Sénégal: Usage des masques artisanaux - Quand l'entretien des bavettes devient un défi !

Le constat est palpable et regrettable. Depuis l'instauration du port obligatoire des masques dans les milieux publics, certaines personnes s'évertuent de porter le masque sans jamais songer à leur entretien. Triste décor, la couleur blanche de certains masques est décolorée en noir ou marron.

La facette intérieure n'est rien d'autre que le tableau assez complet de toutes sortes de couleurs de taches. D'ailleurs, c'est sans ambages que certaines populations avouent qu'ils emploient le masque « pour échapper à une amende » ou pis, « se retrouver dans les quatre murs de la police ».

Or, s'il est établi que les bavettes ont une vertu protectrice contre le coronavirus, elles peuvent également être le nid d'autres bactéries très dangereuses si elles sont exemptées d'entretien. De la protection à une négligence dangereuse et coupable, reportage sur un comportement à haut risque.

Devenu obligatoire afin d'endiguer la propagation du nouveau coronavirus dans le pays, le port du masque « artisanal » ou « pharmaceutique » occupe toujours le devant de l'actualité.

Grâce aux couturiers qui ne ménagent aucun effort pour en confectionner des milliers par jour, et avec 200 de nos francs, vous pouvez vous procurer un masque en tissu.

Et s'il est établi que ces masques artisanaux ont la vertu de protéger l'entourage du porteur et dans une certaine mesure le porteur lui-même, il est cependant impératif de procéder à un entretien régulier de ces derniers.

Mais triste constat, certaines personnes en font usage depuis plus de 02 mois et ne songent « ni à les laver » encore moins « les changer ». Nous sommes au rond-point Liberté 6, où commerçants et passagers affluent de tous les côtés.

Salif Diouf, vendeur de café « Touba » est muni d'un masque d'une couleur indescriptible. On distingue sur le même masque une variété de taches de couleur qui ne relève pas de l'état originel de fabrication. Interrogé sur la fréquence d'entretien de son masque, le jeune homme indique sans fioritures que « cela fait des semaines qu'il n'a pas songé à laver le masque ».

Non sans vouloir se justifier, il poursuit dans un air assez détendu et même comique qu'il « porte rarement les masques.

C'est à cause de la présence de la police que je porte le masque. Donc, je ne l'utilise pas trop ». Et pourtant, la couleur de son masque indique à toute personne pourvue d'une bonne vision qu'il est peut-être tout sauf hygiénique.

Mais, pour Salif, c'est « à cause de la fumée que le masque a cette couleur un peu noircissante. C'est le café Touba qui lui a imprimé cette multi couleur».

Même photographie, la vendeuse d'eau fraîche, Astou Diompy, qui se situait juste à côté de Salif a empoigné son masque dans sa main gauche et en ce qui concerne l'entretien de ce dernier, ses propos indiquent qu'elle l'ignore complètement.

« Moi, je passe mon temps sur le soleil donc je n'arrive pas à supporter le masque », déclare de manière audible la jeune demoiselle.

Et de poursuivre : « même si ça fait longtemps que j'ai acheté mon masque, franchement ce n'est pas sale, parce que je ne le porte pas. Si ce n'est pas la police, je ne l'utilise pas donc c'est évident que cela ne soit pas sale ».

Le pis, même les personnes assez instruites sur la dangerosité d'une telle conduite, relègue au second plan l'entretien des masques.

« Honnêtement, je ne lave pas mon masque. La dernière fois que j'avais un rendez-vous, j'étais obligé de parfumer mon masque », déclare d'un visage illuminé par le sourire Solange Ndour.

L'étudiante à la Faculté d'économie et de gestion à l'université virtuelle du Sénégal (Uvs) poursuit dans une approche justificative.

« L'usage du masque est une nouvelle chose dans le quotidien des Sénégalais. Donc, difficile de l'adopter aussi rapidement », argumente Solange avant de reconnaitre « qu'il faut au moins faire l'effort de laver les masques artisanaux ».

Par ailleurs, les masques pharmaceutiques qui devraient être utilisés pour une durée bien limitée, sont utilisés pendant des semaines par certaines personnes. « Le masque que fabriquent les couturiers n'est pas sûr », déclare César Diedhiou, gérant d'un cyber café à Scat Urbam.

Raison pour laquelle, poursuit-il, « j'ai acheté un masque à la pharmacie que j'utilise quand je souhaite sortir ».

Non sans ajouter que « les pharmaciens recommandent une utilisation de 03 heures parce qu'ils ont le souci de vendre, comme tout bon commerçant d'ailleurs. Moi, j'ai compris cette politique et j'ai adopté en conséquence ma stratégie pour vaincre cette maladie ».

DR MOUSTAPHA DIAGNE : « DANGEREUX DE NE PAS ENTRETENIR CONVENABLEMENT LES MASQUES ARTISANAUX... »

Pour sa part, le Dr Moustapha Diagne avertit contre la négligence de l'entretien des masques artisanaux.

En effet pour la blouse blanche, « c'est un comportement très dangereux pour la santé de ceux qui s'y adonnent ». Et de poursuivre : « il y a des bactéries qui peuvent rester sur ces masques qui sont utilisés souvent tout au long de la journée.

Si vous ne prenez pas le soin de bien laver avec de l'eau de javel votre masque, ces bactéries finiront par rentrer dans votre organisme et ainsi vous infecter ». Il est donc impératif, selon lui, « de bien laver avec du javel et du savon les masques artisanaux ».

Aussi, insiste-t-il, « les masques chirurgicaux (Ffp2) ne sont pas destinés pour un usage à long terme. C'est au plus 03 heures d'utilisation recommandée ».

Ainsi, poursuit Dr Diagne, « ceux qui utilisent pendant plusieurs jours et semaines les masques chirurgicaux exposent dangereusement leur santé ainsi celle de leur entourage. Le mieux, c'est d'utiliser des masques artisanaux et de veiller à l'entretien ».

Plus de: Sud Quotidien

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