérieure est quasiment en désarroi pendant que les intellectuels zaïrois et les partis d'opposition tels que l'UDPS se frottent les mains. La « troïka » occidentale Etats-Unis, France, Belgique bouge énormément et pense à l'après Mobutu. L'opinion générale est que le dictateur zaïrois est un « homme du passé ». Le nouvel ordre mondial est en train de le rendre psychologiquement et visiblement malade. Sur lui on commence à observer les signes d'essoufflement et de l'usure. Son peuple doute fort de sa capacité de gouverner autrement.

Et comme souvent le malheur n'arrive jamais seul, l'usine de cuivre de Kamoto s'effondre vertigineusement en chute libre en 1990. On connaît la place que le cuivre occupe dans l'économie du pays. Mobutu ne sait plus où mettre la tête. On dirait que ses ancêtres ne croient plus en lui. C'est le moment, pour la Banque Mondiale, d'annuler de fonds pour la réhabilitation de la mine effondrée. C'est l'année, aussi, de l'éclatement des « massacres d'étudiants » de Lubumbashi. Les Occidentaux durcissent le ton. Le Sommet de la Francophonie prévu à Kinshasa en octobre 1990 est annulé, la coopération multilatérale avec les institutions de Bretton Wood et l'Union Européenne est suspendue ; les dignitaires zaïrois ne peuvent plus séjourner en Europe. Le président Bill Clinton, l'homme de Kansas, grand brasseur des multinationales de minerais lorgne froidement la chute de Mobutu et soutien déjà le dauphin désigné Laurent Désiré Kabila (LDK).

Mobutu aux abois, libère précipitamment son farouche opposant Etienne Tshisekedi tout en convoquant une « consultation populaire ». « Que le peuple se prononce ! » Le peuple ne croît plus à celui qu'il considère désormais comme « son ex-président, identifié au « Mal zaïrois ». C'est enfin de compte que Mobutu, en plein peuple meurtri, qu'il va prononcer son fameux « discours de l'émotion », le 24 avril 1990 où il annonça la « démocratisation » de son régime et l'inauguration d'une période de transition de 24 mois. C'est clair, avec « le Prince », les zaïrois sont plongés dans le domaine de l'insaisissable et de l'indéfinissable. Les partis politiques entrent dans la valse d'hésitation politique avec l'événement « massacre des étudiants de l'université de Lubumbashi ». On pense déjà à une « Conférence Nationale » pour « réconcilier » le peuple ; mais cela serai la « danse du désordre politique ». le M.P.R., Mouvement Populaire de la Révolte, le parti unique, éclate.

Les pillages des 23 et 24 septembre 1991 viennent, dans le lot des malheurs de Mobutu, tout est consumé. L'ampleur des événements a fait appeler ces jours : « septembre noir ». Pour Mobutu la situation de son pays n'est pas seulement insondable, mais quelque chose de bizarre se passe. Les étrangers, toute nationalité confondue évacuent. Les « concertations du Palais de Marbre I et II » relèvent d'une sorte de médiation politique cacophonique. Pour l'ensemble du pays, la marche vers le déclin total du mobutisme est irréversible. Le 16 février 1992 les chrétiens entament leur « marche de l'espoir ». Le bilan est lourd, chrétiens et civils, prêtres et religieuses sont arrêtés. L'opinion internationale est stupéfaite. La Conférence Nationale zaïroise, la plus longue que l'Afrique a connu depuis l'avènement de ce mythe s'est terminée dans la confusion totale c'est la fin de l'année 1992.

L'année 1993 commence par les journées folles du 28 au 30 janvier ; la population de la capitale, comme pendant les temps fous des 23 et 24 septembre 1991, ont fait face, encore une fois, aux pillages, cette fois-ci perpétrés par des soldats déjà indisciplinés, longtemps impayés, mal nourris, mal logés et abandonnés à eux-mêmes. Dans ces entrefaits, l'opinion tant internationale que nationale enregistre la mort mystérieuse de l'ambassadeur français Philippe Bernard, foudroyé, semble-t-il par une balle perdue. Trop c'est trop ! Clame le peuple, « que Mobutu parte » ! C'est le refrain désormais. Les revers d'un homme seul commencent. « Tout est mal qui finit mal ». Dans les illusions perdues, les zaïrois sont entrées dans une démarche suicidaire et dramatique tout en cherchant comment se désenvoûter et se libérer du dictateur. Mobutu est vu, sur le plan social, comme le symbole même de la perversion. C'est seul ; alors seul coincé entre la solitude et l'angoisse du destin. Dans son « labyrinthe », le Zaïre, voguant au gré des vagues à bord de « sa cage diabolique » hantée, dans son bateau somptueux le « kamanyola », il se sentait, selon les dires de ses proches, mortellement seul assistant terriblement à l'épaisseur de la morosité de la vie. Il est fatigué. Alors, dans ces circonstances, ses amis africains commencent, un par un, à prendre distance, pendant que les « oncles belges » estiment que leurs relations évoluent en dents de scie. Les Occidentaux estiment « qu'il y'a un temps pour tout ». Les amis Juifs, pour plusieurs raisons, sont en colère à ce moment de la bouderie chinoise. Les faucons mobutistes sont taxés de « traîtres ». Non ! « L'aigle de Kawele » comme on le surnommait est désormais sans ailes ni serres.

C'est à ce moment, que les Occidentaux vont se servir des Tutsis extrémistes de la région des Grands Lacs, du Rwanda-Burundi-Ouganda pour lancer ou proclamer « Zaïre : préavis zéro ». La suite va dire pourquoi les tutsi seulement. Et le festin macabre va être préparé. Il durera, comme il peut durer ; on prendra tout le temps qu'il faut pour achever Mobutu et dépiécer le Congo/Zaïre.

Professeur Jean Kambayi Bwatshia

Directeur du Centre de Recherche sur les Mentalités

et l'Anthropologie Juridique « Eugemonia »

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