Sénégal: Retour sur 22 ans de carrière de Birahim Ndiaye, ancienne gloire de la lutte

9 Juillet 2020

Ancien sociétaire de l'écurie de Fass et fondateur de l'école de lutte «Saku xam xam», Birahim Ndiaye fut un champion hors-pair. En 22 ans de carrière, le suivant de Mbaye Guèye, «Tigre de Fass», a accroché plusieurs champions à son tableau de chasse.

Manga 2, Balla Gaye 1, Docteur Faye, Boy Niang, Laurent Daba... tous ont mordu la poussière contre cette ancienne terreur de l'arène. Aujourd'hui à la retraite, Birahim Ndiaye revient sur sa riche carrière et porte un regard critique sur cette discipline à la quête d'un nouveau souffle.

Nostalgique, Birahim Ndiaye l'est. Plus de deux décennies après avoir dénoué son «nguimb», ses souvenirs dans l'arène sont encore vivaces. C'est en 1973 que l'ancien champion de l'écurie Fass a fait ses débuts dans la lutte.

«C'était lors d'un combat qui a opposé Boy Bambara et Double Less», rappelle celui dont la carrière a pris fin en 1995. Même s'il précise avoir organisé son jubilé en 1998. «À l'époque, les promoteurs payaient les lutteurs en fonction de leur aura.

Il fallait être très populaire pour espérer toucher un gros cachet», renseigne-t-il. Une situation compréhensible, soutient Birahim Ndiaye, car, dit-il, «un promoteur ne pouvait pas organiser son combat à 1 million de FCfa pour ne récolter en retour que 500.000 FCfa».

À cette époque, dit-il, Mbaye Guèye et Mohamed dit Robert Diouf émergeaient au-dessus du lot. Ils étaient les seuls à percevoir de gros cachets. «J'arrivais derrière Mbaye Guèye qui était le chef de file de l'écurie Fass et j'ai petit à petit fait mes preuves.

En 1980, j'ai pu lutter contre Ambroise Sarr pour un cachet de 1.200. 000 FCfa. C'était beaucoup d'argent. Ça m'a permis d'acquérir mon terrain aux Parcelles assainies à moins de 150.000 FCfa. Idem pour celui sis à Keur Massar. Ce qui est impensable de nos jours», indique-t-il.

De grands combats, Birahim Ndiaye en a disputés, avec des succès et des échecs. Mais celui contre Balla Gaye 1 figure parmi les plus beaux, précise-t-il. «Il m'avait déjà battu. J'avais donc une revanche à prendre. Et j'étais fier de le battre à mon tour.»

Il y a également eu ce face-à-face avec Laurent Daba, un lutteur sérère qui lui avait infligé une défaite mémorable. «J'avais peur de lui», avoue-t-il, sans embarras. «Si tu fais quelque chose et que la confiance te manque, c'est déjà perdu d'avance.

C'était mon premier grand combat et je suis passé à côté», se rappelle Birahim Ndiaye qui a aussi affronté Boy Fall, Alassane Niang, El Hadji Guèye et tant d'autres lutteurs. Il réussira plus tard à prendre sa revanche sur son bourreau, au stade Assane Diouf.

«Je me rappelle de ce jour jusqu'à présent. Même à l'écurie Fass, on ne croyait pas à ma victoire car Laurent Daba était plus fort que moi. Seule une minorité disait que c'était un combat comme les autres et que n'importe qui pouvait terrasser l'autre. Finalement, j'ai eu une grande victoire sur lui», se remémore-t-il.

Quatre combats mémorables contre Manga 2

De tous ses adversaires, c'est Manga 2 qu'il a le plus affronté. Et Birahim Ndiaye garde des souvenirs inoubliables du champion sérère. «Manga fut l'un de mes adversaires les plus coriaces. Je l'ai affronté à quatre reprises.

Notre premier combat a eu lieu vers les années 1977 et je l'ai battu. En 1978, on s'est encore retrouvé. Je l'avais malmené et battu jusqu'à ce qu'il me morde. Même le journal «Le soleil» l'avait mentionné dans un article», se souvient-il.

