Tunisie: En réponse aux manœuvres d'Ennahdha, Fakhfakh décide d'opérer bientôt un remaniement ministériel - L'arroseur arrosé !

14 Juillet 2020

Alors que le mouvement Ennahdha pensait que l'heure a sonné d'évincer le Chef du gouvernement, après l'avoir secoué et fragilisé, la riposte est venue rapidement de la part de ce dernier. Inattendue, elle a assommé les dirigeants d'Ennahdha, eux qui se croyaient détenteurs de toutes les cartes politiques. En effet, la décision du Chef du gouvernement d'opérer un remaniement ministériel où les ministres d'Ennahdha perdraient leurs portefeuilles a eu l'effet d'un séisme dans les rangs du mouvement islamiste dont les répliques seront dans les prochains jours plus intenses.

Au grand dam des nahdhaouis, Fakhfakh, qui n'a pas été lâché par le Président de la République qui a clairement asséné qu'il « n'accepterait aucune concertation tant que le Chef du gouvernement exerce ses prérogatives », a retrouvé du poil de la bête et a rebombé le torse pour épurer la coalition gouvernementale des ministres d'Ennahdha.

Il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Et c'est le maître des horloges, Rached Gahnnouchi, qui se trouve privé du pouvoir exécutif, menacé par un retrait de confiance en tant que président du Parlement, et qui risque de se retrouver sur les bancs de l'opposition côte à côte avec le PDL.

En effet, dans un communiqué publié à la suite de la conférence de presse du mouvement Ennahdha tenue hier matin et au cours de laquelle il a lancé un appel à entreprendre les démarches nécessaires pour la « formation d'une nouvelle équipe gouvernementale », le Chef du gouvernement n'est pas resté de marbre.

Il a brisé le silence pour apporter ses éclaircissements et annoncer sa décision. A cet effet, Elyès Fakhfakh a rappelé qu'il a déployé de nombreux efforts au cours des semaines passées pour maintenir la cohésion de la coalition gouvernementale. « Cependant, ces efforts ont rencontré de multiples manœuvres parallèles menées par le mouvement Ennahda visant à introduire au forceps des changements fondamentaux dans la composition du gouvernement et sa façon de travailler, affaiblissant ainsi son harmonie et sa volonté de rompre avec le passé dans la gouvernance du pays, ce qui a compromis l'action du gouvernement et perturbé sa stabilité », a-t-il précisé.

Rappelant que le mouvement Ennahdha a accepté de faire partie de la coalition gouvernementale et a signé le document contractuel, le Chef du gouvernement a estimé que l'appel à former une nouvelle coalition gouvernementale est « une violation flagrante du contrat politique conclu avec les autres partis et le Chef du gouvernement, et un déni de la stabilité combien vitale pour les institutions de l'Etat et l'économie du pays épuisée par l'exacerbation des crises structurelles ». Pour lui, ces appels « confirment le comportement irresponsable à un moment critique, qui commande aux institutions et aux composantes de la coalition gouvernementale à faire preuve de plus de solidarité et à privilégier l'intérêt supérieur de la patrie ».

Analysant le revirement d'Ennahdha, le Chef du gouvernement a indiqué que « pour justifier son appel à des changements dans la coalition gouvernementale, ce mouvement a pris comme alibi l'affaire du conflit d'intérêts qui a été gonflée à l'effet de manipuler et faire monter au créneau l'opinion publique en vue de la dresser contre le Chef du gouvernement bien que le dossier ait été confié à la justice ». Mais malheureusement, poursuit Elyès Fakhfakh, certains partis, dont le mouvement Ennahdha, partenaire au sein de la coalition, ont continué à alimenter la crise et l'instrumentalisation politique qui ne servent que les intérêts partisans étriqués, quoiqu'il ait expliqué à de nombreuses reprises les dimensions, les sillages et les contextes de cette affaire qui a été utilisée comme une pioche de démolition afin de saper la crédibilité du Chef du gouvernement et de détourner le gouvernement de sa mission de réformes et de changements dans lesquels il s'est lancé et qui ne sont pas du goût de certains.

N'empêche, étant donné que ces appels « ébranlent la solidarité gouvernementale de façon claire qui ne laisse aucun doute et démontrent le désengagement du mouvement Ennahdha de ses obligations envers ses partenaires de la coalition au beau milieu des efforts nationaux déployés pour sauver l'État et l'économie épuisée du pays, et sur la base de ces considérations, le Chef du gouvernement, ajoute le communiqué, a décidé d'opérer un remaniement ministériel pour l'intérêt supérieur du pays. Ce remaniement sera annoncé dans les prochains jours », lit-on à la fin du message.

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