Tunisie: Secteur du cuir et chaussure - Les entreprises mises au tapis

9 Juillet 2020

30% des entreprises du secteur n'ont toujours pas repris leurs activités.

L'industrie du cuir et de la chaussure marque le pas. La crise due au coronavirus risque de porter le coup de grâce à un secteur qui est déjà en difficulté. Certes, les problèmes de trésorerie ont touché pratiquement toutes les entreprises, quel que soit le secteur d'activité, en raison des mesures de confinement, mais cette industrie qui est composée essentiellement de petites et moyennes entreprises et d'unités artisanales, est tombée dans une forte récession. Au point d'inquiéter les professionnels du secteur quant à son devenir en Tunisie. "30% des entreprises du secteur n'ont pas toujours repris leurs activités", affirme Akram Belhaj, président de la Fédération du cuir et de la chaussure relevant de l'Utica dans une déclaration accordée à La Presse.

Selon lui, deux principaux facteurs sont à l'origine de ce sévère ralentissement, à savoir l'effondrement de la demande provenant du marché européen et l'absence de soutien financier de l'Etat aux entreprises en difficulté pour faire face à la crise du coronavirus. "Durant la crise du Covid-19, les entreprises n'ont pas eu le soutien financier de l'Etat. Les mesures qui ont été décidées par le gouvernement pour aider les entreprises en difficulté à faire face à la crise bénéficient, en effet, aux grandes entreprises et celles qui sont classées 0 et 1 au niveau des banques. Les petites et moyennes entreprises n'ont pu accéder à rien. Pis encore, les procédures qui ont été mises en place et les décrets-lois qui ont été promulgués, à cet effet, sont tellement ambigus et complexes qu'il est impossible de les appliquer", a souligné Akram Belhaj.

Il a ajouté, dans le même contexte, qu'à la sortie du confinement, le marché parallèle a repris de plus belle, exposant ainsi les professionnels à une forte concurrence déloyale. "Après le confinement, le marché a été submergé de produits contrefaits qui sont étalés et exposés à tout-va dans les rues", a-t-il expliqué.

Les réformes à entreprendre

Malgré ce tableau noir dépeint de la situation de l'industrie du cuir et de la chaussure, des perspectives d'une véritable relance pointent à l'horizon. A condition d'opter pour des mesures favorables à l'investissement et d'apporter le soutien financier nécessaire aux entreprises en difficulté. "Au mois de septembre, on prévoit une reprise du marché. Nous avons reçu plusieurs demandes de la part des donneurs d'ordre étrangers mais le flou plane toujours sur le secteur et on ne peut pas trancher si on va pouvoir passer le cap. Il y a des perspectives prometteuses, mais il faut améliorer l'environnement des affaires pour pouvoir attirer les investisseurs étrangers", a souligné le président de la Fédération du cuir et de la chaussure.

Et d'ajouter : "Il faut que l'Etat applique les lois en vigueur, notamment le Code de commerce. Le secteur souffre d'une forte concurrence déloyale. Il est aussi impératif de donner les moyens financiers pour pouvoir pérenniser les entreprises du secteur, en leur octroyant des crédits avec beaucoup de facilités et non pas avec les conditions actuelles qui sont inaccessibles pour les PME. Il faut créer une ligne de microcrédit pour les artisans pour qu'ils puissent dégager les liquidités et en finir avec la friperie qui est, théoriquement, interdite par la loi pour les chaussures. Rien qu'en jetant un coup d'œil sur les sites électroniques du commerce de la friperie, on voit des ventes en série des articles de maroquinerie et des chaussures et on comprend qu'il s'agit bien d'un circuit de vente à part entière. Les entreprises, qui sont aujourd'hui en difficulté financière, vont finir par mettre la clé sous la porte, si on ne remédie pas à tous ces problèmes. Malgré tout, on est optimiste et nous n'allons pas jeter l'éponge".

Plus de: La Presse

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