Gabon: La métamorphose de Nelfla

15 Juillet 2020
interview

Paris, le 12 juillet 2020. Gabonews est allé à la rencontre de l'artiste Nelfla dont l'intégralité de cet entretien exclusif est partagé ci-dessous. Nelfla est un jeune rappeur gabonais en activité qui a mis en ligne son EP 7 titres le 10 Juillet 2020. Une carte de visite musicale de vingt-deux minutes qui correspond à la tendance actuelle. Discussion avec un artiste décontracté et réfléchi.

Tu peux te présenter et nous donner ton parcours ?

Nelfla. Aujourd'hui plus connu sous le diminutif NE. J'ai 25 ans et ça fait plus de dix ans que j'ai commencé à écrire des textes de rap avec mon acolyte Don Skin. Depuis nos débuts au Collège Bessieux. On s'est retrouvé sur Tours [France] après l'obtention de mon BAC et nous avons décidé de continuer ce qu'on avait commencé au Gabon. Ça va faire maintenant quatre ans qu'on s'est pris au sérieux dans la musique avec des enregistrements dans divers studios sur Tours, Paris et beaucoup d'autres villes. On s'est fait découvrir à la même période sur la toile avec le titre "Ndoka" que beaucoup ont d'ailleurs apprécié ! On a décidé de se mettre un peu plus dans le truc aujourd'hui. J'ai ainsi récemment sorti mon premier EP tant attendu par ma fan base.

En effet, on t'a connu avec Don Skin d'ailleurs c'est vos deux noms qui sont sur la chaîne YouTube. Vous êtes un groupe ?

Aujourd'hui on est assez proche et partage plus que la musique en commun. C'est avec lui que tout a commencé, il fait partie de mes meilleurs amis. Donc il est comme un frère pour moi. La chaîne on l'a ouverte mutuellement et nous y postons nos musiques et vidéos. On est plus qu'un groupe c'est la famille, c'est le sang comme on dit aujourd'hui.

Tu apparais en pleine fin de métamorphose sur la pochette. Tu peux nous l'expliquer et nous indiquer qui la faite ?

Alors la pochette a été faite par Hani et Akim. Deux designers et réalisateurs avec qui je collabore grâce à un pote à moi, Santa qui est sur le titre "3h48 ".

T'es en indépendant : comment tu t'organises ? Par exemple sur "Kiffant" : Tu ne veux plus qu'on te signe.

Ouais j'évolue dans ma carrière en indé. Je ne veux plus qu'on me signe parce que j'étais sous contrat avec un label indépendant, Blackprofile il y a de cela deux ans. Ça ne s'est pas très bien passé mais je préfère ne pas entrer dans les détails. Qu'à cela ne tienne, j'ai gardé de bon rapport avec mon ancien producteur et les incidents ne venaient pas forcément de lui mais du staff autour et je tiens à le préciser. Bref c'est comme un grand frère pour moi aujourd'hui qui continue de me conseiller etc. Mais je compte bien continuer ainsi et peut-être plus tard envisager un centre de distribution uniquement.

Dans ces conditions, comment tu gères ta musique et l'administratif (mise en ligne, clip, studio etc) ?

Comme je t'ai expliqué, il y a quelques années j'étais signé mais ce n'est plus le cas. Aujourd'hui avec Don Skin nous avons notre propre Home Studio et enregistrons dorénavant à la maison. Après on fait monter les sons plus haut pour les mixer et masteriser mais la majeur partie du travail (l'enregistrement) est faite par nous. Pour la mise en ligne c'est moi-même qui gère. J'ai mon compte TuneCore qui s'occupe de distribuer mes sorties et projets. Pour les clips c'est un peu différent. J'essaie à chaque fois de miser sur la qualité. Les réalisateurs sont très nombreux aujourd'hui donc j'ai déniché pas mal de collaborations notamment avec Orson Swell qui a déjà travaillé avec La Fouine et qui s'est occupé de mon dernier clip.

« LE RAP GABONAIS NE CESSE DE CROÎTRE. ET D'AILLEURS TOUT PART DU GABON »

On va faire un petit bond en arrière : Comment s'est organisé le titre puis le clip "In Lové" et passée la réaction de votre public respectif ?

