Sénégal: Mbour/Covid19 impacte toute l'économie locale de la pêche - D'énormes pertes financières enregistrées

Le secteur de la pêche ne sort pas indemne des effets de la Covid-19. Comme en a témoigné l'inspecteur des pêches maritimes de Mbour, Alioune Mbaye, qui a passé en revue les mises à terre, la valeur marchande des produits halieutiques et la courbe d'évolution ou les fluctuations du secteur sur le plan économique et social.

Les prises et mises à terre ont ainsi chuté entre les mois de mars et d'avril 2020 de 15 000 tonnes à 9000 tonnes et pour une valeur marchande approximative de 4 milliards de francs à 2, 6 milliards de francs. Les mesures administratives, la réduction des sorties en mer, la fermeture des frontières sont autant de mesures expliquant la baisse du chiffre d'affaires du secteur de la pêche, un des piliers de l'économie locale de la petite côte. Des pertes financières énormes sont enregistrées. Retour sur un diagnostic.

Alioune Mbaye, le chef du service départemental des pêches maritimes de Mbour a abordé la situation du secteur dans la Petite côte. « Pour la pêche, la venue de la Covid 19 a correspondu à une période de saisonnalité ou de campagne, un moment où d'autres pêcheurs venant d'autres foyers côtiers séjournent dans le département. C'est le temps où la sardinelle se voit pêchée à grande échelle »:

Par ces mots, l'inspecteur des pêches maritimes campe l'impact de la Covid 19 qui a tout perturbé avec les mesures administratives, deux arrêtés préfectoraux règlementant l'ouverture et la fermeture du marché central et du quai de pêche de Mbour. Dans un premier temps, une ouverture de trois jours par semaine avant d'en venir à six jours. Les premières conséquences ont eu, selon lui, des effets désastreux qui ont été renforcés par l'état d'urgence. La réduction des sorties des pêcheurs en mer est par ailleurs suivie de l'immobilisation presque totale des pêcheurs. Pour autant, les débarquements ont baissé.

TOUTE UNE CHAINE DE VALEURS AFFECTEE PAR COVID-19

Toute une chaine de valeur est devenue ainsi grippée. Les femmes transformatrices peinent à trouver de la matière première. Charretiers, porteurs et portefaix prennent des vacances forcées. Les paysans et ouvriers agricoles transformés en marins pêcheurs le temps de la saison sèche sont sur le qui vive et souffrent le martyr. Leur espoir d'avoir des revenus pour préparer la campagne agricole est terni, selon le diagnostic de l'inspecteur des pêches maritimes.

Des effets collatéraux sont alors dénombrés allant de la baisse des revenus du quai traduite par des difficultés de prise en charge correcte de la salubrité des lieux et du traitement des employés. Les femmes transformatrices sont elles aussi impactées. Ces dames avec la fermeture des marchés n'ont plus eu où écouler leurs produits(les salés, les fumés, les salé séchés). Selon l'inspecteur, les mises à terre sont passées de 15405 tonnes en mars 2020 à 9145 tonnes en avril 2020.

La fermeture des frontières a eu aussi pour effet la dépréciation du poisson noble. Le thiof a vu son prix tomber allant de 6500 francs le kilo pour avoisiner 2000 francs. Des pertes énormes sont de fat enregistrées. Si des pêcheurs ont éprouvé des difficultés diverses liées au confinement, d'autres ont eu la peine d'écouler leurs captures.

Au même titre, les femmes transformatrices ont enregistré la baisse des tonnages de produits traités. Elles ont traité, d'après les statistiques, 6000 tonnes de matière première en mars 2020 et 1000 tonnes en avril 2020. Certains acteurs revenus de randonnées éloignées les ayant menés jusqu'en Sierra Léone ou en Guinée au prix de mille sacrifices sont ébranlés par la Covid-19.

POUR UNE CLE DE PECHE DURABLE

Sur les propositions de pêche durable, l'appel du technicien expert des pêches maritimes se base sur les efforts d'une meilleure gestion et de l'exploitation de la ressource. Selon lui, les espèces pélagiques méritent une politique de protection acceptée de tous. «Une pêche responsable est une garantie de la pérennisation de la ressource ».

Le technicien des pêches maritimes déplore à ce niveau les engins utilisés et l'intensification de l'effort de pêche. Des palangres et des filets longs de plusieurs centaines de mètres sont utilisés et détruisent abusivement la ressource, relève-t-il. De même, l'utilisation du mono filament est décriée. Même certains pêcheurs localisent la ressource avec les nouvelles technologies comme Global Position system pour mieux traquer le poisson. L'éloignement de plus en plus prononcé des pêcheries est du reste, pour lui, une occasion de prise de conscience de la raréfaction du poisson pour jeter les bases d'une pêche durable, un gage pourles générations futures de pouvoir disposer du poisson.

LA SECURITE EN MER, UNE EQUATION

Alioune Mbaye, l'inspecteur des pêches maritimes de Mbour a interpellé enfin les acteurs sur la sécurité en mer, une équation difficile à résoudre mais pouvant avoir des solutions.

Au décompte des causes des accidents qui font florès avec leur cortège macabre, il a cité le non-respect des principes d'usage dévolus à tout pêcheur avant une sortie en mer : avoir et respecter les recommandations du bulletin météo, disposer d'un gilet de pêche, un cordage approprié, des pagaies, des rames, des ancres pour bien immobiliser la pirogue en cas de vent violent, orageux et houleux en mer. Il a aussi évoqué le déficit de formation des capitaines des pirogues.

Ses recommandations sont dans le cadre d'une approche participative et inclusive de demander aux pêcheurs et capitaines de pirogue expérimentés de partager leurs expériences avec les jeunes. Par conséquent, ils pourraient leur apprendre la signalisation des bateaux et les zones autorisées où il faut pêcher.

Ses recommandations vont aussi à un apprentissage par les pairs des techniques ancestrales basées sur les étoiles, la direction du vent pour se repérer. Au final, l'expert des pêches a insisté sur le port obligatoire du gilet de sauvetage pour tout pêcheur allant en mer pour sa propre sécurité.

Plus de: Sud Quotidien

à lire

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.