Sénégal: Samba Senghor, Infirmier d'Etat guéri de COVID - « Le relâchement des Sénégalais nous met en danger »

15 Juillet 2020

Testé positif à la Covid-19 avant d'en être guéri, l'infirmier d'Etat, Samba Senghor, n'a pas beaucoup hésité avant de témoigner, à visage découvert, sur la maladie. Ses raisons : participer à combattre le relâchement des Sénégalais dans le respect des gestes barrières et donner espoir aux malades qu'une guérison est possible. Récit...

« Pas de panique. Aujourd'hui, vous êtes malade. Demain, peut-être, vous ne le serez plus. J'ai eu la Covid. J'en suis guéri et je suis là pour vous soigner ».

En cette fin du mois de juin où le décompte des décès liés à la Covid-19 devient quotidien, les paroles de Samba Senghor à un malade souffrant pourtant d'une autre pathologie a l'effet de calmant contre une angoisse perceptible à son regard de désespéré. Plus de deux semaines plus tard, le décor a changé.

La scène stressante des urgences est remplacée par une table neutre d'un restaurant de Dakar, mais Samba Senghor a n'a pas changé. Sa voix monocorde trahit un tempérament calme en s'excusant du léger retard au rendez-vous.

Depuis quatre mois, l'infirmier diplômé d'Etat alterne les gardes d'une douzaine d'heures par jour durant lesquelles il cohabite avec le virus. Samba Senghor travaille au service des urgences du Centre hospitalier national universitaire de Fann.

Asymptomatiques

Quand on lui demande de parler de son travail au quotidien, il cite d'abord l'assiduité avant d'évoquer les tâches intrinsèques d'un personnel médical aux urgences en temps d'épidémie.

« Nous sommes le service qui prend d'abord tout type de patient, puis fait le tri. Ainsi, nous diagnostiquons et orientons vers le service approprié », informe-t-il.

Depuis le premier jour de l'épidémie, le natif de Fatick fait partie des personnes en première ligne. « Psychologiquement, nous étions préparés à l'arrivée de la maladie.

Il y a eu quelques lacunes, mais nous avons eu une formation fournie par les autorités pour faire face aux difficultés liées à la gestion de l'épidémie ». L'une des principales difficultés réside dans le fait que les signes de la Covid-19 sont semblables à ceux d'autres maladies courantes.

L'infirmier Senghor se souvient du premier contact avec un malade Covid. « C'était lors de ma garde. Le patient n'était pas symptomatique. A un moment donné, on a jugé de lui faire le test. Quand il était revenu positif, on s'est rendus compte de la réalité de l'épidémie ».

Au service des urgences de l'hôpital Fann, Samba et le personnel de garde se démultiplient. Il y arrive que certains malades reçoivent les premiers soins dans les couloirs à cause de la saturation du service.

« Nous ne comptons pas nos heures. Nous mettons nos forces dans cette bataille que mène la planète contre la maladie », professe-t-il.

Soldat touché

Dans cette « guerre » que le Sénégal mène contre la Covid-19, Samba Senghor est un soldat qui a été touché. Les conditions de sa contamination, il n'en a rien oublié. « Une patiente de 31 ans était venue au service pour une hyperglycémie.

Il s'agissait d'une réelle urgence. Elle n'avait aucun signe de Covid. Il fallait baisser la glycémie, car cela pouvait être dangereux. Ce qui n'est pas facile. Pendant de longues heures, je me suis occupé d'elle pour appliquer le protocole afin de baisser sa glycémie.

Quelques jours plus tard, elle était encore aux urgences et on a constaté qu'elle commençait à développer des signes de Covid. Testée, elle s'est avérée positive au virus.

A partir de ce moment, j'ai commencé à me faire à l'idée que je pourrai développer la maladie ». Quand il est questionné sur le port ou pas du masque pendant qu'il appliquait le protocole contre la glycémie à la patiente, Samba répond par l'affirmatif.

« Nous portons des masques tout le temps. Certains soins nécessitent un contact rapproché avec les patients », précise-t-il.

Quelques jours après, Samba commence, lui aussi, à avoir des symptômes : une toux sèche, une fièvre à 38°, des « céphalées atroces » et une douleur thoracique. « J'ai pris toutes les dispositions pour ne pas infecter mon épouse. J'ai été dépisté à l'hôpital et le résultat fut positif ».

Traitement

La tristesse et l'inquiétude colorent ses sentiments. Pourtant l'infirmier d'état trouve le moyen de relativiser car aux urgences qu'il fréquente quotidiennement, « il y a plus grave ». Samba Senghor est hospitalisé à l'Hôpital de Malte. « Dès le premier jour, on fait un bilan global afin de savoir si le patient peut prendre le traitement sans effets secondaires.

Dès le deuxième jour, j'ai commencé à prendre la Chloroquine et l'Azithromycine. Au deuxième jour de traitement, tous les symptômes sont partis, sauf la toux et quelques céphalées. Trois jours plus tard, je refais le test et là, il devient négatif.

Mais je n'étais pas tiré d'affaires puisqu'il faillait confirmer ce résultat par un deuxième test 48 heures plus tard. Finalement, il est revenu négatif également. Je suis sorti de l'hôpital six jours plus tard », conte Samba Senghor sans un mot plus haut que l'autre.

Après l'hôpital, il a droit à 15 jours de repos chez lui. Son épouse qu'il avait envoyée, dès ses premiers signes de Covid chez ses parents, est entre-temps revenu à ses côtés. « Heureusement, tout s'est bien passé, car mon épouse a été testée négative.

Elle a été en quatorzaine et a fait deux tests négatifs », narre-t-il avec une brillance dans le regard. L'infirmier est retourné travailler aux urgences après sa période de repos. « La direction de l'hôpital, notre Major M. Cissé, le personnel médical, les collègues et autres ont été d'un soutien sans faille dans cette épreuve », remercie-t-il.

Dans son monde d'après-Covid, Samba Senghor évacue la peur d'attraper à nouveau le virus. « Nous sommes des combattants. Le service médical et paramédical ne peut pas avoir peur de la maladie ». Cependant, l'infirmier Senghor tire sur la sonnette d'alarme pour de meilleurs comportements face à la maladie.

« Le relâchement des Sénégalais face à la maladie met aussi en danger le personnel médical. Le public doit savoir que nous ne sommes pas des robots, car nous avons une vie avec des familles. Le personnel médical se sacrifie pour eux.

Les Sénégalais doivent respecter les règles édictées pour se prémunir de la maladie. Autrement, c'est nous qui sommes mis en danger, car nous n'avons pas droit de reculer », sermonne-t-il presque.

Il n'est pas tendre non plus avec la stigmatisation : « Par peur de la publicité négative, certains malades viennent à l'hôpital au dernier moment, souvent dans un état de détresse respiratoire.

Durant ma maladie, seul mon père resté à Fatick était au courant. Ma mère ne l'a su qu'après ma guérison. La stigmatisation est une autre maladie qu'il faut combattre. »

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