Sénégal: Bilan après 4 mois de Covid19 - Dr Abdoulaye Bousso dévoile les chiffres de l'angoisse

Après 02 bimestres d'épidémie du nouveau coronavirus au Sénégal, le tableau virologique n'a fait que s'aggraver. Flambée des cas confirmés, démultiplication des cas graves et décès, saturation des centres de prise en charge.

En clair, la nomenclature des indicateurs révèle une situation plus qu'alarmante. Ainsi, au regard de la situation, Dr Bousso du Cous indique qu'un réajustement de la politique de gestion de cette épidémie s'impose.

Et sur les instructions du ministre de la Santé et de l'action sociale, seuls les cas symptomatiques auront désormais droit aux tests de diagnostic de la Covid-19.

Aussi, les prises en charge des certains patients se feront à domicile si les conditions nécessaires sont réunies. Une réflexion est lancée pour réguler l'entrée et la sortie des voyageurs.

Lundi 02 mars 2020-jeudi 02 juillet 2020, 04 mois après la déclaration du premier cas du nouveau coronavirus au Sénégal, la situation n'a fait qu'empirer.

« Nous avons une progression de tous nos indicateurs », a fait savoir le directeur du Centre des opérations d'urgence sanitaire (Cous), lors du point de presse conjoint avec certains acteurs ténors de cette riposte contre la Covid-19.

Dressant l'échiquier des statistiques sur l'évolution de la maladie dans le pays, Dr Bousso renseigne qu' « en termes de nombre de cas, nous avons une progression de 38%, avec plus de 2765 cas notés dans le courant du mois de juin ».

Plus inquiétant, « le nombre de décès a fortement augmenté. Ce mois de juin comparé aux trois mois précédents, nous avons une progression de presque 74 décès » déplore-t-il.

Et de poursuivre : « Les cas contacts sont à 78,5%, les cas communautaires ont augmenté et sont à 19,5% contre 10,20% lors du dernier bilan mensuel.

Les cas importés restent stables autour de 2% ». Aussi par rapport à l'expansion de la maladie dans le pays, Dr Bousso établit que « toutes les régions du Sénégal sont touchées et 58 des 79 districts sont également touchés. Soit une proportion de 73% des districts sanitaires touchés ».

Non sans préciser que « nous avons eu 21 districts qui n'ont jamais eu de cas et nous avons 07 districts qui ne comptent aucun cas depuis 28 jours ». Éclaircie dans la grisaille, « la proportion des guéris a aussi très bien évolué.

Nous avons un taux de guérison à 65% » note le gestionnaire des incidents dans le cadre de cette riposte contre la Covid-19.

Et, « concernant l'âge de nos patients, les moins de 20 ans représentent 16% de nos cas. Entre 20 à 59 ans représentent 69% de nos cas et les 60 ans et plus représentent les 15% des cas ».

Par rapport à la répartition des sexes, le sexe masculin est légèrement plus affecté par la maladie que le sexe féminin, mais précise Dr Bousso, « la variation n'est pas importante ». Avant d'avancer les chiffres selon lesquels « les hommes viennent en tête avec 58,68% des cas et les femmes 41,32% des cas ».

LES CORPS MÉDICAL SOUS LE FEU DU VIRUS

En première ligne dans la lutte contre la maladie à Covid-19, les agents de santé sont loin d'être épargnés par le nouveau virus. «Concernant les agents de santé infectés, précédemment nous étions à 136 personnels de santé.

Pour ce mois de juin, nous avons une progression de plus 100, soit 236 personnels de santé infectés », a renseigné le directeur du Cous.

Et de poursuivre « chose particulière à noter, nous avons des agents infectés dans nos centres de traitement. Nous avons 05 qui ont été notés et ces agents sont pris en charge dans les structures. Leur état de santé est stable ».

LE SÉNÉGAL TOURNE LE DOS A L'OMS : SEULS LES CAS SYMPTOMATIQUES SERONT TESTÉS

A la date d'hier, jeudi, deux (02) laboratoires sont autorisés à effectuer les tests. Et à ce sujet, « 88106 tests effectués », révèle Dr Bousso. Et de préciser : « l'Institut Pasteur a procédé à 86% des tests et l'Iressef 14% ». Mais au regard de la situation, le patron du Cous soutient que « la stratégie des tests doit être réajustée ».

