Sénégal: Transfert de gazelles oryx dans une réserve privée du ministre Abdou Karim Sall - La licéité de la pratique en question

Un Gemsbok ou oryx du sud près de Wolfsnes, ouest du parc national d'Etosha, Namibie

La Direction des parcs nationaux et le ministre de l'Environnement et du développement durable, Abdou Karim Sall, jugent que le fait de transférer des espèces protégées vers une réserve privée est une pratique courante qui n'est entachée d'aucune irrégularité. Pendant ce temps, des spécialistes soutiennent le contraire.

Deux Gazelles oryx sont mortes lors de leur transfert vers une réserve privée du ministre de l'Environnement et du développement durable, Abdou Karim Sall.

Cette information est relayée en premier par la presse ces derniers jours. Pour le Directeur des parcs nationaux, Boucar Ndiaye, qui réagissait sur les ondes de la Radio futurs médias (Rfm), la pratique n'a rien d'illégal et des espèces peuvent être confiées à des privés.

«Chaque demande que nous recevons, nous l'étudions pour s'enquérir de la situation dans laquelle doivent vivre les animaux sollicités. C'est dans ce cadre que le transfert a eu lieu. Les sujets ont été transférés.

De Katané à Dakar, il n'y a eu pas de mortalité. Les animaux sont arrivés vivant à Dakar et c'est lors du transfert dans l'enclos que les deux espèces ont eu des difficultés à l'origine de leur décès», explique-t-il.

Le Directeur des parcs a tenu à préciser qu'après transfert, les animaux n'appartiennent pas à leur gérant, mais à l'Etat du Sénégal.

L'ancien brigadier-chef des parcs nationaux et ancien chef de poste, Ibrahima Mbow, ne semble pas du même avis. Pour lui, la pratique peut être assimilée à du braconnage.

« Dans un parc national, aucun prélèvement n'est autorisé. Les parcs sont intégralement protégés. Il dit que c'est le règlement intérieur des parcs nationaux. Et cette réglementation est ignorée par l'actuel Directeur des parcs nationaux.

En tant qu'ancien des parcs nationaux de la classe 76 à nos jours, si j'entends ces genres de choses, je suis vraiment peiné ».

Si une réserve privée du ministre de l'Environnement ou une quelconque autre bénéficie de ce privilège, c'est parce qu'il ne s'est pas fait dans la légalité, a-t-il estimé, car le règlement intérieur des parcs nationaux l'interdit selon lui.

Dans un entretien accordé à l'Agence France presse (Afp), le ministre de l'Environnement et du développement durable, Abdou Karim Sall, le principal concerné, juge que le transfert a respecté la loi. « L'Etat accompagne toutes les initiatives privées dans la gestion de la biodiversité sur la base de protocoles d'accord dûment établis.

Le transfert des six antilopes s'est fait légalement et dans des caisses spécialement conçues pour cela" et avec un personnel qualifié du ministère.

Ces bêtes ne peuvent devenir une propriété privée parce que selon le protocole, toute population d'espèces cédées reste un patrimoine de l'Etat avec un libre accès des agents forestiers pour le protocole ».

TRANSFERT A... PROBLEMES !

La loi 86-04, portant code de la protection de chasse et de la faune dans son article 32, se limite à dire que « quiconque sans autorisation importe des animaux vivants intégralement ou partiellement protégés au Sénégal ou leurs dépouilles ou trophées, quiconque détient ces animaux vivants sans autorisation, quiconque détient ou fait circuler ces dépouilles ou trophées sans certificat d'origine ou justification de propriété dument établie, quiconque commercialise ou exporte de la viande de chasse d'origine sénégalaise sans autorisation, est puni d'une amende de 120.000 à 1.200.000 frs et d'un emprisonnement de un mois a un an ou de I'une de ces deux peines seulement ». Ainsi donc, aucunement le transfert vers des réserves privées n'est mentionné.

Cependant, dans le communiqué envoyé antérieurement par les services d'Abdou Karim Sall, il est dit que ce partenariat avec le privé vise à développer le secteur.

« Soucieux de préserver, de développer le potentiel faunique du pays, de protéger les espèces animales et végétales des menaces de disparition qui pèsent sur elles, le Sénégal a manifesté sa volonté de faire participer davantage le secteur privé national et les collectivités territoriales dans la valorisation de ses ressources naturelles, en acceptant de nouer des partenariats pour la conservation à travers la création de réserves de faune sauvage », lit-on dans le document.

L'environnementaliste Cheikh Dieng, à travers un post sur sa page facebook, fustige une telle pratique. « Les protocoles ou conventions évoqués par le communiqué n'existent nulle part dans les lois et règlements qui régissent la pratique de la chasse et de la conservation de la faune au Sénégal.

En dehors de la chasse d'ailleurs strictement réglementée, le code prévoit des possibilités de capture à des fins strictement scientifique et d'éducation.

Ces conventions et protocoles qui sont évoqués sont donc totalement en porte-à-faux avec la loi », a-t-il écrit. Mieux, ajoute-til, « la capture de ces pauvres bêtes (les gazelles oryx) au profit d'un ranch privé à Bambilor, dans des conditions écologiques aussi éloignées de leur habitat naturel, les confinerait quasiment dans un zoo, pour le plaisir de la contemplation, et les condamnerait inéluctablement à une mort certaine ».

Plus de: Sud Quotidien

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.