Sénégal: Gestion de la COVID-19 - Quand l'etat baisse les armes

Dès la déclaration du premier cas du nouveau coronavirus au Sénégal, le 02 mars 2020, les autorités ont opté de manière ferme pour des mesures restrictives visant à endiguer la propagation du virus. Ces mesures consistait à limiter la circulation des personnes d'où l'instauration d'un couvre-feu de 20h à 06h du matin, la fermeture des écoles, des lieux de cultes et interdiction de toute manifestation publique. Mais après 02 mois de mise à l'épreuve, commencent les épisodes d'assouplissement de ces mesures restrictives.

En effet, le président de la République, Macky Sall, a donc décidé d'adapter la stratégie de lutte contre cette nouvelle maladie, en tenant compte, une fois de plus, de notre vécu quotidien. «L'heure ne doit pas être au relâchement, mais à l'adaptation. Nous devons désormais apprendre à vivre en présence du virus, en adaptant nos comportements individuels et collectifs à l'évolution de la pandémie», disait-il lors de son adresse à la nation le 11 mai dernier, pour marquer ainsi le début d'une ère d'adaptation de la lutte, prenant en compte les autres secteurs (socio-économique, culturel, éducatif, entre autre) qui agonisaient sous le poids des mesures restrictives en vigueur en ces temps-là. C'est ainsi qu'en début juin, alors que le nombre de cas est toujours à la hausse, le ministre de l'Intérieur annonce l'assouplissement des mesures de restriction notamment l'allègement du couvre-feu de 23h à 5h. Les restrictions du transport inter-régions sont aussi levées dans les conditions du couvre-feu. Les restaurants, les salles de sport et les casinos sont autorisés à rouvrir.

Conséquences, le fruit malsain de ces assouplissements devient amer très tôt au goût des populations. Les cas de contaminations s'envolent et le nombre de décès est démultiplié. Les services de réanimation sont au bord du gouffre avec plus d'une vingtaine de cas malgré une moyenne de plus de 3,5% cas de décès par jour. D'ailleurs pour Dr Fallou Samb, membre de l'ordre national des médecins du Sénégal, «c'était tout à fait prévisible parce que depuis le discours du 11 mai du président de la République, on s'est rendu compte de ce relâchement des populations qui ne respectent plus les mesures barrières».

Pis, l'avenir dans une telle conjoncture déchante car avec l'arrivée de la période d'hivernage, la résurgence de plusieurs d'autres pathologies ne viendrait qu'empirer une situation déjà désolante. C'est d'ailleurs dans ce même spectre d'analyses que l'Alliance des syndicats autonomes de la santé (Asas), a indiqué : «avec le début de l'hivernage qui, synonyme d'augmentation des maladies fébriles, n'est pas pour faciliter la tâche. Le paludisme, la grippe saisonnière, la tuberculose entre autres ont la fièvre comme dénominateur commun avec la Covid-19».

En clair, une nouvelle stratégie s'impose. Sinon, «on risque d'avoir de sérieux problèmes parce que les malades pourraient partir sans assistance médicale», avertit Dr Samb. Lundi 29 juin, le président de République dans un discours à l'adresse des populations a décidé de la levée de l'état d'urgence assorti du couvre-feu. Décision «inattendue et irrationnelle selon certains acteurs politiques et du corps médical».

Dans cette foulée, l'argumentation du ministre de la santé, Abdoulaye Diouf Sarr soutient la thèse selon laquelle «sans une économie stable, aucune lutte n'est possible contre cette pandémie». Autrement dit, c'est sur la bénédiction d'une théorie d'équilibre, de la relance économique surtout que se fonde la décision du Chef de l'Etat. Aussi, opposé à la prescription du l'Organisation mondiale de la santé (Oms), «seuls les cas symptomatiques bénéficieront des tests». En somme, le Sénégal baisse les pavillons dans la lutte contre la pandémie de la Covid 19. Les cas de contamination flambent et le nombre de décès est nettement à la hausse.

Plus de: Sud Quotidien

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