Indiquant que « le focus, en tout cas sur les instructions du ministre de la Santé, c'est de mettre l'accent sur les malades et la protection des personnes vulnérables. Ainsi, les tests ne se feront que sur les personnes symptomatiques.

Les tests systématiques que nous faisions sur les cas contacts qui n'avaient pas de symptômes, cette stratégie va être arrêtée ».

Une fois encore le Sénégal tourne le dos aux recommandations de l'Organisation mondiale de la santé dont le directeur a indiqué que « pour prévenir les infections et sauver des vies, le moyen le plus efficace est de briser les chaînes de transmission. Et pour cela, il faut dépister et isoler ».

Mais contrairement à la nouvelle stratégie adoptée par les autorités sénégalaises, « les tests ne se feront que sur les personnes symptomatiques et les personnes vulnérables ».

Dr Bousso préciseea toutefois sa pensée en disant que « cela ne veut pas dire que les personnes contacts ne sont pas suivies ou répertoriées, mais pour les tests, ils seront réservés aux personnes symptomatiques et vulnérables ».

SATURATION DES CENTRES DE TRAITEMENT: L'ÉTAT VOTE POUR LA PRISE EN CHARGE A DOMICILE

Au bord du gouffre, les centres de traitement dédiés à la prise en charge des personnes malades de la Covid-19 sont saturés. L'urgence impose donc une nouvelle stratégie ou alternative pour la continuation des prises en charge.

Ainsi, «concernant la prise en charge à domicile annoncée par le ministre de la Santé, ce n'est pas une première pour le Sénégal et d'autres pays l'ont déjà expérimentée », a renseigné le directeur du Cous.

Et de poursuivre : « il est vrai que certains problèmes se sont posés relativement à notre condition de vie, à notre habitat, mais certaines personnes remplissent les conditions pour la prise en charge à domicile ». Le choix d'une telle alternative est motivé, selon Dr Bousso, par «l'augmentation des stigmatisations.

Il y a eu des cas de refus et il y a plus de 200 personnes qui refusent d'aller dans les centres de traitement. Ces personnes, nous ne pouvons pas les abandonner. C'est dans ce cadre-là que cette stratégie va être déroulée et renforcée ».

D'ailleurs, a-t-il poursuivi, « aujourd'hui déjà, plus de 200 personnes entre Dakar et Diourbel ont été guéries à domicile.

Cette proposition va permettre de soulager les structures hospitalières et extra hospitalières. Ainsi, pour cette prise en charge, la télé médicine et les équipes d'interventions seront mises en place. Tout cela, en respectant les clauses du secret médical ».

TEST A L'ENTRÉE ET A LA SORTIE:UNE RÉFLEXION EST LANCÉE POUR RÉGULER LES VOYAGEURS

Dans son adresse à la Nation, le 29 juin dernier, le président de République a annoncé la réouverture du ciel pour la date du 15 juillet 2020. En conséquence, il urge de trouver une stratégie de régulation des voyageurs pour ne pas assister à la multiplication des cas importés.

Déjà, avec les vols de rapatriements, plus d'une vingtaine de cas importés ont été recensés en quelques semaines. Voilà ce qui explique « la proposition selon laquelle les passagers arrivant au Sénégal fassent leur test', selon le Dr Bousso lors dudit point de presse.

« Aujourd'hui, la stratégie c'est de prélever tous les voyageurs au niveau de l'aéroport à l'arrivée » a fait savoir le directeur du Cous avant de juger qu'une telle « stratégie n'est pas viable parce que si on arrive à avoir plus de mille passagers arrivant le même moment, techniquement il sera très difficile de faire les tests ».

Ainsi, a-t-il poursuivi, « c'est une réflexion qui sera approfondie et validée par les autorités ». Aussi pour les personnes qui souhaitent voyager, « des laboratoires seront désignés pour faire ces tests au niveau.

Et les modalités de prise en charge des frais de ces tests seront définies après réflexion ». En somme, la situation tend toujours vers le pire mais l'ajustement de la politique de riposte s'impose pour assurer la survie des autres secteurs vitaux du pays.

Si Macky Sall soutient « qu'il faut apprendre à vivre en présence du virus », le Dr Bousso précise : « Circulons librement mais ne laissons pas circuler le virus... »

Plus de: Sud Quotidien

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