Madagascar: Pandémies, environnement et l'après-COVID-19

Le 6 juillet était la journée mondiale des zoonoses. Une zoonose ou « maladie zoonotique » est une maladie qui s'est propagée dans la population humaine à partir d'une source animale.

Cette journée mondiale peu connue du public, commémore le travail de Louis Pasteur qui, le 6 juillet 1885, administra avec succès le premier vaccin contre la rage, une maladie zoonotique. En 2020, la journée mondiale des zoonoses a été marquée par la sortie d'un rapport du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE) intitulé Prévenir de prochaines pandémies - Zoonoses et comment briser la chaîne de transmission". Thème on ne peut plus d'actualités alors que la capitale se re-confine pour tenter de briser la chaîne de transmission du Covid-19.

Ce rapport a été précédé par celui du WWF intitulé «Covid-19: Un appel urgent pour protéger l'humanité et la nature », lancé en collaboration avec l'OMS et la Convention sur la Diversité Biologique, le 17 juin 2020. Ces deux rapports font le point sur l'état des lieux des connaissances scientifiques en matière de maladies infectieuses transmises d'animaux à l'homme, leurs causes et proposent des recommandations pour prévenir de futures pandémies. 60 % des maladies infectieuses qui touchent les humains sont d'origine animale. Chaque année, entre trois et quatre nouvelles maladies infectieuses apparaissent, la plupart ayant une origine animale.

Les agents pathogènes d'animaux franchissent la barrière de l'espèce et infectent les humains soit directement, par contact avec des animaux sauvages qui en sont des porteurs naturels ou indirectement par des hôtes intermédiaires tels que les animaux d'élevage ou domestiques. La Covid-19 provient très probablement des chauves-souris (en passant, nous en avons plus de 40 espèces et 80% sont endémiques); les experts n'ont pas encore pu identifier l'intermédiaire qui a facilité la transmission à l'homme. La Covid-19 n'est que la dernière en date d'un nombre croissant de maladies zoonotiques affectant les humains.

La Covid-19 a déjà atteint plus de 11 millions de personnes et causé plus d'un demi-million de décès dans le monde. En plus du coût humain, ces crises sanitaires ont de lourdes conséquences économiques. Au cours des deux dernières décennies, les pertes économiques causées par les maladies zoonotiques telles qu'Ebola, SARS, MERS et autres, sont estimées à plus de 100 milliards de dollars. Le coût de la Covid-19 est estimé à 9 000 milliards de dollars soit trois fois le PIB du Royaume Uni! Ces chiffres ne tiennent pas forcément compte des « coûts » cachés, comme la recrudescence des crimes environnementaux, les risques accrus d'insécurité - alimentaire et sociale - en particulier dans les zones rurales éloignées. J'en ai déjà parlé dans de précédents articles de cette rubrique.

Prévenir de nouvelles pandémies ou « briser la chaîne de [futures] transmissions » est donc plus que jamais d'actualité. Les risques de propagation des maladies zoonotiques sont accentués par les activités humaines sur l'environnement, en particulier la destruction des écosystèmes pour satisfaire les besoins alimentaires de l'humanité, à travers l'expansion agricole par exemple, et l'exploitation des espèces sauvages et leur consommation. Pour prévenir de futures crises sanitaires, la gestion durable des ressources naturelles renouvelables, le développement d'alternatives pour la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance qui ne reposent pas sur la destruction des habitats et de la biodiversité; l'élimination de l'exploitation illicite et non règlementée des espèces sauvages et leur consommation doivent impérativement faire partie des plans de redressement post-Covid-19 à moyen et long terme.

Certains pays, comme ceux de l'Union Européenne, ou encore l'Inde, la Chine, les Philippines, la Zambie, l'ont déjà compris et mettent la nature au cœur de leurs plans de redressement - un redressement « vert » qui vise à renforcer la résilience économique, sociale et environnementale, pour prévenir les futures crises sanitaires et mieux faire face aux impacts du changement climatique qui n'est, soit dit en passant, plus une crise mais bien un fait auquel il va falloir s'adapter. Parce que la bonne santé des personnes, des milieux naturels et des animaux ne font qu'une.

Nous sommes encore au cœur de la crise, pourtant il nous faut déjà penser à l'après-crise. Certes, nous avons besoin de plus d'écoles, d'hôpitaux, de routes, de ponts, et d'autres infrastructures. C'est essentiel au développement, mais quel genre de développement? C'est dommage que notre « plan Marshall » fasse l'impasse totale sur ces questions de fond. Il est encore temps d'y remédier et pourquoi pas lancer une réflexion collective sur le Madagascar que nous voulons après la Covid-19.

Plus de: L'Express de Madagascar

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