Mali: Crise politique - IBK avocat de ses opposants

LE PRÉSIDENT IBK
analyse

C'est une semaine décisive qui commence au Mali ce 6 juillet.

La contestation du pouvoir d'Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), qui a pris les allures d'une bourrasque dans les rues de Bamako le 5 juin dernier, a mué en force de proposition pour une sortie de crise.

Les allées et venues des envoyés spéciaux et négociateurs de la CEDEAO, de l'Union africaine et des Nations unies n'ont pas été vaines. L'opposition a abandonné sa revendication principale, la démission du président IBK, pour entamer depuis le 19 juin des pourparlers avec le pouvoir. Exit donc la démonstration de force par l'occupation de la rue, va pour les négociations ouvertes et de coulisses pour une sortie de crise apaisée.

Ainsi, l'opposition, à travers le Mouvement du 5-juin/Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), après sa rencontre avec les partis de la mouvance présidentielle le 20 juin, a poursuivi le dialogue au plus haut niveau, prenant directement langue avec le président IBK. Des discussions qui ont permis de mettre les points sur les i afin que la crise postélectorale qui secoue le pays ne le mette pas dans un chaos institutionnel inextricable. Le président IBK aurait comprendrait ce danger qu'il n'agirait pas autrement, lui qui est allé expliquer à ses partisans qu'il faut accepter la revendication de l'opposition d'un gouvernement d'union nationale. C'est le message fort qu'il a délivré samedi dernier à un aréopage de dirigeants des partis qui lui sont alliés.

Un président nouvellement élu qui cherche à convaincre sa nouvelle majorité, ou présumée telle, qu'il faut gouverner avec l'opposition, c'est de l'inédit sous nos tropiques. Mais en réalité, IBK a le dos au mur, poussé dans ses derniers retranchements par une opposition bien remontée, décidée à ne pas avaler l'oukase d'une Cour constitutionnelle qui a repêché pas moins de 31 députés du camp présidentiel qui avaient été battus aux dernières législatives. Une forfaiture consommée avec les bénédictions du ministère de l'Administration territoriale, la goutte d'eau qui a fait déborder le vase du mécontentement populaire contre le dévoiement de la démocratie malienne et la mal gouvernance du pays de manière générale.

En acceptant la formation d'un gouvernement d'union nationale, le président IBK fait donc une grande concession à ses adversaires qui, les premiers, se sont montrés flexibles dans leurs revendications en n'exigeant plus sa démission hic et nunc.

Mais jusqu'où iront ces concessions mutuelles entre pouvoir et opposition ? La question se pose, car il n'est pas exclu que les protagonistes de la crise malienne se rencontrent, discutent, bref, négocient avec des arrière-pensées : IBK voulant gagner du temps, et le Mouvement du 5-Juin, les moyens de le dépouiller de ses prérogatives présidentielles. Ainsi sont toujours en bonne place certaines revendications de l'opposition : la dissolution du Parlement, la dissolution de la Cour constitutionnelle ; la création d'un organe législatif de transition ; la désignation d'un Premier ministre en son sein, non révocable par IBK et avec des pouvoirs étendus...

On le voit bien, par l'acceptation d'un gouvernement d'union nationale, IBK pourrait avoir mis le doigt dans un engrenage de mise à mort de la Troisième République ou, tout le moins, qui ferait de lui un roi nu bon pour inaugurer les chrysanthèmes. Il n'aura pas démissionné, mais s'il venait à être dépourvu des pouvoirs d'activer les leviers de l'appareil d'Etat, ce serait tout comme. Ira-t-il jusqu'à abandonner ses prérogatives présidentielles pour sauver le pays de la chienlit ? On attend de voir.

Plus de: L'Observateur Paalga

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