Ile Maurice: Un intermédiaire mauricien au centre du scandale Wirecard

Une société de gestion de fonds offhore, EMIF, aurait contribué à un délit de round-tripping, en achetant des sociétés indiennes. Si le «Financial Times» avait déjà révélé cette fraude présumée en 2019, ce n'est que ce mois-ci que la Banque de Maurice et la FSC s'y intéressent, en lançant une enquête conjointe.

Depuis quelques jours, l'Allemagne est secouée par l'affaire Wirecard. L'entreprise, spécialisée dans le traitement des opérations de paiement, a reconnu que quelque 2 milliards d'euros (Rs 90 milliards) inscrits dans ses comptes n'avaient sans doute jamais existé. Son ancien Chief Executive Officer a été arrêté et l'entreprise s'est déclarée en faillite.

Alors que Maurice est inclus sur la liste noire de l'Union européenne depuis le 7 mai, le pays se retrouve, à un mauvais moment, lié à ce scandale financier qualifié de «sans équivalent dans le monde financier» par la presse internationale. Une enquête conjointe menée par la Banque de Maurice (BoM) et la Financial Services Commission (FSC) a été lancée le 1er juillet pour connaître le rôle d'une entité mauricienne dans ce scandale.

Les faits remontent à 2015. L'entreprise allemande, fondée en 1999, accepte de décaisser un peu plus de 300 millions d'euros, soit quelque Rs 13 Mds, pour acquérir un consortium indien, Hermes and Star Global. Une société mauricienne nommée Emerging Markets Investment Fund (EMIF) 1A, peu connue et sise au Caudan, avait agi en tant qu'intermédiaire de la transaction, considérée comme majeure à travers l'Asie à cette époque.

Seul hic : six semaines seulement avant cette transaction, l'EMIF 1A avait fait l'acquisition d'Hermes pour 37 millions d'euros (Rs 1,7 milliard), soit 12 % seulement de la somme déboursée par Wirecard. La somme payée par la compagnie mauricienne en vue d'acquérir Star Global n'a jamais été dévoilée en public. Mais selon le Financial Times, c'est «peu probable» qu'il s'agisse d'un montant important, puisque la société n'en était qu'à sa deuxième année d'opération.

Selon les observateurs internationaux, l'acquisition de 2015, qui a permis à l'intermédiaire mauricien de rafler des profits importants en l'espace de six semaines, ferait partie d'une «fraude massive», même si le montant exact n'a pas été défini. EMIF 1A est donc soupçonnée d'avoir facilité cette fraude avec une roundtripping transaction.

Dans ce type de transaction, une société vend ses actifs pour générer des ventes et les racheter pour bénéficier des profits encourus. Dans ce cas précis, c'est Wirecard qui serait au cœur de la transaction mais sa tâche n'aurait pas été possible sans l'apport de l'EMIF. L'enquête initiée par la BoM et la FSC devraient déterminer si la Mauritius-Registered Entity a effectivement participé à cette fraude présumée.

Des irrégularités

Le délit d'investissement circulaire ou round-tripping est un délit financier qui consiste à utiliser les voies disponibles dans le cadre des accords de non-double imposition dans le but d'éviter de payer les impôts dans une juridiction où le taux serait comparativement plus élevé. C'est ce type de délit qui a poussé l'Inde à revoir son traité de non-double imposition avec Maurice.

Une investigation poussée du Financial Times en 2019 avait, déjà, attiré l'attention sur les transactions jugées douteuses entre Wirecard et l'EMIF 1A. Les irrégularités avaient été mises en exergue et le nom de la compagnie mauricienne y avait été largement cité. Sans aucune conséquence.

Des reviseurs de KPMG avaient même lancé un audit spécial en octobre 2019. Mais dans leur rapport, ils avaient déclaré qu'ils n'ont pu identifier les bénéficiaires de la transaction. Wirecard avait été sollicitée pour fournir des informations. L'entreprise avait toutefois fait comprendre qu'elle ne serait «pas en mesure de révéler l'ultime bénéficiaire de l'EMIF 1A».

Ce n'est qu'après les récents développements liés au scandale en Allemagne et la mauvaise posture de Maurice dans le secteur de l'offshore que les deux institutions mauriciennes ont été poussées à démarrer cette enquête conjointe. Elles rassurent néanmoins que tout sera fait pour «faire la lumière sur une quelconque violation des exigences réglementaires incluant ceux ayant trait au blanchiment d'argent et au combat contre le financement du terrorisme». Des actions sont promises si les faits s'avèrent.

L'express a tenté d'avoir une réaction de la direction de l'EMIF. Une personne ne souhaitant pas dévoiler son identité nous a tout simplement demandé de leur envoyer un mèl, à ce sujet, mèl qui est resté sans réponse. La personne n'a pas souhaité faire de commentaire à ce sujet.

Plus de: L'Express

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