Maroc: La crise serait-elle partie pour durer ?

Le Maroc parmi les pays touristiques du pourtour méditerranéen les plus affectés

L'épidémie de coronavirus pourrait coûter au secteur touristique marocain plus de six milliards de dollars de pertes, soit 5% du PIB si la coupure durait six mois. Dans le pire des cas, ces pertes potentielles pourront atteindre les 11,37 milliards de dollars, soit 10% du PIB, a indiqué un récent rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED).

En détail, celle-ci prévoit une perte de 6.079 millions de dollars dans un scénario modéré, soit -5% du PIB, 8.725 millions de dollars dans un scénario intermédiaire, soit -7% du PIB et 11371 millions de dollars dans un scénario dramatique, soit -10% du PIB.

Cependant, les effets négatifs de la crise liée au Covid-19 se sont déjà manifestés puisque les recettes du secteur ont régressé de 55% dans le domaine des loisirs, de la restauration et de l'hôtellerie, de 2% dans le commerce, les services financiers, les assurances, le transport aérien, la construction, les communications et les consommations, de 1% pour les boissons et le tabac, de 0,8% pour l'alimentation et quelques secteurs sélectionnés et de 5% pour l'usage des véhicules.

En effet, le Maroc figure parmi les six pays méditerranéens qui se trouvent en tête du classement des quinze marchés du tourisme les plus affectés par le Covid-19 établi par la CNUCED selon le scénario le plus modéré. La Jamaïque et la Thaïlande arrivent en tête avec respectivement 11% et 9% de recul de leur PIB suivis par la Croatie (-8% du PIB) et le Portugal (-6%), le Maroc (-5%), la Grèce (-4%), l'Egypte (-3%) et l'Espagne (-3%).

Au niveau mondial, la CNUCED prévoit des pertes estimées à moins de 1.200 mrds$ (1.064 mrds€), soit 1,5% du PIB mondial.

Dans un scénario intermédiaire, en l'occurrence celui envisagé par l'Organisation mondiale du tourisme (OMT), si la coupure durait six mois, ces chiffres passeraient à 2.200 mrds$ (1.950 mrds€, soit 2,8% du PIB). La projection la plus pessimiste de la CNUCED estime même qu'une interruption du tourisme internationaldurant douze mois se chiffrera à 3.300 mrds$ de pertes (2 926 mrds€), soit 4,2% du PIB mondial.

En détail, et selon le scénario modéré, la France se positionnerait à la quatrième place avec un manque à gagner de 47 mrds$ (41,6 mrds€) derrière le trio Etats-Unis (187 mrds$ - 165,8 mrds€), Chine (104 mrds$ - 92,2 mrsd€) et Thaïlande (47 mrds$ - 41,7 mrds€). L'Espagne afficherait -44 mrds$ (-39 mrds€), l'Italie se situerait à -34 mrds€ (-30 mrds€) et le Portugal fermerait la marche de ces quinze pays mondiaux avec -13,9 mrds$ (12,3 mrds€).

Pour chaque million de dollars de recettes touristiques internationales perdues, le revenu national d'un pays pourrait baisser de 2 à 3 M$ selon cette étude. L'OMT a prévu en juin dernier une chute de la demande de voyages internationaux en 2020 située entre 850 millions et 1,1 milliard de touristes.

Cette situation aura des conséquences directes sur l'emploi des travailleurs non qualifiés qui pourrait diminuer à des taux à deux chiffres même dans le scénario le plus modéré, précise la CNUCED. Concernant les emplois qualifiés, et toujours dans le scénario modéré, le rapport indique que les salaires pourraient baisser de 5% au Maroc, de 8% au Portugal, de 6% en Grèce, de 4% en Espagne et de 3% en Egypte. "Les effets pourraient être particulièrement négatifs pour les femmes qui devraient être touchées de manière disproportionnée par les licenciements induits par le Covid-19", précise le rapport. Elles représentent environ 54% des salariés des secteurs de l'hébergement et de la restauration. A rappeler que le secteur du tourisme représente environ 300 millions d'emplois dans le monde.

Pourtant Hicham Attouch, président de l'Association des économistes marocains, estime que malgré la place stratégique que représente le tourisme dans l'économie nationale du point de vue des recettes générées et des postes d'emploi directs et indirects créés, il n'y a pas eu encore d'élaboration d'un plan spécial intégré afférent à ce secteur. Lequel est traité comme un segment parmi d'autres de notre économie. Pis, les pouvoirs publics se focalisent davantage sur le secteur de l'hôtellerie alors que le tourisme englobe plusieurs branches et filières (animation, location de voitures, associations du tourisme, tourisme rural... ) et accordent plus d'intérêt à la demande alors que la sortie de crise exige de traiter cette question sous l'angle de l'offre et de la demande.«Certaines propositions de la CGEM recommandent une régionalisation du tourisme et une baisse de la TVA, mais on oublie souvent que la crise du tourisme est appelée à s'installer pour au moins trois ans », nous a-t-il déclaré. Pour lui, la sortie de crise passe par une réingénierie de l'offre touristique en redynamisant les programmes et plans existants par le développement d'un tourisme durable et une offre spéciale pour les Marocains du monde. Il a souligné également la nécessité de promouvoir et de mettre en valeur les territoires et le pays et que l'intérêt doit être accordé aux ressources humaines en grande majorité précaires et non déclarées. Sur le plan de gouvernance, cela implique, précise-t-il, de la transparence et de la synergie entre les pouvoirs publics et les opérateurs du secteur.

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