Algérie: Demande d'excuse publique à la France par le pays

Les restes mortuaires des 24 martyrs de la Résistance populaire rapatriés de France, vendredi dernier, ont été inhumés, dimanche, au Carré des Martyrs au cimetière d’El Alia à Alger, lors de funérailles solennelles à la hauteur des sacrifices consentis par ces héros.
analyse

Macron boira-t-il de ce lait ?

Le 15 juillet 1962, l'Algérie arrachait son indépendance à l'ancienne puissance coloniale qu'est la France. Et c'est Ben Bella, entouré des autres chefs historiques de la lutte de libération nationale, qui a eu l'honneur de la proclamer. Ce dernier était d'autant fier de jouer ce rôle que l'indépendance de son pays a été le fruit d'une longue et harassante lutte de libération. En effet, pendant 7 ans, 8 mois et 4 jours, les Algériens n'ont ménagé aucun sacrifice pour inscrire leur pays sur la liste des nations libres et indépendantes.

58 ans après, les blessures occasionnées par cette guerre en particulier et les 130 ans d'occupation coloniale française en général, ont du mal à se refermer. En tout cas, pour le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, seule « une excuse publique » de la part de la France, peut aider à les refermer. Toutes les autres démarches d'apaisement, entreprises par Emmanuel Macron, dont il salue au passage la sincérité, sont des « demi-excuses ». Mais quels sont les actes posés par Emmanuel Macron qui, aux yeux d'Alger, sont perçus comme tels ? Le premier a été posé en décembre 2017.

L'actuel président de la République française a beaucoup fait pour apaiser les relations entre les deux pays

En effet, lors d'une visite à Alger, Emmanuel Macron avait eu le courage de qualifier la colonisation de l'Algérie de « crime contre l'humanité ». Cette lecture avait été interprétée par certains observateurs des relations franco-algériennes, comme une rupture par rapport à ses prédécesseurs. Le deuxième acte allant dans le sens de l'apaisement, a été posé rien que le 3 juillet dernier, soit 2 jours avant la commémoration du 58e anniversaire de l"indépendance de l'Algérie.

Ce jour-là, en effet, la France a restitué à l'Algérie, les restes mortuaires de 24 combattants algériens tués au début de l'occupation française, entre 1838 et 1865. L'Elysée n'a pas manqué de s'en féliciter en ces termes: « Ce geste s'inscrit dans une démarche d'amitié et de lucidité sur toutes les blessures de notre histoire ». Pour autant, l'Algérie reste sur sa soif, et on peut qualifier cette attitude en reprenant une expression prisée des Burkinabè : « C'est bon mais ce n'est pas arrivé ». Dès lors, la grande question qui se pose est de savoir si la France va accepter d'aller au-delà de ce que Alger qualifie de « demi-excuses » pour se soumettre à un rituel « d'excuse publique » tel que souhaité par Tebboune.

Autrement dit, on peut se poser la question suivante : Macron boira-t-il de ce lait ? On peut prendre le risque d'en douter. En effet, sans prendre partie, on peut estimer que l'actuel président de la République française a beaucoup fait pour apaiser les relations entre les deux pays. Et jamais, dans l'histoire de la France, aucun autre président n'a osé qualifier la colonisation de l'Algérie « de crime contre l'humanité ». Même le général De Gaulle qui avait pris le risque en se positionnant clairement pour l'indépendance de l'Algérie, n'avait pas osé cette comparaison quand il était aux affaires. Dans l'hypothèse même où la France serait disposée à se plier à un cérémonial « d'excuse publique », rien ne garantit que l'Algérie s'en contenterait.

Tebboune a trouvé, par-là, une belle diversion pour détourner le peuple algérien de ses vraies préoccupations du moment

Car, on peut avoir l'impression que tous les régimes qui se sont succédé à la tête de l'Algérie depuis 1962, s'abritent derrière la problématique liée à la colonisation de leur pays par la France, pour tenir en éveil patriotique, les populations et cela, au détriment des actions de développement. Le Front de libération nationale ( FLN) en a fait son cheval de bataille. Et pendant que le peuple algérien s'époumonait en tirades et en slogans anti-français, les dirigeants se livraient eux à un pillage systématique des immenses ressources du pays. Abdelmadjid Tebboune ne fait pas exception à cette ligne politique. Et ce dernier a plus intérêt à promouvoir cette stratégie.

En effet, depuis le 11 février 2019, son régime est en proie au Hirak, du nom de ce vaste mouvement de contestation qui milite pour le renvoi de la vieille classe politique algérienne. L'accalmie que l'on observe aujourd'hui est due à la pandémie du coronavirus. De ce point de vue, l'on peut dire que Tebboune, en demandant à la France de « s'excuser publiquement » pour l'ensemble de son œuvre coloniale en Algérie, a trouvé, par-là, une belle diversion pour détourner le peuple algérien de ses vraies préoccupations du moment. En effet, l'écrasante majorité de la population algérienne n'a pas connu la période de l'héroïque lutte de libération. Et à force de lui donner le même menu, cela peut la conduire un jour à ne plus avoir de l'appétit. Dès lors, elle peut exiger un autre menu.

De ce point de vue, et sans demander aux uns et aux autres d'arracher cette page douloureuse de l'histoire entre les deux pays, l'on peut suggérer aux deux pays de transcender les frustrations et humiliations subies de part et d'autre pour aller vers une refondation des relations entre les deux pays en ayant pour cap l'intérêt supérieur des populations algérienne et française. Et l'on peut se demander ce que serait la France sans l'Algérie aujourd'hui et vice-versa. La présence de l'Algérie sur la short list des pays africains auxquels la France et l'Europe ont ouvert leurs portes, pourrait être due à ce lien privilégié entre les deux pays, et cela a une histoire.

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