Congo-Kinshasa: Tunda - Grave déficit de réalisme politique

13 Juillet 2020

Célestin Tunda ya Kasende, le désormais ex-vice-premier ministre et ministre de la Justice et Garde des Sceaux, a fini, après deux semaines de tergiversation, par remettre sa démission au Premier ministre Ilunga Ilunkamba le samedi 11 juillet 2020. La principale leçon à tirer de son jet de l'éponge tardif est que ce sociétaire du FCC (Front Commun pour le Congo), a brillé par un grave déficit de réalisme politique.

Comment pouvait-il se croire tout permis et « intouchable », sous le parapluie du fameux « Yemeyi », alors que la roue de l'histoire nationale tourne sous une autre cadence depuis le 24 janvier 2019 ? Il devrait savoir, presque deux ans après le changement de gouvernance au sommet de l'Etat, que « Yemeyi » appartient bel et bien au passé. Juriste de formation et pratiquant, il était pourtant bien placé pour ne pas se tromper sur les contours de la fonction présidentielle. A-t-il réellement fait attention aux dispositions constitutionnelles qui accordent au Président de la République le pouvoir de nommer et de relever de leurs fonctions le Premier ministre ainsi que les autres membres du Gouvernement (article 78), les mandataires publics, les ambassadeurs, les officiers généraux et supérieurs de l'armée et de la police, les hauts fonctionnaires de l'administration publique, etc (article 81)?

S'il avait fait une lecture correcte de ces points de la Loi fondamentale, il ne se serait pas montré aussi arrogant qu'il l'était au soir de son audition au Parquet général près la Cour de Cassation, où il était interpellé pour « faux et usage de faux » dans le dossier de l'avis du gouvernement sur les propositions des lois des députés nationaux Aubin Minaku et Garry Sakata, visant à remettre en cause l'indépendance du pouvoir judiciaire. S'il avait sérieusement réfléchi au rejet, par le Conseil d'Etat, de sa requête sollicitant le contrôle intégral, par le ministre de la Justice, des magistrats du siège et du parquet, il aurait arrêté à temps sa manœuvre d'électron libre gouvernemental.

Ce qu'il y a lieu de retenir, dans l'immédiat, est que son acte dénotait une indiscipline caractérisée. Il était anormal que pour une matière ultrasensible exigeant un examen minitieux au niveau du gouvernement, il ait décidé d'agir comme s'il s'agissait d'un problème lié à l'organisation de son cabinet.

L'autre enseignement à tirer du départ de Tunda ya Kasende de l'équipe gouvernement est que les ministres devraient cesser de se croire au-dessus du Chef de l'Etat, au motif qu'ils étaient nommés par ce dernier sur le ticket du FCC (Front Commun pour le Congo) ou du CACH (Cap pour le Changement). Il faut espérer que dorénavant, ministres, mandataires publics et autres vont s'assurer, avant de les poser, que leurs actes ne portent pas atteinte à la Constitution, ni aux textes d'application de celle-ci. Nous pensons que la notion de « Garant de la Nation » sera désormais mieux comprise par ceux qui exercent les fonctions publiques sur pied des ordonnances présidentielles.Kimp

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