Tchad: Nouveau report des législatives - Deby exagère !

Le président Idriss Deby Itno

Cinq. C'est le nombre de fois que les législatives prévues depuis 2015 au pays d'Idriss Deby, ont été reportées. Quand ce ne sont pas des raisons financières, ce sont des raisons sécuritaires qui sont invoquées par les autorités pour justifier la non-tenue desdites élections.

Alors que l'on croyait enfin tenir la bonne date, c'est-à-dire décembre prochain, le renouvellement du parlement vient, une nouvelle fois, d'être repoussé aux calendes... tchadiennes; la nouvelle date prévue en 2021, après la présidentielle d'avril, étant fixée entre le 23 et le 24 octobre 2021 sans que l'on ne puisse dire avec certitude si elle sera tenue.

Cette fois-ci, le bouc émissaire est « l'épidémie de coronavirus [qui] a fait prendre du retard au processus de recensement des électeurs », alors que l'actualisation du fichier électoral « est impossible à faire lors de la saison des pluies » qui s'étend généralement de juillet à septembre, en raison de l'impraticabilité des routes durant cette période.

On veut bien croire le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) mais cet énième report des législatives pour le renouvellement du parlement, fait vraiment désordre.

Pour l'homme fort de N'Djamena, l'Assemblée nationale n'est là que pour la forme

D'autant que les députés qui sont en poste et qui continuent de légiférer, le sont depuis 2011 où ils avaient été élus pour un mandat de quatre ans. A quel type de démocratie répond une telle gouvernance, alors que dans le même temps, le chef de l'Etat n'a aucun mal à enchaîner les mandats, depuis bientôt trente ans ?

Vraiment, Déby exagère ! Autrement, pour une institution aussi importante que le Parlement qui a, entre autres, pour mission de contrôler l'action de l'Exécutif, on ne peut pas comprendre que le renouvellement du mandat des députés qui tirent pourtant leur légitimité du peuple pour le délai imparti à leur législature, semble être une si petite préoccupation.

C'est à se demander si le chef de l'Etat tchadien donne à l'institution parlementaire, l'importance qui est la sienne dans la construction de la démocratie dans son pays.

On peut en douter. Pire, on est plutôt porté à croire que pour l'homme fort de N'Djamena, l'Assemblée nationale, pas plus que les autres institutions de la République, n'est là que pour la forme, pour servir les intérêts de la démocratie en trompe-l'œil qu'il se plaît à servir à ses compatriotes et au monde depuis bientôt trois décennies.

C'est-à-dire une coquille vide chargée de l'accompagner dans la confiscation du pouvoir dans son pays. Et il ne faut pas compter sur les députés qui semblent se complaire dans cette situation qui les arrange visiblement, pour donner de la voix.

C'est ce qui explique peut-être que le « Guerrier » du Sahel, se sentant désormais à l'étroit dans son treillis de Général, ait récemment senti la nécessité de se faire élever, par cette institution, à la dignité de maréchal, à titre honorifique.

Si ce n'est pas une dérive dictatoriale, cela y ressemble fort. Car, personne n'est dupe pour ne pas savoir que dans le cas d'espèce, la voix du Parlement n'est que celle du chef.

Toujours est-il que cette élévation a tout de suite créé la polémique dans son pays voire au-delà ; certains continuant de n'en voir ni l'opportunité ni la nécessité, pour un titre qui, dans le cas d'espèce, renvoie plus au souvenir de certains satrapes africains comme Iddi Amin Dada ou autre empereur Bokassa, là où d'autres pensent qu'il est amplement mérité, ne serait-ce que pour ses récents hauts faits d'armes contre le terrorisme.

Tant que le Warrior du Sahel aura le soutien de Paris, il pourra tout se permettre dans son pays

En tout état de cause, pour quelqu'un qui disait être venu mettre fin à la dictature de Hissène Habré, force est de constater aujourd'hui qu'Idriss Déby s'est illustré très négativement sur le plan de la démocratie au point de ne plus vouloir entendre parler d'alternance dans son pays.

Et rien ne dit qu'après cinq mandats consécutifs, il montrera des signes de satiété pour ne pas chercher à en briguer un sixième.

Comment peut-il en être autrement quand de grandes démocraties occidentales comme la France dont il est devenu l'allié par excellence dans la lutte contre le terrorisme, ferment les yeux sur les dérives du dictateur ?

En tout cas, il est quasiment aujourd'hui une certitude que tant que le Warrior du Sahel aura le soutien de Paris, il pourra tout se permettre dans son pays.

Et tout porte à croire que ce n'est pas demain la veille que la France va lâcher « son protégé » ; elle qui n'a pas hésité, en février 2019, à voler à son secours pour sauver son fauteuil en stoppant net, par bombardement aérien, la progression d'une colonne de rebelles de l'Union des forces de la résistance (UFR) qui, de la Libye d'où elle était venue, descendait irrémédiablement sur Ndjamena.

De même, plusieurs sources indiquent que Deby a résisté en 2006 puis en 2008 à des incursions armées lancées contre son régime depuis le Soudan, grâce à un appui décisif mais beaucoup plus discret de Paris.

C'est dire si dans le cas du Tchad, il ne faut pas s'attendre à voir la France se poser en donneuse de leçons. Il appartient donc au peuple tchadien qui continue d'accumuler les frustrations, de savoir prendre son destin en mains.

Ce peuple dont toute une génération n'aura connu qu'un seul et même président, au moment où sous d'autres cieux et sur le même continent, notamment dans la plupart des pays ouest-africains à l'exception du Togo, un point d'honneur est mis pour respecter autant que faire se peut, les règles de l'alternance.

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