Congo-Kinshasa: 60 ans d'Indépendance - Dr Limbole stigmatise le rôle néfaste d'une classe politique irresponsable

La célébration des soixante ans de l'accession de la République démocratique du Congo à l'Indépendance ouvre la voie à diverses réflexions, prises de position et autres tribunes.

Président de l'ASBL Forum pour la Renaissance de la République (Forrep/ASBL), le Dr Emmanuel Limbole Bakilo fustige, dans une tribune à ce sujet, le rôle néfaste de l'actuelle classe politique, de la même manière que le comportement irresponsable de la classe politique de 1960 lorsque le pays accédait à sa souveraineté nationale et internationale. « A la veille du 60e anniversaire de cette indépendance chèrement acquise, la classe politique, plutôt que de se consacrer à des réflexions profondes sur le sort actuel et à venir du pays en tirant les leçons de notre histoire politique, nous ramène au même scénario de la veille de l'indépendance en 1960, qui avait plongé le pays dans le chaos », affirme-t-il. Aussi le président du Forrep ASBL attire-t-il l'attention de la classe politique « sur son rôle néfaste qu'elle est en train de jouer aujourd'hui dans le contexte d'un équilibre fragile des Institutions de l'Etat, au travers notamment de ses déclarations va-t-en guerre et des manipulations de la jeunesse ».

La négligence de l'économie...

Se plongeant dans le contexte de 1960, il rappelle que le Congo belge accédait cette année-là à son indépendance après avoir connu successivement les règnes des souverains belges Léopold II, Albert 1er, Léopold III et Baudouin 1er. Et durant toute la période coloniale, le Congo belge avait une économie prospère, avec un taux de croissance annuel de 14 % au cours de la dernière décennie de la colonisation. Le flux financier entre la métropole et la colonie se faisait dans le sens Léopoldville (Kinshasa) - Bruxelles. Il s'agissait cependant d'une économie d'exploitation, fragile par essence, basée sur l'exportation des produits bruts, en l'absence d'une volonté de transformation locale.

Dr Emmanuel Limbole souligne les deux aspects de la table ronde de Bruxelles : la rencontre politique et économique. Si les grandes figures congolaises de la politique de l'époque étaient présentes à la table ronde politique, ils ont cependant négligé l'importante rencontre économique où la délégation congolaise s'est composée de Joseph Désiré Mobutu comme délégué du MNC-Lumumba, Mario Cardoso, Albert Ndele et Jean Nsele parmi les étudiants, les deux derniers devenus plus tard des dirigeants de la banque centrale du Congo.

Et Dr Emmanuel Limbole reprend ici le témoignage de Jean Nsele qui a déclaré : « En réalité, c'était une négociation absolument inégale. Il y avait d'un côté une équipe structurée, avec comme président de la conférence le ministre Raymond Scheyven, qui connaissait par cœur ses dossiers. Nous recevions tous les jours une documentation volumineuse sur ce que nous devions discuter le lendemain. Nous passions des nuits entières à essayer de lire, et de faire la synthèse des documents, avec, heureusement, l'aide de quelques Belges qui voulaient contribuer à l'émancipation du pays. Ils essayaient de nous aider à faire face autant que possible à l'équipe musclée en face de nous. Mais, disons-le, nous n'avions aucune possibilité de faire entendre raison à la délégation belge. D'autre part, nous n'étions que des mandataires des responsables politiques. Mais les politiciens, à cette époque-là, en avril 1960, ils s'étaient éparpillés dans le pays pour leur campagne électorale. Il était difficile de les joindre depuis Bruxelles. Nous étions donc coupés de ceux qui nous avaient mandatés ».

A la fin, le Congo a tout perdu à la table ronde économique, laissant les leviers de commande sur son économie, après avoir gagné l'Indépendance à la table ronde politique. Et l'on se retrouve dans le même cas de figure 60 ans après. L'économie basée sur l'exploitation et l'exportation des matières premières brutes se poursuit, sans qu'aucune vision d'implantation d'une véritable économie de transformation des matières premières se concrétise, pas plus que celle d'une économie diversifiée.

L'exhortation...

Dr Emmanuel Limbole exhorte les acteurs politiques et les institutions étatiques au respect strict des lois de la République et à privilégier la voie de concertation et de dialogue pour régler les différends. Le responsable de Forrep ASBL encourage, en outre, la préservation du consensus politique actuel entre les forces politiques au pouvoir, afin de garantir la paix, la sécurité et un climat propice au travail et au développement de notre pays.

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