Congo-Kinshasa: Malgré les bastonnades de la police

Bemba au n°9 : LAMUKA marque un but magistral à Kinshasa

LAMUKA s'est-il réveillé du bon pied ? Certainement, oui. Son appel à manifester contre Ronsard Malonda à la tête de la Céni a été largement suivi. Comme l'a également été celui de manifester pacifiquement, sans pillage, ni provocations. D'aucuns estiment même que cette marche a été l'une des plus pacifiques de ces dernières années. Pas d'actes de violence, ni de casses habituelles. Malgré tout, Jean-Pierre Bemba (le seul leader de LAMUKA présent à Kinshasa) et la grande foule qui le suivait, ont rencontré un rideau de fer érigé par la police au niveau de la Place Échangeur de Limete et essuyé des tirs de gaz lacrymogènes à bout portant. Pour le président du MLC, le message est passé : non à la désignation « frauduleuse, non consensuelle et non transparente » des animateurs de la Céni.

L'appel à la manifestation lancée, le lundi 13 juillet 2020, par la plateforme LAMUKA pour s'opposer à l'entérinement de Ronsard Malonda par l'Assemblée nationale comme président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) a largement été suivi.

À Kinshasa, la capitale, malgré une fin de non-recevoir réservée à leur lettre d'information par l'autorité de la ville, pour raison de l'état d'urgence sanitaire, plusieurs milieux de militants de cette plateforme de l'opposition ont pris d'assaut les grandes artères de la ville.

Bemba, le capitaine de l'équipe

En l'absence de Martin Fayulu et Adolphe Muzito, bloqués en Occident depuis la déclaration du coronavirus, c'est lui l'homme orchestre vers qui étaient tournés tous les regards. Et, en homme politique avisé, le chairman du Mouvement de libération du Congo (MLC) a su prouver sa capacité de mobilisation des masses.

Accompagné de quelques cadres de son parti politique et de LAMUKA, Jean-Pierre Bemba Gombo était déterminé à manifester avec la population contre l'entérinement de Ronsard Malonda et des propositions de lois initiées par les députés FCC, Aubin Minaku et Garry Sakata, à l'Assemblée nationale.

Sous une pluie battante, l'ancien sénateur Jean-Pierre Bemba a affronté la rue, entouré des membres de sa famille, notamment sa sœur, la députée nationale Caroline Bemba et les enfants Bemba en avant-plan. Pour un bel exemple, c'en est un pour un leadeur. Bemba a prêché par les actes. Le fait d'aligner en avant-plan ses propres enfants, fait taire tous ceux qui récriminent, disant que « les politiciens n'exposent que les enfants des autres à la mort, laissant leurs propres progénitures ».

Pour un coup d'essai, c'était un coup de maître. Avec cette démonstration des forces, l'ancien vice-président de la République a permis à sa plateforme politique, LAMUKA, de marquer un but déterminant dans ce match très musclé que son équipe livre contre le FCC de l'ancien président Joseph Kabila.

Après la dispersion de la marche au niveau de l'Echangeur de Limete où il était encadré jusqu'à son domicile, JP Bemba a dressé un bilan « satisfaisant en termes de mobilisation » de la manifestation anti- Malonda.

« Cette manifestation visait principalement à dire non à la désignation, je dirai, frauduleuse, non consensuelle et non transparente des animateurs de la Céni », a déclaré ce membre du présidium de LAMUKA.

Le président du MLC a déploré, cependant, les cas de brutalité et d'empêchement dans certaines villes et provinces où des manifestations ont eu lieu et des mémorandums ont été déposés.

Katumbi écoute la « voix de la sagesse »

Par ailleurs, à Lubumbashi, deuxième ville du pays et chef-lieu de la province du Haut-Katanga, la marche a été reportée à la dernière minute par des organisateurs qui craignaient des « infiltrations des faiseurs de troubles ».

En effet, la veille de la marche (dimanche 12 juillet), la Fondation katangaise, conduite par son président, Raphaël Mututa, a prévenu Moïse Katumbi Chapwe, président national du parti politique « Ensemble pour La République », sur « un éventuel danger qui guettait la marche », indiquant que des « esprits malsains » voudraient infiltrer cette manifestation et accomplir leurs désirs non profitables à la paix souhaitée par les Katangais.

« L'obtention de ce report, en attendant l'harmonisation avec les autorités publiques, est un signal fort sur l'éveil de conscience du Katangais », indique un communiqué de la Fondation katangaise.

D'aucuns font chapeau bas à Katumbi qui, selon eux, a suivi la voix de la sagesse, en épargnant la population d'un affrontement avec des infiltrés qui feraient couler le sang des Katangais. À l'instar de la Fondation katangaise, ils estiment que « si cette attitude pouvait animer tous les leaders, surtout en ce moment où l'espace Grand Katanga est visité par des invités surprises, à savoir, Coronavirus et l'insécurité contre lesquels l'apport de tous est attendu », on ne peut que s'en féliciter.

Le peuple donne un signal fort

En un mot comme en mille, l'on dira que l'opposition a reconquis la ville de Kinshasa. Longtemps laissée comme état d'hibernation depuis que l'Udps est devenue parti au pouvoir, la capitale venait de revivre, hier lundi 13 juillet, des marées humaines débordantes qu'en son temps, seul Étienne Tshisekedi savait mobiliser. Pour ceux qui ne croyaient plus à l'unité des animateurs de Lamuka, l'unicité de langage et la conjugaison d'efforts pour cette grande mobilisation en est une illustration palpable. LAMUKA est encore ensemble, peut-on constater.

Mais à voir également la double mobilisation de la population - celle de l'Udps du 9 juillet et celle de LAMUKA du 13 juillet - il y a lieu de conclure la majorité silencieuse vient de désavouer la majorité parlementaire en laquelle le peuple ne se retrouve plus par ses choix et ses options politiques. C'est un message fort et clair lancé à une certaine classe politique congolaise afin qu'elle comprenne qu'on ne trompe pas un peuple indéfiniment.

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