Madagascar: La presse, une source de renseignements pour les recherches

La presse malgache, dans son ensemble, constitue, pour ceux qui étudient l'histoire, la littérature, la philosophie malgaches, un domaine de recherches particulièrement intéressant car riche de renseignements, mais encore peu exploité », écrit en 1979, l'historienne Lucile Rabearimanana en présentant un ouvrage de Beby Denise Solohery Ranarison sur Le mouvement des idées à travers les périodiques protestants en langue malgache de 1929 à 1945.

Jusqu'en 1976, date de publication de l'étude, explique l'historienne, rares sont les recherches qui utilisent la presse comme source essentielle ou étudient celle-ci. Elle cite alors le mémoire de l'Institut français de presse présenté par Raymond Rakotonirina sur la presse sous la monarchie, les études de Raymonde Litalien et de Claude Maron, la première sur les journaux malgaches en français entre 1956 et 1960, la seconde sur l'hebdomadaire catholique Lumière de 1935 à 1972. « À part ces travaux, seuls des recensements et des descriptions sommaires des journaux sont effectués. Les recherches récentes contribuent, il est vrai, à la connaissance de la presse malgache et utilisent celle-ci comme document de base. »

La thèse de Beby Denise Solohery Ranarison pour l'obtention du doctorat du 3e cycle soutenue à Strasbourg en 1976, utilise les périodiques protestants comme sources de son étude sur le mouvement des idées à Madagascar annoncée plus haut. Son travail permet de connaitre « l'idéologie de la direction de la religion réformée, c'est-à-dire des pasteurs, évangélistes, enseignants des collèges pastoraux et des écoles protestantes en général, la plupart installés à Tananarive. Par contre, celle des fidèles disséminés à travers le pays n'apparait guère dans ce travail et, d'ailleurs, elle ne se rencontre pas non plus dans les périodiques dépouillés », fait remarquer l'historienne.

Comme l'auteure l'explique elle même, son but est d'étudier l'attitude des écrivains malgaches « devant les réalités économiques, politiques, sociales, culturelles et religieuses». D'après Lucile Rabearimanana, en fait, cette presse protestante est exclusivement tananarivienne « par son lieu de parution ». De même, bon nombre de ses lecteurs devaient se trouver dans la capitale et sa région. D'ailleurs, si la presse confessionnelle jouit d'une diffusion plus « nationale » par rapport à celle de la presse d'opinion, il est difficile de dire qu'elle touche la plupart des Malgaches. D'autant que ces écrivains proviennent, en majorité, de la région d'Antananarivo.

Beby Denise Solohery Ranarison essaie justement de définir le rôle de ces écrivains dans le contexte politique de l'époque, plus précisément pendant la période de la colonisation « marquée par le poids de l'oppression coloniale sur les Malgaches et par l'éveil et le progrès de la conscience nationale « chez ces derniers ». D'après elle, « ils stimulent alors le sens de la dignité humaine et inculquent des valeurs universelles communes à l'humanité ».

Pour mener son étude, elle utilise essentiellement les quatre périodiques protestants de l'époque considérés comme les plus significatifs de la presse protestante, à savoir le Teny Soa (Bonne Parole), organe de la LMS, Ny Mpamafy (Le semeur), organe de la MPF, Ny Sakaizan'ny Tanora (L'Ami des Jeunes) organe de la FFMA, et Ny Mpanolotsaina (Le Conseiller ) publié par une délégation inter-missionnaire. Elle se penche aussi sur d'autres périodiques et l'hebdomadaire catholique Ny Lakroan'i Madagasikara que l'auteur n'exploite pas assez, précise Lucile Rabearimanana. Parmi ces périodiques sur lesquels Solohery Ranarison effectuent des sondages, il y a la presse « indépendante » constituée des journaux du début de la colonisation à vocation essentiellement littéraire, mais qui, pour la plupart, sont favorables au régime colonial. Enfin, comme autres sources de travail, l'auteure utilise des documents d'archives sur les audiences publiques correctionnelles et des dossiers d'archives des Missions, conservés à Antananarivo.

L'historienne termine sa présentation de l'ouvrage de Solohery Ranarison en indiquant que celui-ci comporte six chapitres portant successivement sur une brève esquisse de la presse malgache depuis sa naissance, sous la royauté, jusqu'en 1945, les foyers de la culture malgache, et le reste est consacré à l'étude du contenu de la presse protestante.

Plus de: L'Express de Madagascar

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.