Ce jour, regrette Birahim Ndiaye, «j'avais fait un match nul avec lui, mais c'en n'était pas un». «Nous avons fait deux matches nuls ; à notre quatrième combat, il m'a terrassé». À cette époque, précise-t-il, il commençait à prendre de l'âge alors que Manga était plus jeune et plus fort physiquement. «En plus, je n'avais pas un grand gabarit.

Je pesais environ 91 kg. Donc, si je devais lutter avec des 120 et 130 kg, ce n'était pas gagné d'avance», explique Birahim Ndiaye qui a aussi croisé Ambroise Sarr ; un grand champion, reconnaît-il.

«Si je devais faire la comparaison, je dirais que j'étais comme Modou Lô qui pose toujours une équation aux autres poids lourds. Par contre, les autres lutteurs qui avaient le même poids que moi n'avaient pas de chance», note-t-il.

«J'ai réglé leurs comptes à beaucoup d'entre eux. Je les terrassais jusqu'à me faire photographier avec eux», s'enorgueillit celui qui a aussi battu le grand Docteur Faye à deux reprises.

«J'ai aussi affronté à trois reprises Boy Niang, un grand lutteur à l'époque. C'est l'homonyme de Boy Niang. Je l'ai terrassé à deux reprises. J'ai aussi terrassé Sitapha Thior, Souleymane Thior pour ne citer que ceux-là», fait savoir Birahim Ndiaye.

Aujourd'hui à la retraite, l'ancien champion de Fass dit être en bons termes avec tous les lutteurs. «Je n'ai aucun problème avec les lutteurs.

Aux temps, quand j'organisai des « mbappat », ils venaient tous. Ils venaient tous répondre à mon invitation, Balla Gaye 2, Less 2, Papa Sow avec tous les autres», souligne-t-il, non sans préciser qu'il ne fait pas partie des anciennes gloires «qui vont de gauche à droite pour quémander». Un avenir, selon Birahim Ndiaye, se prépare.

«Le fait de dépenser 900.000 FCfa pour le mystique, c'est un vrai gâchis. C'est comme si tu ne savais pas lutter. Quand on a la bénédiction de ses parents, le reste ce sont des détails. C'est ma conviction. Il faut investir l'argent durement gagné pour assurer son avenir», conseille-t-il.

Repenser la lutte

Selon Birahim Ndiaye, la crise qui sévit actuellement dans le milieu de la lutte est due à plusieurs facteurs. Parmi ceux-ci figure l'érection d'un groupe dit des Vip (Modou Lô, Eumeu Sène, Balla Gaye 2 et Bombardier) ; un cercle restreint de lutteurs qui ne font que lutter entre eux. «On a vu l'exemple du combat entre Balla Gaye 2 et Modou Lô.

Tout de suite après leur combat, celui d'Eumeu Sène et ce dernier a été ficelé. C'est n'est pas normal. Que vont devenir les jeunes lutteurs ? Un lutteur comme Reug Reug et tant d'autres sont en bonne voie. Ceux qui sont au sommet doivent accorder une chance aux jeunes», plaide-t-il. De même, précise-t-il, «les gros cachets ont aussi épuisé les promoteurs qui n'en peuvent plus».

La preuve, note-t-il, ceux qui avaient l'habitude de ficeler les combats chocs les plus inédits avec les grands lutteurs ont quitté le milieu. C'est le cas Serigne Modou Niang, de Gaston Mbengue.

«Certains promoteurs sont partis depuis deux ou trois saisons, d'autres annoncent leur retraite de l'arène, de nouveaux feront leur apparition, mais avec ce modèle économique obsolète où ils injectent beaucoup de sous sans pouvoir le rentabiliser, ils n'iront pas bien loin», affirme Birahim Ndiaye. Les lutteurs, regrette-t-il, sont devenus de plus en plus exigeants. L'avenir de la lutte s'annonce sombre, estime l'ancien sociétaire de Fass.

Et le règlement du Cng, fait-il remarquer, «fait partie des facteurs qui ont tué la lutte». «Comment est-ce qu'on peut payer 80 millions de FCfa et que les avertissements donnent la victoire au lutteur qui en a moins ? Lors du combat Balla Gaye 2-Gris Bordeaux, il ne fallait pas donner la victoire à Balla Gaye 2. C'était un bon combat ; les deux lutteurs se sont bien battus.

