Burkina Faso: Demande d'un audit international du fichier électoral

Le prix à payer pour la transparence

La fiabilité du fichier électoral est l'une des conditions indispensables à la promotion de l'Etat de droit et de la démocratie. C'est pourquoi bien des acteurs politiques, notamment africains, qui prônent ces valeurs, accordent à la qualité du fichier électoral, une importance capitale. Zéphirin Diabré, leader de l'UPC (Union pour le progrès et le changement) et par ailleurs patron du CFOP (Chef de file de l'opposition politique), semble en faire partie. En effet, dans le cadre de la révision des listes électorales, ce dernier a réclamé un audit international du fichier électoral. Mieux, il n'a pas manqué de marteler ceci : « Tant qu'il n' y a pas d'audit international du fichier électoral, il n' y aura pas d'élections »! Ces propos ont été prononcés récemment à Saaba devant un public exubérant et visiblement acquis à sa cause.

Zéphirin Diabré fonde son avertissement sur le fait que le régime en place est en train de mettre à profit l'enrôlement des citoyens sur la liste électorale, pour opérer des fraudes. De ce point de vue, Zéphirin Diabré est dans son bon droit de demander un audit international du fichier électoral à l'effet de l'assainir. Et si ces accusations gravissimes sont prouvées, les lois de la République doivent s'appliquer dans toute leur rigueur à toutes les personnes impliquées de près ou de loin dans les actes de tentatives de fraude. En tout cas, on ne doit pas rejeter a priori les accusations du patron de l'UPC. Car, on a déjà identifié des cas de tentatives de fraude à Ziniaré, Komsilga et Boussé. En outre, l'on peut prendre le risque d'accorder du crédit aux accusations de l'homme parce qu'il est censé connaître les risques qu'il court dans l'hypothèse où les accusations de velléités de fraude relèveraient de l'affabulation.

Tous les acteurs politiques doivent travailler à l'apaisement

Aussi revient-il à la CENI et à la Justice d'ouvrir une enquête de manière impérative pour situer les Burkinabè sur les tenants et les aboutissants de ces présumées tentatives de fraudes. En attendant, le pouvoir a intérêt à adhérer à l'idée d'un audit international et indépendant du fichier électoral, pour autant qu'il n'ait rien à se reprocher. En effet, par-là, il rabattrait le caquet à tous ceux qui sont convaincus qu'il veut faire dans la tricherie et la fraude dans la perspective des échéances électorales de cette fin d'année. Et au-delà du pouvoir, c'est le Burkina dans son ensemble qui sera épargné d'une crise post-électorale. Et tous ceux qui ont encore un brin d'amour pour le pays et qui croient en la démocratie, doivent s'investir pour éviter ce scénario au Burkina.

Déjà, il est très mal en point en raison du terrorisme et de bien d'autres fléaux et crises si fait que l'on n'a pas besoin d'en rajouter en le livrant à une crise post-électorale qui pourrait lui porter le coup de grâce. L'histoire récente de certains pays africains est suffisamment révélatrice de l'immensité des dégâts causés par les crises post-électorales. En 2015, le Burkina a apporté la preuve qu'il est un grand pays en organisant des élections qui avaient brillé, quoi qu'on dise, par leur transparence. Toute l'Afrique et même au-delà, n'avait pas manqué de lui jeter des fleurs. Et l'on revoit encore le candidat malheureux se rendant au siège du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), pour congratuler le vainqueur du scrutin, Roch Marc Christian Kaboré. Cette image a grandi et le Burkina et Zeph.

Ce label doit être maintenu coûte que coûte. C'est pourquoi la demande d'audit international et indépendant du fichier électoral, formulée par l'Opposition, doit être lue comme le prix à payer pour la transparence. Si le principe est retenu, cela va certainement occasionner des dépenses qui peuvent être difficiles à supporter par le pays. Mais encore une fois, si c'est le prix à payer pour mettre le pays à l'abri d'une crise post-électorale, allons seulement.

On doit d'autant plus y aller que les terroristes n'attendent qu'un tel scénario pour se donner plus de chances de mettre le pays davantage sous coupe réglée. Cela dit, tous les acteurs politiques doivent, par ces moments où le mercure politique ne fait que monter et où la paix sociale est des plus fragiles, travailler à l'apaisement en évitant de préparer psychologiquement les populations à contester systématiquement les résultats des élections à venir. Car, il y a aussi des acteurs politiques de mauvaise foi, qui peuvent avoir pour programme politique, le conditionnement des populations pour la bagarre post-électorale tout en sachant qu'ils ont tort. De ce genre d'hommes politiques, le Burkina doit également se méfier comme de la peste car ils sont parfois à l'origine des malheurs du peuple.

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