Sénégal: Coronavirus - Le Grid diagnostique une riposte «abrégée»

14 Juillet 2020

Composé d'éminents enseignants chercheurs du Sénégal, dont le Professeur Massamba Diouf, agrégé en santé publique et épidémiologie, le Groupe de recherche interdisciplinaire pour le développement (Grid) passe au peigne fin la gestion de la pandémie de la Covid 19 dans le pays.

De la progression du virus à une vitesse fulgurante à la stratégie de communication chancelante des autorités en passant par les séries d'assouplissement des restrictions, la levée de l'État d'urgence assorti du couvre-feu «sans préalable», la décentralisation des tests de dépistage, le rapport du Grid pose un regard diagnostic sans complaisance. Tout en énonçant des recommandations pour doper la riposte contre Covid-19 au Sénégal.

Insuffisance, incohérence, résistance... voilà autant d'adjectifs qui décrivent le bilan établi dans le rapport du Groupe de recherche interdisciplinaire pour le développement (Grid), relativement à la gestion de la pandémie de la Covid-19 dans le pays.

Pour rappel, ledit groupe est composé d'éminents enseignants chercheurs de plusieurs disciplines, dont le Professeur Massamba Diouf, agrégé en santé publique et épidémiologie.

En effet, après plus de 04 mois de pandémie du nouveau coronavirus au Sénégal, « la guerre contre le SARS-CoV2 est loin d'être gagnée.

L'impasse semble s'imposer » révèle ledit rapport, tout en indiquant qu'il « ne faudrait pas l'accepter vu que d'autres stratégies de lutte sont possibles et méritent d'être déployées ».

Dans l'évaluation de la stratégie adoptée jusqu'à la date d'aujourd'hui, Pr. Diouf rature plusieurs décisions prises par l'État qui, selon lui, étaient en inadéquation avec la conjoncture épidémiologique.

« Un assouplissement des restrictions est annoncé d'abord et ensuite, un peu plus tard, la levée des mesures institutionnelles, sans au préalable, donner des gages et un accompagnement conséquents des structures de santé, du personnel et de la stratégie de riposte au plan global ».

Or, poursuit l'expert « le dernier bilan après plus de 115 jours de lutte faisait état d'une situation sanitaire préoccupante avec une augmentation de la prévalence et de l'incidence de la maladie à coronavirus occasionnant même une prise en charge extrahospitalière pour les cas asymptomatiques et pauci symptomatiques ».

LA REGRESSION DES TESTS REND CADUQUE LA RIPOSTE

Aussi, au regard du réajustement de la politique de dépistage annoncée par le ministère de la Santé et de l'action sociale lors du dernier bilan mensuel, l'épidémiologiste indique sans ambages que « l'option de ne tester que les personnes symptomatiques et vulnérables est financièrement viable.

En revanche, elle reste et demeure insuffisante et problématique au regard de l'équité, de l'éthique et de la justice sociale dans l'accès aux services de qualité en matière de soins ».

D'ailleurs, lâche Pr. Diouf, « sous un autre registre, cette option pourrait davantage rendre les mailles élastiques et laisser échapper des cas potentiellement contagieux avec un risque de propagation au niveau de toutes les franges de la population ».

Et d'ajouter : « ce qui laisserait «libre cours» au virus, ferait le lit aux cas dits issus de la transmission communautaire et rallongerait la durée de la riposte ».

Pour y remédier, il suggèrera « de lancer l'offensive contre les cas communautaires asymptomatiques ou non en privilégiant une démarche d'échantillonnage aléatoire utilisant l'approche préconisée par l'OMS lors d'enquêtes épidémiologiques à l'échelle nationale, pour éviter de continuer de subir la maladie avec son lot de morbidité et de mortalité ».

Toujours dans ce même registre, le Pr. Massamba Diouf insiste sur la décentralisation des tests pour une couverture plus importante.

