Ile Maurice: Affaires - PAD CO se place sous administration volontaire

À partir d'aujourd'hui, PAD CO et PAD Green passent sous l'administration de BDO, à la demande de la société. Conséquence de l'affaire Saint-Louis et des enquêtes de l'ICAC sur cette entreprise ? Toujours est-il qu'à l'officiel, il est question de problèmes de liquidités et d'endettement...

C'est par un communiqué signé Georges Chung Ming Kan de BDO que l'annonce a été officialisée. PAD CO Ltd et sa filiale PAD Green Co Ltd seront placées sous administration volontaire à partir de ce mardi. Bien que ce dernier parle de problèmes de liquidités, certains comptables ont d'autres explications. Ces deux sociétés emploient quelque 900 personnes.

La mise sous administration volontaire est normalement demandée par la direction de la compagnie elle-même, comme dans le cas d'Air Mauritius (MK). Sous la Companies Act, les directeurs d'une entreprise sont tenus de faire passer cette dernière sous administration s'ils savent que la compagnie ne pourra plus honorer ses créances, surtout bancaires mais il peut y en avoir d'autres comme envers des fournisseurs d'équipements et autres.

Qu'est-ce qui s'est donc passé pour que cette compagnie se trouve brusquement dans une telle situation ? Est-ce que l'affaire Saint-Louis y est pour quelque chose ? Le communiqué précise que «concernant les récents scandales impliquant PAD CO Ltd, l'administrateur collaborera avec les personnes concernées dans le cadre d'une enquête».

Selon un expert-comptable, «la mise sous administration peut ne rien avoir à faire avec les enquêtes en cours car le secteur de la construction est dans une mauvaise passe en ce moment». Toutefois, souligne-t-il, la reprise risque d'être plus ardue pour PAD CO que pour les autres entre- prises car elle dépend beaucoup des contrats publics.

«Perte (... ) fatale»

«Et je ne vois pas le gouvernement lui confier des projets de sitôt. Et si PAD CO a beaucoup investi dans des équipements et autres outils, une perte de contrats lui sera fatale.» C'est une façon pour les directeurs de se protéger contre des réclamations que la compagnie ne pourrait honorer. Toutefois, précise notre interlocuteur, cette mise sous administration ne protège en rien les directeurs contre des poursuites au pénal, par exemple pour des délits de corruption. Il est à noter que les affaires de fausses garanties bancaires fournies par cette société risquent de remettre en question les contrats déjà alloués.

Selon un autre expert-comptable, il y a non seulement les enquêtes mais surtout les articles de presse sur l'entreprise qui risquent de la mettre en délicatesse avec ses banquiers. «Les banques sont les premières institutions qui vont poser des questions suite aux allégations publiées. Et, en attendant des réponses convaincantes, les banquiers vont sûrement fermer le robinet. Sans crédit, la compagnie ne pourra plus fonctionner.»

Est-ce qu'une compagnie peut passer sous administration même si elle ne fait pas face à des difficultés financières ? «Oui», nous répond le comptable. «Car c'est la décision du board et nul autre de franchir ce pas. Seulement, si les administrateurs se rendent compte qu'il n'y avait pas matière pour être sous administration, ils doivent le faire savoir.» La Mauritius Revenue Authority pourrait objecter à une liquidation éventuelle, ajoute-t-il. «Mais une fois les impôts réglés, la compagnie pourra être liquidée.»

PAD CO s'est retrouvée au centre de l'affaire Saint-Louis depuis le 8 juin. Bien que Pravind Jugnauth ait refusé de communiquer le nom des intermédiaires cités dans le rapport de la Banque africaine de développement, Alain Hao Thyn Voon, le directeur de la compagnie s'était rendu à l'Independent Commission against Corruption (ICAC) la semaine dernière. Selon son entourage, il n'avait pas été interrogé par les officiers de la brigade anti-corruption mais a eu droit à un renvoi à une date indéterminée.

Autres faveurs accordées

L'implication probable de PAD CO dans l'affaire de la centrale Saint-Louis, qui a éclaboussé la classe politique, était un secret de polichinelle. La compagnie a d'ailleurs été le principal sous-contracteur pour le projet des turbines du Central Electricity Board (CEB). Est-ce que PAD CO a servi d'intermédiaire ? Ce qui est sûr, c'est que l'allocation du contrat du réaménagement de la centrale du CEB à la firme danoise Burmeister & Wain Scandinavian Contractor (BWSC) a été faite contre au moins des promesses de cadeaux à différentes personnalités. Dans un communiqué, BWSC avait parlé justement de malversations dans des contrats aux sous-traitants.

Comme un malheur n'arrive jamais seul, l'opposition s'est mise à parler des autres faveurs accordées par le gouvernement à PAD CO et à sa filiale PAD Green. Le projet de ferme éolienne de Plaine-Sophie, qui traîne depuis des années, mais surtout les garanties bancaires, présentées par PAD CO au CEB pour participer aux appels d'offres qui seraient falsifiées, en font partie. Autre projet, autres faux documents bancaires : ceux pour la construction de la nouvelle tour de contrôle à l'aéroport. Pour rappel, les garanties émises par une banque ne sont pas remises au bénéficiaire, dans ces cas le CEB, mais au client de la banque, PAD CO. On soupçonne justement un faux en écriture lorsque la garantie était entre les mains de l'entreprise. L'opposition a parlé aussi de l'allocation d'un grand terrain de l'État à Rivière-Noire aux propriétaires de la société.

La direction de PAD CO n'a pas répondu à nos appels pour des explications concernant cette mise sous administration volontaire, décidément devenue populaire après celle de MK. Il nous revient qu'Alain Hao Thyn Voon - qui nous a juste fait savoir qu'il était à la clinique et qu'il parlerait aujourd'hui - se serait retiré de la direction de l'entreprise.

Descente en flèche après 33 ans d'existence

C'est en 1987 que la compagnie Philippe Alain Didier (PAD) CO Ltd est fondée par Philippe Hao Thyn Voon. Âgé de 46 ans à l'époque, l'ancien champion de tennis de table est épaulé par ses deux fils. Souvent, dans la presse, le père fait part de son ambition de transformer la société en un «géant dans l'industrie de la construction». Au fil des années, il arrive d'ailleurs à transformer cette ambition en réalité, en raflant les contrats de projets importants, que ce soit sous le régime travailliste ou depuis que le MSM a pris le pouvoir. Parmi ceux-ci, le très controversé St-Louis Redevelopment Project.

L'un de ses deux fils, Didier, décide de prendre ses distances en émigrant. Alain Hao Thyn Voon, le second fils, assure la gestion de PAD CO depuis 1996. Lors d'une interview accordée à l'express le 19 juin, Philippe et Alain avaient fait part de leur inquiétude pour les quelque 900 employés de la compagnie, dont une trentaine d'athlètes.

En effet, à l'issue de la 10e édition des Jeux des îles de l'océan Indien (JIOI), la firme avait même organisé une grande fête en leur honneur. Cinq médaillés (dont quatre en or) des derniers JIOI forment partie des employés. Le fondateur de PAD CO rappelle aussi qu'il avait employé le seul médaillé olympique mauricien, Bruno Julie, au moment où celui-ci cherchait un emploi.

Depuis ce moment de liesse et surtout depuis que le leader de l'opposition Arvin Boolell, a animé une conférence de presse le 11 juin, c'est la descente aux enfers pour l'entreprise. À l'express, la direction a toujours maintenu qu'elle n'avait «rien à reprocher» et qu'elle était «mêlée à une affaire qui ne la concerne même pas».

Plus de: L'Express

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