Madagascar: Film - « Quand les étoiles rencontrent la mer », un autre regard

Ikapila, quand il était écolier, le personnage central du film « Quand les étoiles rencontrent la mer ».

Après 24 ans, pas encore écorné par le temps, le film de Raymond Rajaonarivelo, « Quand les étoiles rencontrent la mer » garde encore intacte son côté avant-garde du cinéma malgache. Jamais un long métrage, avec comme trame de fond un aspect ambigu de la culture malgache, n'a pu atteindre une telle qualité cinématographique. Une exécution narrative solide, une ambiance lumineuse hypnotisant avec des personnages profonds qui semblent y flotter, hagards et dramatiques. Voilà quelques ingrédients de ce film qui aurait pu annoncer le renouveau du septième art malgache.

Si les critiques ont accueilli ce film comme un plaidoyer des destins volés, on y ressent la patte occidentale. Des dizaines d'années plus tard, « Quand les étoiles rencontrent la mer », ressemble plus à un exercice anti-traditionnaliste. Le discours de Raymond Rajaonarivelo, comme la virilité lisse et asiate d'Ikapila, joué par Jean Rabenjamina, danse sur une musique macabre avec un des us et coutumes malgaches. Celui de déposer les enfants nés sous une mauvaise étoile, selon l'astrologie malgache, à la porte de l'étable et faire sortir les bovidés.

Ainsi, à travers le regard fasciné du réalisateur, surtout envers le personnage, celui-ci baigne dans une imagerie rappelant le cinéma asiatique. Le travelling exigu dans la salle de classe du temps où Ikapila était un écolier rêveur. La sensualité retenue tout en étant aguichante de la jeune fille, amie du personnage principal. Plusieurs références ramènent à une fresque souvent retrouvée dans le septième art indien à l'approche de la fin des années '50, période des grands bouleversements. Voulu ou non, Raymond Rajaonarivelo a sorti un petit bijou technique, mais l'histoire pourrait être savamment discutée.

Quand les traditionalistes attendaient un enfant héroïque au destin de lion, Ikapila est plutôt un « artiste » dans l'âme, un adulte mou. Un « héros » inadapté au continuum de la tradition/astrologie. Le personnage boitant, un peu perdu dans ses pensées, sa manière de manifester son destin va à contre-sens, une abstraction idéologique. Une sorte de modélisation discursive pour insuffler un ordre dominant, tenu par les ficelles du « civilisationnel » occidental.

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