Le son figure sur l'album "Kru" [sorti en Septembre 2019] de Krugah, un artiste gabonais qui est comme un grand frère également aujourd'hui. Je l'ai connu par le biais de Christian Ogoula, à qui je passe d'ailleurs une dédicace et qui me suit de très près. C'est un de ses amis d'enfance, du coup le lien s'est fait très rapidement. Je suis tout le temps avec Skin donc il nous a été présenté et nous avons décidé de faire plusieurs collaborations. De là est sorti "In Lové" qui fut la meilleure d'entre elles. Après plusieurs analyses c'est Krugah qui a décidé de la sortir et je pense qu'on a fait le bon choix parce que le son est assez connu aujourd'hui. Notre public a beaucoup apprécié le mélange de générations sur le dit titre.

Qu'est-ce que tu penses du Rap gabonais et celui issu de la diaspora ?

Le Rap gabonais ne cesse de croître. Et d'ailleurs tout part du Gabon notamment avec les artistes nationaux qui m'inspiraient au tout début et que je continue d'écouter comme MH et qui fait partie de la diaspora aujourd'hui. Ce qui se fait également de manière locale actuellement est très lourd notamment le Bwiti Gang avec l'un de leurs leaders Rodzeng, avec qui j'ai collaboré sur le titre "Paro" de David Ikapi. En France, on a plein d'artistes qui se démarquent également et qui essaient de faire valoir le rap de chez nous. Franchement j'ai beaucoup écouté les artistes de la diaspora qui essaient de se distinguer et j'aime bien.

Auparavant tu semblais plus t'adresser à la communauté gabonaise. On a l'impression que tu as élargi ta cible. Ça t'est venu naturellement ?

Oui effectivement, je pense que c'est venu naturellement mais également avec les influences des artistes d'ici etc. Ça s'est fait tout seul !

Qui par exemple ?

Niro, R.E.D.K, Booba, Youssoupha par exemple sont des artistes que j'écoute beaucoup. J'ai également l'influence du pays d'où vient le Rap : les States. C'est le rap que j'écoute le plus.

Le clip "La D" avait disparu de YouTube après une première mise en ligne. Tu peux revenir sur cet épisode ?

Ouais c'est vrai. La D est un freestyle que j'ai eu à faire l'an dernier comme comeback dans le game parce que je travaillais en scred comme on dit ici. Donc j'suis venu avec un freestyle street. Il a été supprimé pendant le confinement alors que je travaillais sur mon EP. Il s'avère que quelqu'un a piraté mon propre compte pour la supprimer. Je ne sais ni comment ni pourquoi...

Ceux qui te suivent sur les réseaux, ont pu avoir un aperçu du tournage de ton clip avant le confinement. Comment ça s'est passé ensuite ?

Effectivement on a tourné le clip en Février dernier. Avec le confinement j'ai décidé contre l'avis de mon équipe, de travailler sur l'EP. Tout en faisant patienter les gens via des releases sur les réseaux avec des teasers et stories. Pour montrer qu'il était en préparation. J'ai fait patienter pas mal de monde mais je pense que beaucoup sont désormais satisfaits du résultat.

Quels ont été les premiers retours depuis la sortie y'a deux jours* ?

Franchement, j'ai eu beaucoup de retours positifs. Sur le projet il n'y a pas un seul son que les gens n'ont pas aimé. Même chose pour le clip, beaucoup m'ont dit qu'ils ont apprécié la qualité et que la vidéo venait rajouter quelque chose de plus au son, lui qui était déjà apprécié par de nombreux followers.

Qui produit les titres sur l'EP ?

J'ai un beatmaker personnel au Gabon avec qui j'ai également commencé depuis très longtemps. Un autre ami d'enfance d'ailleurs. Il a produit le titre "Kiffant" qui reste un des meilleurs pour moi. Le reste ce sont des beats US que j'ai acheté sur différentes plateformes de beatmaking. Il aurait bien pu faire la totalité des sons mais même lui n'était pas au courant de la sortie de l'EP. Je voulais des airs assez originaux d'où cette diversification.

Tu peux nous parler des invités ?

Bassen et Santa sont des artistes que j'ai récemment rencontrés grâce à des amis à moi. Bassen est d'origine sénégalaise et j'ai kiffé sa vibe donc j'ai tout de suite voulu travailler avec lui. D'ailleurs le titre "Je m'le permets" n'est pas notre seule collaboration. Vous en écouterez très certainement d'autres prochainement. Quant à Santa, il est d'origine congolaise. C'est un un poto à moi avec qui j'ai fait connaissance il y a deux ans déjà. Le début d'une longue collab.