« Ces positions de monopole et d'exclusivité contribueraient à affecter la stratégie de dépistage en limitant le nombre de tests et en ralentissant les délais de traitement des prélèvements » renseigne-t-il.

« IL EST TEMPS DE RECOURIR AUX TDR... »

C'est l'une des recommandations du rapport du Grid. « Sur le plan du diagnostic, il est temps de recourir aux TDR détectant les antigènes (TDR-Ag) pour diagnostiquer les infections actives en première ligne et réserver la RT-PCR pour les cas symptomatiques dont le TDRAg est négatif », font savoir et recommandent les experts de plusieurs disciplines.

Non sans ajouter que « la contamination du personnel de santé est un problème qui risque de compliquer la lutte contre la Covid19, et il est nécessaire de les tester pour pouvoir les protéger ainsi que leurs patients et leurs familles.

Ces tests sérologiques pourraient être utilisés pour rechercher une exposition et prendre des mesures préventives ». Aussi, poursuit le rapport du Grid, « la détermination de la prévalence au niveau communautaire est importante ».

Rejoignant la Coalition nationale pour la santé et l'action sociale (Cosas), ledit groupe d'experts précise que « pour établir une prévalence de Covid-19 au niveau national, il serait intéressant d'utiliser les tests sérologiques (antigènes ou anticorps) pour déterminer une incidence dans les quartiers qui ont présenté le plus de cas symptomatiques de Covid-19 diagnostiqués au Sénégal.

Ces zones pourront être choisies entre Dakar, Touba, Thiès, etc. selon les données actuelles. L'attente des TDRs a trop duré ! ».

« L'OUVERTURE VERS LA MEDECINE TRADITIONNELLE... UNE PISTE PROMETTEUSE »

A ce niveau, le rapport du Grid soutient que « les derniers résultats scientifiques sur les extraits polaires d'Artemisia annua confirment à nouveau tout l'intérêt et la place de cette plante et d'autres dans la lutte endogène contre la Covid-19 ».

Toutefois, ajoute-t-il, « son usage devra être encadré d'une bonne communication et d'un bon système de phyto-vigilance ».

Aussi, le Pr. Diouf indique clairement que « l'ouverture vers la médecine traditionnelle reste également une piste prometteuse compte tenu de la richesse en botanique et en pharmacopée de l'Afrique et du Sénégal ».

Non sans indiquer qu'une « étude pilote sur la prophylaxie à base d'hydroxy chloroquine surtout chez les contacts non encore malades des patients Covid-19 devrait être envisagée».

UNE COMMUNICATION « STRUCTUREE » ET PLUS « INCLUSIVE »

Sous le feu des critiques venant des spécialistes en la matière, la stratégie de communication du ministère de la Santé est décrite comme « une communication sans boussole qui met en avant la dramatisation de la maladie sans être inclusive ».

Sans surprise, le rapport du Grid trouve l'actuelle communication du ministère de la Santé « très superficielle et ancrée sur la peur ».

« La communication de la peur a montré ses limites et des contre-récits se sont malheureusement créés », fait savoir le rapport du Grid qui indique qu'elle « doit être supplée par une communication communautaire intense sur la gestion des comorbidités dont le déséquilibre entraîne une forte vulnérabilité face à la Covid-19 ».

Dans la foulée, Pr. Diouf renseigne qu'un « plan de communication sur la Covid-19 et ses implications, organisé de manière plus structurée et ciblant chaque catégorie de la population et qui sera porté par différents acteurs tant au niveau central, intermédiaire que périphérique et respectant le schéma pyramidal, devrait permettre d'atteindre les objectifs visés ».

Et de poursuivre : « la création d'alliances et de réseaux communautaires intégrant socio-anthropologues, autorités des collectivités territoriales, relais, religieux, mouvements associatifs et organisations communautaires de base, associée à l'érection de sites sentinelles dans les lieux de convergence sociologique avec plus de responsabilités conférées aux populations, contribuerait à limiter la propagation du virus au sein des communautés ».)

Plus de: Sud Quotidien

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