Sénégal: Vente de petits ruminants, en prélude à la tabaski - Foirails peu approvisionnés, moutons rares et chers

11 Juillet 2020

A quelques semaines de la fête de la Tabaski, la vente du mouton ne suscite pas encore le rush, comparée à la situation des années passées. Les points de vente sont jusqu'à présent peu fréquentés par les clients, à cause du manque criard de moutons. Une situation qui fait pour le moment l'affaire des éleveurs sénégalais, qui n'hésitent pas de lever le prix à leur guise. Ce qui favoriserait, selon certains, le manque d'affluence de clients au niveau des points de vente.

Les points de vente seront probablement nostalgiques de l'ambiance qui avait l'habitude d'y exister ces dernières années, à l'occasion de chaque veille de Tabaski. La rareté des moutons est la principale cause de ce changement. Chérif Alwalid, éleveur de moutons que nous avons trouvé hier, vendredi 10 juillet, sur son point de vente, téléphone à l'oreille, s'inquiète de la situation actuelle. « Mon souhait, c'est que tout le monde puisse avoir un mouton, parce que c'est un rituel qui est très important pour tout musulman. Mais j'ai des inquiétudes et ce qui alimente mes inquiétudes est que je suis éleveur et j'ai acheté, en plus, ces moutons-là à Vélingara-Ferlo, à presque 150 km de Dahra-Djolof», explique-il. Et de poursuivre : « Comme vous les voyez, c'est 65 moutons à un prix vraiment énorme, par rapport aux années passées. Là si je te dis la vérité, j'ai acheté ces 65 moutons à 85 mille francs CFA l'un. Et on ne peut pas acheter et vendre à perte. Dans les normes, ce ne sont pas des moutons qu'on doit acheter à 85 mille en gros.

En temps normal, c'est-à-dire qu'il y a 10 ans, 15 ans de cela, tu ne peux même pas dépenser comme ça». Informant sur la fréquentation des clients dans les points de vente, il précise, en justifiant en même temps la cause : « La fréquentation des clients, elle est rare. Mais ça, c'est justifiable. Premièrement, les gens n'ont pas où mettre leurs moutons, deuxièmement l'argent se fait rare et après c'est une crise qu'on est en train de vivre. Il y a aussi peut-être que les gens attendent jusqu'à ce que le marché leur soit favorable et ce qui m'étonnerais, parce que jusqu'à maintenant, il n'y a pas d'arrivage pour le nombre estimé de moutons qui devait entrer en ce moment-là. Ce nombre-là n'entre pas, par jour, au niveau des frontières. Ce qui pousse à être très inquiet par rapport au prix, mais surtout par rapport au nombre ».

Concernant le prix des moutons vendus jusqu'à présent, M. Alwalid informera que « c'est au minimum 130 mille, les plus petits, et maximum jusqu'à 165 mille». Le manque de moutons constitue un constat que ne démentira pas Mor Ndiaye, vendeur de moutons, installé près du rondpoint Sahm. « Moi, j'ai l'habitude de vendre mes moutons ici. Mais, chaque année, à moins d'un mois de la fête, ce point de vente avait l'habitude d'accueillir beaucoup de moutons. Mais ce que je veux dire à tout le monde, est que celui qui a de l'argent, peut dès à présent payer son mouton, car il n'y a pas beaucoup de moutons. La preuve, on était avant-hier à Dahra Djolof avec 2 millions pour chercher des moutons, mais finalement nous n'avons eu que onze moutons, ce qui montre qu'il y a une pénurie de moutons » renseigne-t-il.

