Ile Maurice: Nicolas Ritter reçoit les insignes de Chevalier de l'Ordre national du Mérite

C'est au cours d'une cérémonie solennelle mais non moins empreinte de simplicité que Nicolas Ritter, fondateur et directeur de Prévention, Information et Lutte contre le Sida (PILS), s'est vu remettre, au nom de la République française, les insignes de l'Ordre national du Mérite par Emmanuel Cohet, ambassadeur de France à Maurice. Cette cérémonie de remise d'insignes a eu lieu en la résidence de l'ambassadeur à Floréal ce jeudi 9 juillet.

Il n'y avait pas la grosse foule habituelle à ce genre de cérémonie sous la véranda de la résidence de l'ambassadeur Cohet. Et pour cause: la pandémie du nouveau coronavirus oblige, les invitations ont dû être limitées. Il n'empêche que Nicolas Ritter a réussi à réunir autour de lui une belle brochette de proches, notamment son père Jacques, sa mère Odile, qui est de nationalité française, son frère Christian, son neveu, des personnalités du monde associatif, d'anciens et actuels membres du conseil d'administration de PILS, ses amis de toujours. Nicolas Ritter n'a pas oublié celle qui a été au service de sa famille pendant de très longues années, à savoir Marie-Ange Nolan, qu'il couvait d'attentions.

Lors de son intervention, Emmanuel Cohet a déclaré que c'est à son arrivée à Maurice qu'il a compris le rôle très important joué par Nicolas Ritter en termes d'information, de formations et de transmission de connaissances en matière de VIH, des éléments si importants pour une île comme Maurice. Il a retracé dans les grandes lignes le parcours de Nicolas Ritter. Pour lui, dès avant la naissance du récipiendaire des insignes de l'Ordre national du Mérite, celui-ci était porté vers l'international puisque son père Jacques, après s'être formé au petit séminaire, s'est rendu à Bangui en République de Centrafrique. C'est dans ce pays qu'il a rencontré la Vendéenne Odile, qu'il a épousé et qui lui a donné des fils dont Nicolas.

Emmanuel Cohet a évoqué les études du fondateur de PILS au Lycée Labourdonnais, son désir de retrouver la vie internationale qu'il a pu combler en étant membre du personnel navigant commercial à Air Mauritius et sa décision en 1994 de se faire dépister au VIH. Et là, à 25 ans, Nicolas Ritter a appris sa séropositivité.

L'ambassadeur Cohet a rappelé comment face à cette terrible nouvelle, les parents de Nicolas Ritter s'étaient montrés solidaires et l'avaient encouragé à aller s'installer à La Réunion pour recevoir des soins. C'est d'ailleurs à l'île sœur qu'il a rencontré l'immunologue Catherine Gaud qui est devenue son médecin traitant. A partir de là, Nicolas Ritter s'est engagé auprès des mouvements associatifs s'occupant des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) jusqu'à décider, avec le soutien de ses parents et de son médecin référent de venir fonder une association de soutien aux PVVIH à Maurice. C'est ainsi qu'est née PILS.

L'ambassadeur Cohet a ensuite énoncé toutes les actions que Nicolas Ritter a impulsées depuis, tant à l'échelle locale que régionale et internationale, rappelant par la même occasion qu'après les Etats-Unis, la France est le deuxième plus gros contributeur au Fonds mondial pour la lutte contre le sida. «Vous fournissez aux personnes vivant avec le VIH un modèle leur permettant de garder espoir et vous démontrez que vous pouvez mener une vie normale et engagée.»

PILS, a-t-il rappelé, est aujourd'hui une structure solide, gérant un important budget et employant 40 salariés et dont les projets ne cessent de grandir. Il a cité trois d'entre eux qui prendront forme bientôt, à savoir l'ouverture, en août, d'un centre de service communautaire à la rue St Georges à Port-Louis, la mise sur pied d'un pôle de recherche et de communication et l'initiation au Crowdfunding, une nécessité du fait que l'île soit désormais considérée par les instances internationales comme pays à haut revenu et à ce titre, les bailleurs de fonds préfèreront soutenir financièrement les pays à faible revenu.

Lui succédant au micro, le récipiendaire des insignes de l'Ordre national du Mérite s'est dit très touché par cet honneur que lui fait la République française et il l'est d'autant plus que sans la France, il n'aurait sans doute pas été de ce monde car c'est de par sa nationalité française du côté de sa mère qu'il a pu avoir accès aux antirétroviraux dès 1995.

Nicolas Ritter a d'abord dédié sa médaille à ses parents «pour tout ce soutien, cet amour, cette présence. Sans vous, vos valeurs, votre éducation, votre ouverture aux autres et à tous mes combats, je n'aurais jamais pu être sur autant de fronts ». Ses pensées se sont ensuite tournées vers le Dr Catherine Gaud, qui est actuellement en vacances en France et qui reviendra à Maurice pour agir comme conseillère auprès du ministère de la Santé. «Elle a été mon médecin et la partenaire de tous mes combats dans la zone océan Indien où ensemble, avec bien d'autres, nous avons construit une réponse médicale et militante... Sans cette femme incroyable je ne sais pas si j'aurais été le militant que je suis».

Il a aussi dédié ces insignes à tous ceux et celles qui se sont engagées dans cette lutte contre le VIH dans la région et aux disparus, aux membres du premier conseil d'administration de PILS, aux militants, bénévoles, salariés et associations partenaires.

Nicolas Ritter a ensuite établi un parallèle entre le VIH et le nouveau coronavirus. «Si le premier interpelle, questionne nos rapports aux autres, donne une nouvelle dimension à nos contacts humains, sociaux et amoureux, avec le second, il faut ajouter de nouveaux éléments comme les déplacements et les interactions sociales les plus basiques. Deux virus qui engendrent peurs, fantasmes, rejets et discriminations.»

Il a déclaré qu'il était important de rappeler que beaucoup a été appris sur le VIH en 40 ans et que les réponses ne sont pas venues uniquement de la science et de la médecine mais aussi des personnes directement concernées par le VIH. «Je suis convaincu qu'aujourd'hui encore, les associations de terrain, les citoyens, sont en capacité d'agir et de proposer des solutions pour minimiser l'impact de cette nouvelle menace de santé publique et mondiale», a-t-il dit avant d'annoncer son départ de PILS et son acceptation d'un poste au sein de Coalition Plus, qui est l'union internationale d'organisations communautaires de lutte contre le Sida et les hépatites. Son combat, a-t-il précisé, ne s'arrête pas pour autant. «Il sera plus politique, plus militant, plus national, plus global», a-t-il promis.

Outre la joie de voir Nicolas Ritter décoré par la République française, Audrey d'Hotman, consultante en développement social, qui est aussi son ancienne collaboratrice à PILS, n'a pu s'empêcher de trouver dommage que la République de Maurice n'ait pas pensé à décorer Nicolas Ritter par rapport à ses oeuvres. «Autant je suis heureuse qu'il ait eu cette distinction, j'aurais préféré qu'elle vienne de Maurice d'abord puis de la France ». Comme l'a rappelé un de ses amis, «nul n'est prophète en son pays».

Plus de: L'Express

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