Mali: Comment sortir de la crise qui secoue le pays ?

13 Juillet 2020
analyse

Le pays fait face à des problèmes au-delà des législatives contestées et le M5 insiste toujours sur la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta.

La situation était encore tendue ce lundi (13.07.20), dans la capitale Bamako, après un weekend meurtrier. Le Mouvement du 5 juin (M5) avait appelé vendredi à des manifestations qui se sont poursuivies samedi et dimanche.

Des manifestations qui ont provoqué la mort d'au moins onze personnes, selon des sources hospitalières. Et malgré les appels au calme lancés par l'imam Mahmoud Dicko et la communauté internationale, la tension restait palpable.

Le départ du chef de l'Etat exigé

Le M5 maintient la pression. Il entend poursuivre la mobilisation et demande au gouvernement de ne pas empêcher les manifestants d'user de leur droit démocratique à manifester. Le départ du président Ibrahim Boubacar Keïta est toujours exigé. Les griefs à son encontre sont nombreux. L'analyste Moussa Sidibé pointe des problèmes de gouvernance et des scandales financiers sous le chef de l'Etat malien. Ces problèmes se sont ajoutés aux revendications politiques des manifestants :

"Aujourd'hui, avec le nombre de corps sous les mains, les gens se trouvent dans une logique du départ du président. Mais s'il ne part pas, ça va être très difficile pour le Mali de sortir de cette situation parce qu'il est contesté et ceux qui le contestent se radicalisent davantage.", explique M. Sidibé.

Des gaz lacrymogènes ont été lancés ce lundi dans le quartier de Badalabougou, fief de la contestation, selon des sources sur place. Des tirs nourris y ont été entendus.

Samedi dernier, le président malien avait annoncé l'abrogation du décret de nomination des membres de la Cour constitutionnelle et la formation prochaine d'une "équipe gouvernementale consensuelle".

"Contrat social entre l'Etat et les communautés"

Le chef de l'Etat Ibrahim Boubacar Keïta n'a dit aucun mot sur les législatives contestées. Baba Dakono, chercheur à l'observatoire citoyen sur la gouvernance et la sécurité, pense qu'il faut une solution globale à la crise :

"Les citoyens ont tourné le dos à l'Etat. D'ailleurs, certains se sont retrouvés dans les groupes armés qualifiés de terroristes, d'autres dans d'autres forces de groupes armés aujourd'hui revendiquant l'accès aux services sociaux de base, revendiquant une meilleure gouvernance. Donc, la crise de gouvernance est réelle, mais elle est aussi une crise d'Etat. Il est essentiel et indispensable d'aller à ce renouveau du contrat social aujourd'hui entre l'Etat et les communautés."

La Cédéao, l'Union africaine, l'Union européenne et l'Onu ont appelé à la libération des leaders de la contestation. Une vingtaine avaient été arrêtés. Selon les avocats, ils ont été finalement libérés.

Pour Adam Dicko, directrice exécutive de l'association des jeunes pour la citoyenneté active et la démocratie (AJCAD), certaines revendications du M5 sont légitimes. Elle recommande tout de même de préserver la République malienne :

"Le M5 n'est pas représentatif du peuple. Si le président accepte toutes les revendications du M5, d'autres groupes, qui ne sont pas forcément d'accord avec le M5, vont aussi se lever avec leur mémorandum. C'est ça aussi le dilemme."

Selon Adam Dicko, il faut dans l'immédiat multiplier les appels au calme. Pour l'instant, c'est un dialogue de sourds entre le pouvoir et le Mouvement du 5 juin.

Plus de: DW

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