Burkina Faso: Projet de report des législatives - La politique politicienne ne doit pas prendre le pas sur le réalisme

Ils étaient tous là, les six présidents des groupes parlementaires autour du président de l'Assemblée nationale, sur le perron du palais présidentiel, mercredi dernier, pour remettre au chef de l'Etat un rapport contenant des recommandations (19 au total) parmi lesquelles il y a celle qui suscite déjà la colère de bon nombre de nos compatriotes et qui est relative au report des élections législatives à la fin de l'année 2021.

Devant les journalistes, le président Alassane Bala Sakandé, très en verve, a justifié l'éventuel report du scrutin législatif par l'environnement sécuritaire particulièrement fébrile dans au moins cinq des treize régions du Burkina, faisant craindre des raids d'intimidations, d'enlèvements ou d'assassinats que pourraient mener les groupes extrémistes qui écument les zones rurales du Nord, du Centre-Nord, de l'Est, du Sahel et de la Boucle du Mouhoun.

A vrai dire, organiser des élections de proximité dans le contexte actuel où l'état d'urgence décrété dans certaines provinces, impose une restriction des libertés publiques, est difficile.

D'ailleurs, les électeurs potentiels, du moins les quelques rares qui y vivent encore, ne vont pas se passionner pour une élection de députés alors que les attaques contre les soldats et les civils alternent avec les explosions de mines artisanales dans quasiment tous les villages des zones sinistrées.

La principale préoccupation des Burkinabè devrait donc être moins le choix des futurs parlementaires, que de sauver ces centaines de milliers de personnes aujourd'hui prostrées dans un exil intérieur et martyrisées par les angoisses et souffrances existentielles.

Reste à savoir si un éventuel report du scrutin d'un an, rendra toutes ces zones fréquentables

N'oublions pas, en effet, que la stratégie funeste des terroristes qui consiste à attiser les tensions intercommunautaires, ajoutée à la réponse insuffisante et parfois maladroite de nos Forces de défense et de sécurité, ont rayé de nombreux villages de la carte, et ce serait une aberration d'exposer la vie des candidats à la députation, au nom de la démocratie et de la stabilité des institutions.

Depuis le lancement du ballon d'essai par le président de l'Assemblée nationale, beaucoup s'offusquent du fait qu'on veuille reporter les législatives et maintenir la présidentielle, arguant du fait que ceux qui élisent le président du Faso sont les mêmes qui choisissent les députés.

C'est évidemment un argument discutable, d'autant que le candidat à la magistrature suprême n'aura pas forcément besoin de voix dans les provinces en crise pour déposer ses pénates à Kosyam, alors que le candidat à la députation pour le compte de la province du Loroum, par exemple, devra, lui, aller à la rencontre de ses militants à Titao, à Sollé ou à Banh avec la très forte probabilité d'y laisser sa peau.

Que se passerait-il si, au soir du 22 novembre, l'on se retrouve avec une Assemblée nationale de 80 députés sur 127 au motif que l'on n'a pas pu voter dans certaines localités ?

Certes, certains ont vite fait de parler de deal politique de la part des députés, oubliant que nombreux sont les Burkinabè, du fait de l'insécurité, qui n'ont pas pu se faire enrôler dans certaines régions.

La politique politicienne ne doit pas prendre le pas sur le réalisme. Seulement, reste à savoir si un éventuel report du scrutin d'un an, rendra toutes ces zones fréquentables, et si les groupes armés qui rivalisent aujourd'hui dans le jeu horrible de qui tuera le plus, disparaîtront de gré ou de force.

On attend de voir puisque les députés favorables à la rallonge, pensent que le salut et la recette miracle viendront de la réconciliation nationale que certains Burkinabè appellent de leurs vœux, depuis que notre pays est en proie à une crise politique avec le départ de Blaise Compaoré qui était considéré, à tort ou à raison, comme la soupape de sécurité qui mettait notre pays à l'abri du terrorisme.

Toutefois, on ne peut s'empêcher de se poser une question : que se passerait-il si un candidat de l'opposition venait à remporter le scrutin présidentiel du 22 novembre ?

Va-t-il garder les choses en l'état avec un parlement hostile, au motif qu'il est impossible d'organiser des législatives dans certaines régions du pays ?

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