Mali: IBK/Mahmoud Dicko - Bras de fer à l'issue incertaine

C'est un week-end insurrectionnel qu'ont vécu les Bamakois vendredi et samedi derniers. Les manifestations de rue orchestrées par l'opposition sont reparties de plus belle avec à la clé l'incendie du siège de l'Assemblée nationale et la prise des locaux de la radio-télévision nationale pour cible.

En réponse, une réaction musclée des forces de l'ordre qui a fait 4 morts et des dizaines de blessés sans oublier les arrestations de plusieurs opposants.

Dimanche, certaines rues étaient encore occupées par les croquants qui y ont dressé des barricades de fortune rendant difficile la circulation dans la capitale.

Cette situation insurrectionnelle a douché l'optimisme de ceux qui pensaient que l'opposition, en même temps que la revendication d'une démission immédiate du président IBK, avait abandonné les manifestations de rue pour privilégier une sortie de crise par la négociation.

Il semble que non, et la montée de la fièvre sociale est symptomatique de la forte pression que le Mouvement du 5-juin met sur le pouvoir pour qu'il se plie à ses exigences.

C'est véritablement un bras de fer que l'imam Mahmoud Dicko a engagé avec le président IBK et dont il est difficile de prévoir l'issue.

En acceptant l'idée d'un gouvernement d'union nationale et la dissolution de ce qui restait de la Cour constitutionnelle, IBK a comme mis un genou à terre, mais son pouvoir est loin de s'être effondré à l'image des forces de l'ordre qui tiennent encore les places fortes de Bamako.

Cette loyauté de l'armée envers les institutions républicaines, ou ce qui en reste, est un atout pour IBK qui, comme le roseau de la fable, plie mais ne rompt pas sous les coups de boutoir de ses adversaires politiques.

Mais pendant combien de temps le pouvoir malien tiendra-t-il dans l'usage de la carotte des négociations avec celui qui attise cette flamme contestataire et le bâton de la répression des manifestations de rue ?

En tout cas, Mahmoud Dicko, en réponse aux 2 discours d'IBK en une semaine, a réaffirmé qu'il veut la paix pour le Mali mais que les revendications de l'opposition restent en l'état avec en point de mire l'amélioration du système démocratique et l'assainissement de la gouvernance de l'Etat.

En rappel, ces revendications portent principalement sur la dissolution du Parlement, la nomination d'un Premier ministre issu de l'opposition avec des pouvoirs élargis et non révocable par le président IBK, la formation d'un gouvernement de transition avec pour principale mission la réforme de l'Etat.

Avec de telles exigences, même si l'opposition ne veut pas occire la Troisième République malienne, son intrangigeance pourrait aboutir à cela. Selon toute vraisemblance, IBK ne veut pas être dépouillé de ses prérogatives présidentielles, et fait de la résistance.

Ainsi, si on lit entre les lignes son dernier discours à la nation, il veut d'une nouvelle Cour constitutionnelle mais pour réexaminer le contentieux électoral qui a mis le feu aux poudres. Concernant la dissolution de l'Assemblée nationale, il faudra repasser.

Les groupes armés qui mettent à mal l'intégrité territoriale du pays doivent bien rire sous cape en voyant ce bouillonnement social qui relègue au second plan la lutte contre le terrorisme.

Si les protagonistes de la crise politique malienne avaient assimilé ce proverbe africain qui enseigne que « quand la pluie vous bat, évitez de vous battre », ils mettraient diligemment de l'eau dans leur vin afin de minimiser les risques de ce bras de fer à l'issue incertaine pour l'ensemble du pays.

Plus de: L'Observateur Paalga

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