Tunisie: Affaire de conflit d'intérêts - Ennahdha manœuvre pour imposer ses desiderata

10 Juillet 2020

Le mouvement saurait tout sur le risque de compromission d'Elyès Fakhfakh dans l'affaire du conflit d'intérêts.

Pourtant, rien n'a été fait pour alerter le Chef du gouvernement. Ils ont préféré, semble-t-il, le laisser s'enliser dans la crise au lieu de la lisser. Aujourd'hui, en brisant le silence, à travers Yassine Ayari, comme l'avancent plusieurs observateurs, le parti de Montplaisir cherche à imposer ses désirs à Elyès Fakhfakh, estimant qu'il se trouve dans une position où il ne peut plus lui refuser un caprice quel qu'il soit

On le pressentait déjà. Plusieurs observateurs n'ont pas hésité à l'affirmer avant que Yassine Ayari n'en parle et que Chawki Tabib n'enfonce le clou pour se dédouaner personnellement d'un silence troublant, trop troublant même : Ennahdha ne pouvait pas ignorer que le Chef du gouvernement Elyès Fakhfakh est déjà compromis dans une affaire de conflit d'intérêts en relation avec les deniers de l'Etat auxquels il aurait accédé via les sociétés où il détenait des actions qu'il avait intentionnellement oublié de céder à autrui lors de sa désignation par le président Kaïs Saïed pour la formation du gouvernement.

Hier, l'information ou la révélation selon laquelle Ennahdha savait tout avant la nomination d'Elyès Fakhfakh a fait l'effet d'une bombe et a suscité les réactions les plus diverses dont la plus importante est la suivante : pourquoi Ennahdha a-t-il gardé le silence jusqu'à ce que le député Yassine Ayari décide de porter l'affaire à la connaissance de l'opinion publique ?

Encore une révélation à laquelle on attend la réponse du député Yassine Ayari : est-il vrai que c'est bien Ennahdha qui a fourni à Yassine Ayari, contrairement à ce qu'il savait toujours clamé haut et fort, les documents prouvant que Fakhfakh a enfreint la loi lors de sa désignation au poste de chef de gouvernement chargé de former l'équipe ministérielle actuelle et aussi après avoir obtenu la confiance des députés, dont en premier ceux d'Ennahdha ?

Mais pourquoi Ennahdha a-t-il gardé le silence jusqu'ici et pourquoi a-t-il décidé de divulguer ce qu'il savait aujourd'hui au moment où Fakhfakh se trouve dans une position inconfortable et risque de voir son avenir politique menacé réellement même si au sein de certains milieux, on laisse toujours entendre qu'il garde le soutien du président Kaïs Saïed, l'affection ou la solidarité de Noureddine Taboubi, secrétaire général de l'Ugtt, et qu'il attend avec optimisme et confiance même les conclusions des enquêteurs de Mohamed Abbou qui promettent de les publier dans les quinze jours à venir ainsi que les résultats auxquels parviendra la commission parlementaire d'investigation dont le président, Yadh Elloumi, a déjà discrédité la copie avec ses déclarations tendancieuses et son comportement irresponsable dénoncés par les membres mêmes de la commission en question.

Les pressions qui attendent la réponse de Fakhfakh

Pour répondre à la question relative au silence d'Ennahdha sur les faits prouvant les erreurs du Chef du gouvernement, on évoque son refus d'accepter l'élargissement de la coalition gouvernementale comme l'exige Ennahdha qui considère qu'Attayar et Echaâb lui font de l'ombre au sein de l'équipe ministérielle et lui déclarent ouvertement leur opposition lors des moments difficiles auxquels il s'est trouvé confronté, plus particulièrement à l'occasion de l'examen et du vote des motions proposées par Abir Moussi au Parlement.

On parle également de la colère ressentie par les responsables d'Ennahdha quand Fakhfakh a cautionné par son silence chargé de lourdes significations la déclaration tonitruante de Hichem Ajbouni, député d'Attayar et chef du bloc parlementaire démocratique (Attayar +Echaâb), appelant Ennahdha à quitter le gouvernement s'il considère que ses exigence ne sont pas satisfaites.

D'autres analystes se disant au parfum de ce qui se passe à Montplaisir et aussi au palais du Bardo estiment qu'Ennahdha a caché son jeu intentionnellement et considère que le moment est venu pour révéler les cartes qui lui permettent de lui faire imposer ses caprices et ses desiderata.

Ainsi en est-il de la campagne menée depuis samedi dernier, par Ennahdha, à travers le dernier communiqué publié par son bureau exécutif annonçant que le conseil de la choura prévu samedi et dimanche prochains décidera du maintien ou du retrait de soutien des parti au gouvernement.

En plus clair, samedi ou dimanche prochains, les Tunisiens sauront si les nahdhaouis maintiendront leurs ministres au sein du gouvernement ou s'ils leur ordonneront de démissionner, ce qui impliquera la chute de l'équipe ministérielle actuelle.

En attendant, les responsables nahdhaouis multiplient les déclarations mettant la pression sur le Chef du gouvernement.

Hier, Abdelkrim Harouni, président du Conseil de la choura d'Ennahdha, s'est octroyé le droit, lors de l'émission de Wassim Belarbi sur la radio Express FM, de demander à Elyès Fakhfakh de démissionner.

Il explique sa nouvelle position par le fait que le bureau exécutif d'Ennahdha a «relevé des développements dans l'affaire.»

Plus de: La Presse

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