Tunisie: Fakhfakh présente sa démission au président de la république - Les nahdhaouis manœuvrent, Saïed récolte les dividendes

16 Juillet 2020

Les nahdhaouis auront beau user de toutes les manœuvres possibles pour dominer la scène politique nationale, y compris celui de déposer une motion de censure à l'encontre de Fakhfakh, tout en maintenant leurs ministres, leur stratégie est tombée, hier, à l'eau, à la faveur de la démission du Chef du gouvernement.

Ce qui redonne au Président Kaïs Saïed la possibilité de nommer une personnalité (de son choix après consultation des présidents des partis et coalitions représentés au Parlement) pour former le prochain gouvernement.

Hier, mercredi 15 juillet, on attendait avec impatience la réponse qu'Elyès Fakhfakh, Chef du gouvernement, allait apporter à la décision prise la veille (c'est-à-dire dans la nuit de mardi à mercredi, plus précisément à minuit) par la réunion exceptionnelle du Conseil de la choura d'Ennahdha dont les membres ont décidé, à raison de 70% des présents (comme l'affirme Rafik Abdessalem), de déposer une motion de censure à l'encontre du Chef du gouvernement, tout en maintenant leurs ministres au sein de l'équipe gouvernementale.

La réponse ne s'est pas fait attendre, et Elyès Fakhfakh a pris l'initiative de présenter, hier, de bonne heure, sa lettre de démission de son poste de chef de gouvernement au Président de la République qui lui aurait demandé d'accomplir cet acte depuis quelques jours, comme le confie à La Presse une source informée auprès de la présidence de la République.

La même source ajoute que c'est le Président Kaïs Saïed lui-même qui a informé Rached Ghannouchi, président de l'ARP, et Noureddine Taboubi, secrétaire général de l'Ugtt, de la démission de Fakhfakh, lors d'une réunion qui les a groupés, tous les quatre, hier matin, au palais de Carthage.

Et quand on parle des quatre, on doit comprendre qu'il s'agit du Président Kaïs Saïed, du Chef du gouvernement, Elyès Fakhfakh, du président de l'ARP, Rached Ghannouchi, et du secrétaire général de l'Ugtt, Noureddine Taboubi. Et quand on spécifie que la réunion en question s'est tenue de bonne heure, la nuance ou la précision n'est pas fortuite puisque l'heure de la réunion en question montre que la démission d'Elyès Fakhfakh de son poste est intervenue bien avant qu'Ennahdha ne dépose auprès du bureau de l'Assemblée des représentants du peuple sa motion de retrait de confiance au Chef du gouvernement qui aurait récolté «en une demi-journée (celle du mardi 15 juillet) 105 signatures», soit 32 signatures de plus que le nombre requis pour qu'elle soit acceptée.

Donc, contrairement à ce qui a été répercuté par plusieurs médias, plus particulièrement les réseaux sociaux, Elyès Fakhfakh a bel et bien devancé les nahdhaouis et leurs alliés (Al-Karama et Qalb Tounès) en présentant sa démission au Chef de l'Etat bien avant qu'ils ne soumettent leur motion de censure au Parlement. Ce qui revient à dire que le geste accompli par le Chef du gouvernement donne au Président Kaïes Saïed l'initiative de nommer une nouvelle personnalité qu'il considère comme la plus «compétente» ou «la plus à même» de former le prochain gouvernement et solliciter, par la suite, la confiance du Parlement.

Donc et pour être plus clair, la motion de censure déposée par Ennahdha et ses alliés en vue de destituer Elyès Fakhfakh et ses ministres (dont sept nahdhaouis) et dans l'objectif de redonner aux nahdhaouis (au cas où elle serait votée à raison au moins de 109 voix) l'opportunité d'assumer de nouveau la responsabilité de former le nouveau gouvernement est tombée à l'eau et peut être considérée comme nulle et non avenue dans la mesure où c'est au Président Kaïs Saïed que revient maintenant le droit de désigner une nouvelle personnalité conformément à l'article 89 en vue de la constitution d'une nouvelle équipe gouvernementale.

Ainsi et contrairement aux affirmations avancées par certains signataires de la motion de censure, cette dernière ne sera pas examinée par le bureau de l'ARP dans les dix prochains jours constituant les délais réglementaires de son examen et il n'y aura pas de séance plénière d'ici la fin du mois de juillet.

Reste à savoir comment les choses vont évoluer maintenant que le Président Kaïd Saïed a accepté la démission du Chef du gouvernement et que les ministres sont considérés, à partir d'hier, comme des ministres appartenant à un gouvernement de gestion des affaires courantes, ce qui veut dire un gouvernement dont les membres n'ont pas le droit de prendre des décisions importantes, comme par exemple contracter auprès du FMI une nouvelle ligne de crédit de 1.000 ou 2.000 millions d'euros, comme l'aurait laissé entendre, dernièrement, Nizar Yaïche, ministre des Finances, en annonçant l'ouverture prochaine de nouvelles négociations avec le FMI.

Donc, en revenant aux dispositions contenues dans l'article 89 de la Constitution, on peut avancer que le processus de formation du gouvernement qui succédera au gouvernement Fakhfakh, désormais gouvernement de gestion des affaires courantes, obéira aux étapes suivantes.

D'abord, le démarrage des concertations entre le Président de la République et les chefs des partis et coalitions représentés au Parlement dans le sens que ces derniers auront à lui soumettre leurs candidats au poste de chef de gouvernement et que c'est à lui de choisir la personnalité qu'il considère comme la plus à même d'assumer la mission de former le prochain gouvernement.

En principe, le Chef de l'Etat dispose de quinze jours pour recevoir les propositions, arrêter son choix et désigner le futur chef du gouvernement. On ne sait pas si le Chef de l'Etat va recevoir les chefs des partis et des coalitions pour examiner leurs propositions, ou s'il va se contenter, comme ce fut le cas lors de l'opération de choix d'Elyès Fakhfakh, de leur demander de soumettre leurs propositions, sous forme de pli au bureau d'ordre de la Présidence.

Ensuite, la personnalité désignée disposera d'un délai d'un mois pour former son équipe ministérielle et solliciter la confiance des députés.

Au cas où elle échouerait à obtenir la confiance des députés, elle bénéficiera d'un délai supplémentaire d'un deuxième mois pour aspirer de nouveau à la confiance des députés.

Si les députés ne lui accordent pas leur confiance pour la deuxième fois consécutive, le Président de la République sera dans l'obligation d'appeler à des législatives anticipées.

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