Niger: L'OIM au pays passe au numérique pour donner aux communautés les moyens de dissuader les infox

« Infox » est l'abréviation moderne de l'éternel penchant de l'humanité pour les rumeurs, les ouï-dire et les commérages - qui peuvent tous avoir des conséquences mortelles lors d'une urgence de santé publique. C'est le cas aujourd'hui.

Les pandémies sont fortement liées à la diffusion d'infox qui peuvent souvent piquer la curiosité du public par un contenu inhabituel - qu'il s'agisse de l'exagération des niveaux de contagion, de la stigmatisation des porteurs suspects ou de la promesse de remèdes miracles. Se propageant jusqu'à 70 pour cent plus vite que les nouvelles fiables, les informations fallacieuses peuvent être préjudiciables non seulement pour la santé d'une personne en encourageant des pratiques sanitaires non éprouvées, mais aussi pour la confiance que les populations ont dans les autorités ou les institutions publiques.

L'initiative de cohésion communautaire au Niger (NCCI) de l'OIM, en collaboration avec son partenaire GeoAnalytics Center, a lancé cette semaine une campagne nationale en ligne intitulée « Fake News », dans le but de réduire leur prolifération dans le pays.

Le GeoAnalytics Center est une ONG nigérienne dont l'objectif est de renforcer les programmes technologiques dans les domaines de l'éducation, du genre et de la gouvernance. L'ONG part du principe que lorsqu'elle est adaptée aux conditions locales, la technologie peut jouer un rôle essentiel dans la communication et l'autonomisation.

Le programme de la NCCI aborde les principaux facteurs de conflit, notamment le chômage des jeunes, la portée accrue des organisations extrémistes violentes et le sentiment d'exclusion parmi les différents groupes ethniques. Il est mis en œuvre avec le soutien de l'Agence américaine pour le développement international/Bureau des initiatives de transition (USAID/OTI) depuis de 2014.

Bien qu'il talonne ses pays voisins en matière de pénétration de l'Internet, le Niger progresse de manière constante, étendant ses réseaux 3G, rendant les smartphones plus abordables et augmentant l'utilisation des médias sociaux, en particulier chez les jeunes.

Aussi bénéfique que soit la numérisation, les médias sociaux ont également des conséquences néfastes, comme la diffusion de discours haineux, de messages radicaux et de sentiments hostiles aux migrants.

« La désinformation néfaste se répand rapidement dans les médias sociaux », a déclaré Alan Bobbett, chef du parti et responsable des programmes de la NCCI au Niger. « Grâce au lancement de cette campagne nationale en ligne, nous espérons promouvoir une réflexion critique sur la consommation d'infox ».

Dans le contexte de la crise sanitaire mondiale actuelle, le GeoAnalytics Center fait observer qu'il est crucial de partager des informations précises pour sensibiliser les personnes à la différence entre les vraies et les fausses nouvelles.

Dans le cadre d'un précédent effort avec la NCCI, l'ONG a formé une centaine de jeunes leaders de la société civile dans la région de Tillabéry à l'utilisation des médias sociaux, ainsi qu'à la réflexion critique et à la détection des infox. Des cinéastes nigériens précédemment formés par l'ONG encouragent d'autres jeunes à participer à la création de vidéos de campagne.

« Sans confiance, les interactions de base entre les gens s'effondrent et la polarisation des sociétés augmente », a expliqué Eduard Peris Deprez, Directeur du centre.

Dans sa campagne Fake News, des produits audiovisuels sont créés et diffusés en ligne. De courtes vidéos et des « mèmes » abordent des thèmes en utilisant l'humour et un vocabulaire adapté au public cible.

Les vidéos sont produites dans les langues locales avec des sous-titres en français - et mises à disposition en basse résolution pour assurer une diffusion plus large malgré les problèmes de connectivité à Internet dans certaines régions du Niger. Pour créer un effet boule de neige, le matériel audiovisuel sera publié via WhatsApp et Facebook, les réseaux sociaux les plus populaires au Niger.

WhatsApp reste l'application la plus populaire parmi les jeunes interrogés par l'ONG (85% des hommes, 91% des femmes), indépendamment du niveau d'éducation. Ceci est dû notamment à l'option audio proposée par l'application, qui permet une utilisation facile pour les utilisateurs illettrés.

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