C'était un match nul. Idem pour le combat entre Lac de Guiers- Modou Lô. C'était aussi un match nul. C'est dommage que les amateurs se déplacent et paient leurs billets pour regarder un bon combat et se retrouvent déçus par tout ce qui se passe ensuite», analyse-t-il.

Aujourd'hui, soutient-il, seuls les petits combats garantissent un vrai spectacle, car les protagonistes produisent de la lutte pure.

Les heures tardives font aussi partie des griefs de Birahim Ndiaye. «Au lieu de commencer tôt et de terminer avant 19 heures, les lutteurs passent tout leur temps à faire des bains. À la longue, les amateurs sont fatigués et préfèrent regarder chez eux les combats au lieu de se déplacer pour rentrer très tard.»

Avoir un métier avant tout

La lutte n'est pas un métier ! Birahim Ndiaye l'a toujours crié haut et fort et ne cesse de le marteler. Aujourd'hui, dit-il, de plus en plus de jeunes veulent devenir des lutteurs, au lieu d'aller faire autre chose.

«Quand tu es long et large, tu ne penses qu'à lutter. Certains ont eu la chance de réussir, d'autres non. Les écoles de lutte regorgent de jeunes, mais seul le chef de file est devant et combat», indique le fondateur de l'école de lutte «Saku xam xam».

Pour Birahim Ndiaye, un lutteur doit avoir un métier. «Je l'ai toujours dit et je continuerai à le dire haut et fort. Il faut travailler. Moi qui vous parle, je travaillais à la Sonatel. Les lutteurs sérères travaillaient dans les champs. Ceux qui étaient à Dakar comme le défunt Toubabou Dior était un mécanicien qualifié. Pape Diop de Pikine était un tôlier.

Maintenant, la lutte a des problèmes et la plupart des lutteurs qui n'ont pas de métiers sont fatigués», se désole Birahim Ndiaye. Il invite les jeunes à être solidaires, mais aussi à aller chercher un métier. «Ceux qui peuvent étudier doivent le faire pendant qu'il est encore temps. Il faut aussi que les chefs de file dans les écuries de lutte pensent à leurs poulains qui sont derrière eux en les soutenant», estime Birahim Ndiaye.

Le jour où Manga 2 mordit Birahim Ndiaye

«Une mascarade de mauvais goût !» Ainsi titrait «le Soleil» sous la plume de Serigne Aly Cissé, le lundi 21 août 1978, au lendemain du combat qui a opposé Birahim Ndiaye et Manga 2, au stade Iba Mar Diop. Un combat qui avait sombré dans la confusion totale. Birahim Ndiaye qui était le second de Mbaye Guèye et Manga 2 celui de Mohamed dit Robert Diouf s'affrontaient une deuxième fois après une première confrontation un an plus tôt remportée par le sociétaire de Fass.

C'était donc un combat revanche pour Manga 2 qui avait livré son premier combat dans l'arène en 1976 face à Boy Palméo avant de battre Mame Baye Dious, Sellé Guèye, Assane Mbaye Fall et Mbitta Ndiaye. Ce remake avait fait courir les amateurs qui sont restés sur leur faim. Après un corps-à-corps rude et tumultueux, Birahim Ndiaye avait réussi à se dégager de l'étreinte de son adversaire pour montrer des traces de morsures.

Le médecin de la Fédération sénégalaise de lutte et de disciplines associées avait fait le constat. Malgré son attitude antisportive, Manga 2 qui avait argué avoir été touché dans ses parties intimes n'avait pas été sanctionné. Toujours est-il que les protagonistes s'étaient retrouvés hors de l'enceinte de l'arène, refusant d'y retourner. «Disqualification ? Abandon ?

Arrêt de l'arbitre ? Aucun verdict n'a été donné ; comme si l'arbitre, la fédération, bref les milieux de la lutte voulaient tuer le temps pour mettre les gens devant le fait accompli», avait écrit Serigne Aly Cissé. Pour une mascarade de mauvais goût, c'en était vraiment une. Samba Oumar FALL

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