Tunisie: Evolution du paysage politique national - Clashs et invectives au quotidien

9 Juillet 2020

Au sein du Parlement, il y a beaucoup à dire et à voir quotidiennement lors des réunions des commissions parlementaires permanentes ou celles dites d'enquête ou d'investigation comme celle relative à l'affaire Elyès Fakhfakh.

Ainsi, Iyadh Elloumi et Hichem Ajbouni, président et rapporteur de la commission, s'échangent-ils les clashs, inaugurant ainsi les travaux d'une commission dont personne n'attend sérieusement les conclusions. En parallèle, Abir Moussi et Noureddine B'hiri se promettent chacun de tout faire pour dissoudre le parti de l'autre, respectivement Ennahdha et le PDL

Pour suivre l'actualité politique nationale et être au parfum de ce qui se passe au sein des partis de l'opposition et de la coalition au pouvoir, de la présidence du gouvernement au palais de La Kasbah et aussi au palais de Carthage, il faut se lever tôt et rejoindre immédiatement le Parlement où les secrets les plus intimes sont révélés dès le lever du jour, les clashs les plus meurtries sont échangés aussi bien lors des séances plénières retransmises en direct sur la TV nationale que lors des réunions des commission parlementaires où les débats sont accessibles au public via internet et où, enfin, on assiste quotidiennement à la refonte ou à la recomposition du paysage politique national conformément aux desiderata et aux caprices des uns et des autres.

Et ceux en manque d'informations discrètes, de révélations ou d'exclusivités seront sûrs d'être fournis à gogo et d'être servis en matière qui pourra leur permettre de meubler leurs soirées.

Ainsi, ceux qui veulent savoir si la commission parlementaire d'investigation sur l'affaire du conflit d'intérêts dans laquelle serait impliqué Elyès Fakhfakh, le Chef du gouvernement, a déjà entamé ses travaux, comment ses activités seront menées et quand rendra-t-elle sa copie, tout en se demandant si ses conclusions revêtiront un caractère décisionnel ou plutôt un caractère purement consultatif, peuvent dès à présent s'attendre à une séance plénière bis comparable à celles que nous offrent régulièrement les députés de l'ARP.

Et pour commencer, lors de sa première réunion, la commission en question nous a révélé un président, Iyadh Elloumi, député de Qalb Tounès (déjà président de la commission parlementaire des finances au nom de l'opposition et rapporteur de la commission parlementaire de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption) qui s'octroie le droit de parler au nom de la commission et de fournir aux médias des décisions que la commission n'a pas prises.

Ainsi, en est-il de la décision «de demander au Chef du gouvernement de se mettre à la disposition de la justice et de déléguer ses fonctions à l'un de ses ministres jusqu'à ce que la commission d'enquête parlementaire rende ses conclusions».

Annonce immédiatement démentie par Hichem Ajbouni, député d'Attayar, rapporteur de la même commission et aussi chef du bloc parlementaire démocratique (les députés d'Attayar coalisés avec ceux d'Achaâb, soit 41 députés) qui a précisé qu'il ne s'agit pas d'une décision de la commission mais plutôt d'une proposition exprimée par l'un des membres de la commission sauf que les autres membres ne l'ont pas retenue.

Et les invectives et les échanges d'insultes de fuser entre Elloumi et les députés d'Attayar membres de la commission. Et on assiste à des accusations de manipulation et d'utilisation des dossiers pour blanchir les amis et compromettre les adversaires.

En parallèle, Noureddine B'hiri, le chef du bloc parlementaire d'Ennahdha, et Abir Moussi présidente du Parti destourien libre (PDL) et cheffe de son bloc au Parlement, se livrent une guerre sans merci, via les médias, et dans les couloirs du parlement, chacun se promettant de tout faire pour dissoudre le parti de l'autre.

Ainsi, Abir Moussi menace de recourir à la justice, demandant à ce que le visa d'exercice délivré en mars 2011 à Ennahdha soit annulé dans la mesure où, soutient-elle, «le dossier de formation du mouvement est entaché d'irrégularités». Ce qui permet à la justice administrative de lui retirer son autorisation.

Quant à Noureddine Bhiri, il soutient que son parti a déjà soumis à la justice une requête requérant la dissolution du PDL pour son obstination «à appeler à la haine entre les citoyens, à la violence et à la division entre les différentes catégories du peuple».

Et les petites expressions contenant des insultes directes ou des insinuations portant atteinte à la crédibilité et à l'image des uns et des autres de rappeler les rapports de tension permanente entre les «Rcdistes» orphelins de Ben Ali et les «khwanjias» qui n'agissent que dans le noir.

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