Sénégal: Malgouvernance de Senelec, Air Sénégal, COVID-19 - L'audit de Abdoul Mbaye

Se prononçant sur la situation économique du pays, l'ancien Premier ministre sénégalais Abdoul Mbaye n'y est pas allé avec le dos de la cuillère. Il est ainsi prononcé largement sur les insuffisances du Plan Sénégal Emergent (Pse) en mettant l'accent sur la mauvaise gestion de la Société nationale d'électricité (Senelec) dont il a souligné la nécessité de restaurer l'équilibre d'exploitation.

Le premier chef du gouvernement de l'ére Macky a touché par ailleurs du doigt les centaines de milliards dépensés pour constituer la flotte de la compagnie nationale Air Sénégal. Toute chose qui ne correspond pas à la demande retenue dans le cadre de l'étude de faisabilité. Qui plus est, le leader de l'Act (opposition) qui était invité de la « Grande interview » sur SeptAfrique groupe, n'a pas manqué de décrier la gestion de la pandémie de Covid-19, avec notamment la distribution des vivres aux populations.

«L e Pse repose sur la restauration, la transformation du Sénégal en une économie compétitive. Sinon, on ne peut pas avoir d'émergence. Et pour cette compétitivité-là, le Pse lui-même reconnait que la première est de baisser le prix de l'électricité ». Malheureusement, a dit Abdoul Mbaye, président de l'Alliance pour la citoyenneté et le travail (Act) qui était invité à une émission sur SeptAfrique : « Quand votre première phase du Pse vous conduit à son terme à augmenter le prix de l'électricité, c'est de la gabegie ».

Et d'arguer dans la foulée : «Il n'y a pas augmentation du prix du pétrole. C'est faux. Il n'y a pas augmentation du cours du dollar. Par contre, il y a économie sur les cours du pétrole d'environ 25% par rapport au début de l'année 2012. La cause, c'est la gabegie qui sied au niveau de la Senelec », se désole-t-il. Abdoul Mbaye a souligné ainsi l'impératif de restaurer l'équilibre d'exploitation de la Senelec. Parce que, a-t-il dit, il y a Akilee, Excelec . « La Senelec, c'est la dernière société nationale sous contrôle total de l'Etat où il y a des centaines de milliards de chiffres d'affaires. Donc, c'est là où on peut puiser et faire ses petites combines. Il n'y aura pas la croissance annoncée pour l'année 2020 et pour les années qui vont suivre », soutient-il.

Pour l'économiste, il ne faut pas reposer le sauvetage de notre économie sur quelques phrases. A son avis, il faut réunir les grandes figures de l'économie sénégalaise, échanger avec eux, faire le diagnostic, définir les difficultés, évoquer les solutions et répartir les efforts de maintien en activité et de redémarrage sur l'Etat. Parlant de la dette publique, l'ancien Premier ministre précisera que dans la stratégie d'endettement, il faut prendre en compte la capacité future à la rembourser. Donc, selon lui, il y a la dette utile et la dette qui ne l'est pas.

A ce titre, Abdoul Mbaye a signalé que les centaines de milliards qui ont été dépensés pour constituer la flotte d'Air Sénégal ne correspondent pas à la démarche stratégique retenue dans le cadre de l'étude de faisabilité qui a été conçue avant la mise sur pied de cette compagnie. « On l'a acheté très cher. Aujourd'hui, on a plein d'avions. Avant même la Covid-19 et avant que les frontières ne se ferment, il y avait des problèmes pour utiliser ces avions et pour remplir leur capacité. Ils ont tout d'un coup décidé d'aller à Lagos. Ils ont allé à Lagos pendant le mois de janvier Il y a eu 14 vols sur Lagos avec 21 passagers.

Comment voulez-vous rembourser une dette dans ces conditions. Donc, il est important que les projets financiers permettent une fois réalisés et exploités de contribuer au remboursement de la dette de manière directe ou indirecte par une amélioration de la productivité », a-t-il préconisé. Abdoul Mbaye a également fustigé la manière dont la pandémie du coronavirus a été gérée au Sénégal particulièrement la distribution de l'aide alimentaire aux populations.

Selon lui, la distribution des vivres constitue un échec total. « On ne peut pas mesurer la réussite de cette opération. Cela relève simplement de la plaisanterie. Ils devraient réfléchir sur un système de Cash transfert et laisser les bénéficiaires bien identifiés acheter ce qui leur manque. Ils ont fait un choix qui entre dans leurs habitudes. Passations de marchés, choix des fournisseurs. Et maintenant le doute s'est jeté. Il y a eu des détournements et des mauvais choix, de l'inefficacité et un grand retard dans la distribution des vivres. C'est un échec total », a-t-il martelé.

Plus de: Sud Quotidien

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