Tunisie: Changement de la formation gouvernementale - Ennahdha manœuvre, Saïed dispose

14 Juillet 2020

Ennahdha continue à manœuvrer dans l'objectif de destituer Elyès Fakhfakh, mais sans se compromettre dans une motion de censure qui pourrait être rejetée au Parlement.

Le Conseil de la choura du parti de Montplaisir veut engager l'ensemble des acteurs du paysage politique et civil national dans un processus «de négociations et de dialogue dans le but de changer la formation gouvernementale actuelle» sous la supervision du Président Kaïs Saïed. Sauf que ce dernier a réagi, hier, à l'annonce du Conseil de la choura pour dire sans ambages : «Il n'y aura guère de négociations tant que le Chef du gouvernement est encore en poste».

Ennahdha a, enfin, rendu son verdict : elle a décidé d'en finir avec Elyès Fakhfakh et de renverser son gouvernement mais elle veut que le travail soit accompli par les autres, c'est-à-dire à travers des négociations qui se tiendront, sous l'égide du Président de la République Kaïs Saïed avec la participation des partis politiques représentés ou non au Parlement, les organisations professionnelles, en particulier l'Ugtt et l'Utica, et aussi les représentants des principales organisations et associations de la société civile, sans oublier les personnalités nationales dites influentes et ayant leur mot à dire lors des grandes crises par lesquelles passe la Tunisie comme c'est le cas actuellement à la faveur de l'éclatement de l'affaire du conflit d'intérêts dans laquelle le Chef du gouvernement «est entièrement compromis» comme l'affirmait, hier, sur les ondes de Radio IFM Abdelkrim Harouni, président du Conseil de la choura, en se basant sur un exposé de 45 minutes fait à l'intention des membres du Conseil dimanche 12 juillet par Fayçal Derbal, député, membre du conseil, économiste et ancien conseiller économique auprès de Youssef Chahed, ancien chef du gouvernement et actuel présidnt du parti Tahya Tounès.

Pour être plus clair : sans annoncer qu'il a décidé de retirer sa confiance à Elyès Fakhfakh et d'ordonner à ses ministres de démissionner dans l'objectif de faire tomber le gouvernement via une motion de censure qui aura l'aval de ses députés et aussi des députés appartenant à ses principaux alliés, Al Karama et Qalb Tounès (avec l'appui également d'autres députés pour assurer la majorité absolue requise), Ennahdha a opté pour une formule qu'on pourrait qualifier d'une première, à savoir engager l'ensemble des acteurs du paysage politique et civil national dans une dynamique «de dialogue et de négociation en vue de désigner une nouvelle équipe ministérielle et donc un nouveau chef de gouvernement alors que Elyès Fakhfakh et ses ministres continuent à exercer leurs fonctions.

Et le Conseil de la choura d'Ennahdha de charger officiellement le président du parti et du Parlement, Rached Ghannouchi, d'entamer immédiatement les négociations avec les partenaires politiques et civils les plus importants et les plus influents sur la scène nationale, l'objectif recherché étant, comme le précise Abdelkrim Harouni, «de résoudre le blocage politique au sein du gouvernement et de trouver les mécanismes constitutionnels adéquats pour ce faire».

Mais que veut dire précisément Harouni en faisant allusion à la nécessité de trouver les mécanismes constitutionnels adéquats ?

La petite phrase du président du Conseil de la choura est chargée de signification et ouvre la voie à toutes les interprétations possibles dont la plus importante est celle relative à la recherche par Ennahdha de faire en sorte que la destitution d'Elyès Fakhfakh de son poste de chef de gouvernement pour les graves erreurs qu'il a commises soit perçue par l'ensemble du paysage politique et civil national comme une responsabilité collective, voire un devoir patriotique que tout le monde se doit d'accomplir avec la conviction de participer à une œuvre de salut national.

Et en appelant le Président Kaïs Saïed à piloter l'opération de négociation générale devant aboutir à l'émergence d'une nouvelle formation gouvernementale, Ennahdha cherche à laisser entendre que le Chef de l'Etat aurait donné son aval lors de la rencontre qu'il a eue samedi 11 juillet avec Rached Ghannouchi, soit à la veille de la réunion du Conseil de la choura.

Abdelkrim Harouni avait qualifié la rencontre de très positive, ce qui devait signifier que Kaïs Saïed aurait donné son feu vert au déclenchement du processus qu'Ennahdha a l'intention de lancer et qui pourrait ressembler par certains de ses aspects, surtout pour ce qui est des parties qui y prendront part, à un remake du dialogue national conduit en 2013 par le quartet dont en premier lieu l'Ugtt et l'Utica.

Sauf que cette fois, les choses ont changé dans la mesure où Ennahdha n'est plus appelée à céder le pouvoir à un autre gouvernement comme ce fut le cas en janvier 2014 quand Ali Laârayedh a été remplacé par Mehdi Jomaâ au poste de Chef du gouvernement de «compétences apolitiques avec la charge de gérer les affaires courantes et de veiller à l'organisation des législatives et de présidentielle de fin 2014 avec l'engagement de ne pas se porter candidat à Carthage ou au Bardo.

Malheureusement, pour Ennahdha et les promoteurs de son initiative, le Président Kaïs Saïed a opposé, hier, en recevant Elyès Fakhfakh et Noureddine Taboubi, S.G. de l'Ugtt, un cinglant démenti à l'annonce du Conseil de la choura, la qualifiant même de mensonge et assurant qu'il«n'y aurait guère de négociation tant que le Chef de gouvernement est encore en poste».

Et Kaïs Saïed de lancer : «La Présidence de la République n'engagera aucune négociation dans la situation actuelle».

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