Tunisie: M. Ferid Makni, professeur retraité et bénévole, à La Presse - « Le Casino de Sfax renaît de ses cendres »

4 Juillet 2020

La plage «Le Casino» municipal ou aussi plage Le Charuel du nom de l'ancien maire de Sfax, qui a embelli et construit ce casino (aujourd'hui disparu), est l'une des anciennes plages qui ont fait le bonheur des Sfaxiens au XXe siècle jusqu'au milieu des années 70.

« Les familles se déplaçaient vers cette plage en fin d'après-midi où s'installaient un café-bar, des cabanons en bois peint en rayures, des douches gratuites et toutes sortes de commodités. Cette plage constituait ainsi un ensemble harmonieux » (source : coupure de presse : Le Forum sfaxien). Mais depuis le milieu des années 70, cette plage a disparu suite à l'implantation à sa proximité et à celles des plages voisines d'usines de traitement des phosphates. Face à cette situation alarmante, des appels au nettoyage et à la réhabilitation de ces plages ont été lancés par les membres de la société civile qui aspirent à une plage paradisiaque. M. Férid Makni, professeur retraité d'histoire-géographie, titulaire d'un diplôme de sciences politiques et d'une licence d'histoire, actif dans la société civile et le travail associatif, est l'un de ces bénévoles qui s'est engagé pour mener un travail de sape. Son objectif : faire renaître la plage de ses cendres et transmettre la joie et le bonheur à autrui. Interview.

Vous avez donc concilié votre spécialité d'histoire-géographie avec l'idée de réhabiliter le Casino...

Ces deux disciplines, l'histoire et la géographie, sont deux sciences de l'homme, l'objectif de la première discipline est la connaissance historique de la réalité matérielle qui est l'espace, tandis que le but de la seconde discipline, la géographie, est de poser des questions en relation avec cet espace. Dans ce sens, j'ai posé les questions suivantes : pourquoi le Casino a été transformé d'un espace de détente à un espace pollué ? Comment faire pour le réhabiliter, voire le valoriser ?

Pouvez-vous expliquer votre choix sur le Casino ?

Conscient du fait que le Casino est laissé pour compte durant des décennies, j'ai choisi la mobilisation pour sauver cette plage et la faire renaître de ses cendres. C'est un travail colossal. En fait, le Casino s'étend sur presque 350 mètres et dès 2015, j'ai décidé de me retrousser les manches et réaliser le rêve des habitants de la région de Sfax. Je n'arrête pas d'aller à la plage quotidiennement pour la nettoyer avec des moyens modestes jusqu'à 50 m de largeur. J'enlève les cailloux et les déchets industriels riches en acide fluorhydrique très toxique qui ont perdu leur résistance à l'aide de la forte dynamique des vagues.

La société civile et à sa tête «la Tansyquia» qui a pesé de tout son poids pour inciter le gouvernement à fermer la Siape (Société industrielle d'acide phosphorique et d'engrais).

Il y a sans doute ceux qui vous aident dans cette tâche...

Bien évidemment, afin de sauver le littoral et assurer une qualité de la vie digne dans la région, la municipalité de Sfax, l'Agence de protection et d'aménagement du littoral, la direction du projet Taparura et les scouts de la région se sont mobilisés et ont dégagé des tonnes de remblais et aménagé une plage artificielle. Idem pour la société civile et à sa tête «la Tansyquia» qui a pesé de tout son poids pour inciter le gouvernement à fermer la Siape (Société industrielle d'acide phosphorique et d'engrais). En effet, elle s'est mobilisée depuis le 14 juin 2015 lors d'une marche pour protester contre la catastrophe écologique causée depuis des décennies par les usines chimiques implantées dans la ville et qui ont entraîné la séparation des habitants de Sfax de leurs plages. Ainsi, la fermeture définitive de cette unité polluante a eu lieu le 7 août dernier.

Ne craignez-vous pas le retour à zéro ?

Je pense que l'action menée à la plage du Casino est une leçon-témoin. C'est vrai que nous allons compter sur la conscience des citoyens, mais nous devrons quand même être vigilants et nous nous mobiliserons à bras-le-corps chaque fois où nous remarquerons des dépassements, soit de la part des citoyens, soit de la part des industriels. Dans cet ordre d'idées, nous organiserons des campagnes de sensibilisation afin d'empêcher les délinquants de transformer la plage en un fouloir de bagarre et de violence. Nous arriverons à convaincre ces gens et à donner une image attrayante. Idem pour les industriels, on va militer pour déplacer le lieu des usines proches de la plage. C'est une démarche qui devra continuer dans l'avenir et avec le projet Taparura, on tournera définitivement la page en interdisant la pollution.

Afin de sauver le littoral et assurer une qualité de la vie digne dans la région, la municipalité de Sfax, l'Agence de protection et d'aménagement du littoral, la direction du projet Taparura et les scouts de la région se sont mobilisés et ont dégagé des tonnes de remblais et aménagé une plage artificielle.

Est-ce que vous êtes satisfait de ce que vous avez déjà réalisé ?

Ma satisfaction, c'est de voir le sourire aux lèvres des Sfaxiens et le bonheur dans leurs yeux. Ceux qui se sont privés de leur plage pendant des décennies ont le droit de récupérer leur espace et se réconcilier avec lui. Nous comptons sur les efforts de tous les acteurs, gouvernement et société civile, pour rendre la ville de Sfax une métropole méditerranéenne qui contribue au rayonnement du pays.

Vos futures mobilisations...

Le bénévolat, c'est un engagement avec soi et a beaucoup de valeurs qui n'ont pas de prix. Je continuerai mon combat jusqu'au bout car un si bon travail ne doit jamais cesser. Après le Casino, je passerai à la plage la Punta et celle d'Ennakhla pour les nettoyer.

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