Toutefois, il n'a pas manqué de signaler la fréquentation des clients sur les lieux : « Les clients, oui, ils viennent. Seulement, la plupart viennent juste pour observer, marchander un peu, ensuite retourner. C'est dû peut-être à la cherté des moutons. Les moutons sont trop chers et cela est dû aussi à leur rareté», relève-t-il. Même confirmation du côté de Cheikh B., aussi éleveur de son état installé sur la rue 22, qui abonde dans le même sens. «Actuellement, il y a un manque criard de moutons, comparé à l'année dernière, où en pareil moment, tout cet espace faisait le plein de moutons venant un peu partout. Vraiment, cette situation ne donne pas un bon augure pour les populations qui sont condamnées chaque année à se tracasser pour acheter le mouton de Tabaski ». Et de poursuivre : « Je pense que tout revient à l'Etat. Et l'Etat doit tout faire pour faciliter les déplacements des éleveurs, afin que les moutons puissent être accessibles à tout le monde. Parce que tous les moutons qui sont exposés ici sont trop chers pour les gorgorlus qui avaient l'habitude de payer les moutons venant des autres régions ».

L'ETAT INTERPELLE, VIA SON MINISTERE DE L'ELEVAGE

A quelques encablures, sur l'allée Cheikh Ahmadou Bamba, Babacar Ciss relève à son niveau le même constat : « d'habitude, à deux semaines de la Tabaski, tout cet espace faisait le plein des moutons, mais à présent, il n'y a rien. Vous voyez vous-même de l'autre côté, c'est le vide, il n'y a seulement que des tentes qui sont installées mais vides. Est-ce que les gens doivent attendre des arrivages ou bien ils n'y a pas de moutons ? Seul l'Etat pourra nous édifier, à travers le ministre de l'Elevage qui connait tous les moutons entrés au Sénégal actuellement, et ceux qui sont déjà sur place, pour pouvoir nous dire s'il y en a suffisamment ou pas. Mais, en gros, ce que j'ai constaté, c'est que l'année dernière à pareil moment, il y avait beaucoup de moutons. Ce qui fait que les gens sont inquiets, du fait que les prix risqueront de connaitre une flambée». Et d'expliquer : « Les clients viennent toujours. C'est vrai que l'année passée, à pareille heure, les clients ne payaient pas, mais c'est comme s'ils ont pressenti ce qui leur est arrivé l'année dernière qu'ils pensent que ce serait pire pour cette année. C'est la raison pour laquelle ils viennent payer». Avant de signaler que « La plupart des moutons que vous voyez ici sont déjà vendus et laissés auprès du vendeur, parce que les gens n'ont pas où les garder. Les prix dépendent de la qualité du mouton, nous avons ici des moutons qui coûtent minimum 100 mille francs ».

QUAND COVID-19 FAIT DES SIENNES !

Le décor n'est guère différent du côté de Liberté 6. Les parages du stade Demba Diop qui avaient l'habitude d'accueillir en grande pompe les éleveurs de moutons, en cette veille de Tabaski, restent vides sauf pour quelques éleveurs installés sur les lieux. Ousmane Sy, éleveur, tente de contextualiser la situation actuelle : « Je vois bien que c'est tout à fait normal, parce qu'il y a deux contextes. Premièrement cette année, tout le monde a vu que la Covid-19 a pas mal bouleversé le pays comme un peu partout d'ailleurs. La Covid-19 est venue à un moment où les acheteurs de moutons allaient entrer dans les autres régions pour acheter les bêtes, alors qu'ils ne pourront pas le faire. Deuxième contexte, il y a un problème d'argent, parce que quand les activités ne fonctionnent pas comme il le faut, les gens ne pourront pas vraiment aller acheter. Les banques aussi par rapport au financement, si elles regardent sur cette crise qui perdure toujours dans notre pays, penseront que ce sera très risqué de financer par peur de remboursement aléatoire», précise-t-il. Avant de rajouter en ce concerne la fréquentation des clients sur les lieux : « Les clients viennent rarement, parce que vu la situation actuelle, les moutons sont trop chers. C'est pourquoi ils sont trop hésitants quand ils viennent pour marchander».

Plus de: Sud Quotidien

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