La gente féminine revient toujours dans le duo que tu formes avec Don Skin. Ton acolyte intervient par deux fois, dans "Ma dope" et "Booty Booty". Le peura ça paye ou pas ?

[Rires] Franchement dans la vie de tous les jours, les différentes histoires qu'on a eues avec elles, sont en partie une source d'inspiration. On parle pas forcément de nos histoires, c'est un mix également de celles de nos amis qu'on retranscrit et ça donne ça. En tout cas oui le rap ça paie.

Quand a eu lieu l'enregistrement du projet ? Sur "Kiffant" tu lances Le rap game c'est le jeu / Moi je suis la console. Ça veut dire quoi être sten ?

Le projet a été enregistré entre fin Avril et Mai 2020. Je pense que j'avais déjà tout terminé le 15 Mai. Être Sten veut dire être frais, être bien dans sa peau ou encore plus couramment être bien quoi.

Tu nous expliques le concept autour de Nakamura ? C'est un objectif comme quand tu vises La SACEM de Pokora ? Quand tu rappes Ne pas vous laisser tous les trois, tu parles de qui ?

Déjà je tiens à préciser que je n'ai aucun problème avec Nakamura parce que le titre peut prêter à confusion [rires] ! Aya Nakamura c'est une artiste qui a blow donc déjà ça je supporte grave. C'est une go du showbiz et elle a su externaliser sa musique jusqu'à devenir une artiste internationale. Titré cela c'est comme pour dire dans mes textes, qu'être avec moi c'est être face à quelqu'un d'assez cru. C'est une part de moi qui fait mon côté sombre dans le truc. Donc sortir de nulle part et venir dire ça, je me suis dit que ça peut attirer l'œil de plus d'un parce qu'on sait très bien quelle place elle occupe aujourd'hui. On ne va pas se mentir, elle fait partie du top. La phase "Je peux pas vous laisser tous les trois" fait référence à la phrase dite avant dans le pont : "Une partie de mon temps / Ma ... / Le quart de mon cœur / Vous voulez quoi ?".

Ce sont ces trois choses, auxquelles je fais allusion qui sont très difficiles à obtenir venant de moi. La ventricule droite de mon cœur est déjà occupée par mum donc voilà un peu quoi [rires].

Tu te considères parmi les plus doués à Tours ? Tu peux nous parler de la scène locale ?

Franchement à Tours, ça va faire plus de cinq ans que j'y suis. Je n'ai vraiment pas entendu, sans me jeter des fleurs, un Rap aussi fluide que le nôtre. Déjà les gens pensent que mon flow est parisien et que je suis parisien. Je peux comprendre parce que j'y suis souvent à cause de la famille mais je reviens du 37 [département de l'Indre-et-Loire]. Pour revenir sur le côté local, j'ai des amis de même origine comme Ya Ngozo et Gunz qui rappent également depuis et se démarquent pas mal ! J'aime bien c'est la mif, de très grosses collab arrivent également.

Sur une note plus légère, tu crois encore au Père Noël ? Tu le cites de manière directe et indirecte par deux fois, au début et en fin de projet.

[Rires] Le Père Noël il a toujours existé frère... Il n'est jamais mort le Père Noël. Le Père Noël c'est ton père, ta mère, tes sœurs, en gros la famille quoi. C'est eux nos vrais pères Noël frère, avec ou sans barbe blanche, si tu vois ce que je veux dire. On a tous eu pendant notre jeune âge, nos parents qui allaient faire les courses et emballaient les cadeaux dans la nuit. Pour qu'on ait cet effet surprise le 25 au petit matin. Du coup, je me permets de vous sortir un tel projet de qualité par surprise comme le Père Noël. C'est un cadeau pour tous ceux qui me suivent et supportent.

Ce sera le mot de la fin ?

Il faut savoir que rien n'est anodin et que je suis très minutieux quand j'entreprends un truc sérieux. Tout le projet fait vingt-deux minutes. C'est également un cadeau pour moi parce que je suis né un 22 !

Disponible sur toutes les plateformes de téléchargement légal.

D.P.G.

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