Congo-Kinshasa: Conflit armé Zambie-RDC - Tshisekedi prend Sassou à témoin

Entre la RDC et la Zambie, le ciel s'obscurcit de plus en plus depuis que des troupes zambiennes ont franchi la frontière et envahi une partie du territoire congolais. Embarrassé de par sa position actuelle de vice-président de l'Union africaine et soucieux de préserver la paix dans la sous-région, le chef de l'État, Félix Tshisekedi, a recouru à l'arbitrage de son homologue de l'autre rive du fleuve Congo, Denis Sassou Nguesso. Question de trouver une solution diplomatique, au lieu de recourir aux armes. Mais pourquoi les armées étrangères prennent toujours pour cible le territoire de la RDC ? C'est toute la lumière dont le peuple a besoin auprès de ses gouvernants.

Le président de la République a effectué une visite de 48 heures à Brazzaville, (République du Congo), où il a eu un tête-à-tête avec son homologue Denis Sassou Ngouesso. Au menu, plusieurs questions ont été abordées entre les deux chefs d'État, notamment les liens d'amitié entre les deux pays, la pandémie de Covid-19, la situation politique et sécuritaire en RDC. Cette visite est la troisième depuis que Tshisekedi a pris le pouvoir en janvier 2019.

Même si lors de deux précédentes visites officielles, les deux chefs d'État avaient émis le vœu de se rencontrer régulièrement pour échanger sur des questions d'intérêt commun, plusieurs sources affirment que Félix Tshisekedi est allé consulter celui qu'il considère comme un « père » sur plusieurs dossiers, notamment sur des questions brûlantes de l'heure, la marche de la coalition FCC-CACH, son combat pour la restauration d'un Etat de droit, etc.

Le conflit zambien s'invite au débat

Mais des sources concordantes indiquent que Félix Tshisekedi est surtout allé solliciter l'arbitrage de Denis Sassou sur le conflit armé qui oppose la RDC à la Zambie. En effet, il se signale les bruits de bottes à la frontière de la République démocratique du Congo et la Zambie. Cela dure depuis plusieurs mois. En fait, des militaires zambiens ont franchi la frontière pour occuper, de manière anarchique et non conventionnelle, une bonne partie du territoire congolais.

Et, c'est une affaire de pêche sur les eaux du Lac Tanganyika (le plus poissonneux au monde) qui serait la source du conflit. Depuis le mois de mai, en effet, les tensions se cristallisent dans le Haut-Katanga et le Tanganyika, deux provinces au Sud-est de la RDC.

Allant au-delà d'une simple accusation d'invasion, le vice-Premier ministre, ministre de l'Intérieur, Sécurité et Affaires coutumières, Gilbert Kankonde, avait déclaré à haute et intelligible voix, lors du conseil des ministres du vendredi 8 mai, que « les Zambiens manifestent des velléités d'annexion d'une partie de notre territoire ».

Tshisekedi face à un dilemme

Face à cette épineuse question de rétablir la paix entre la RDC et son voisin, le président Tshisekedi fait face à un dilemme. Cette situation le préoccupe au plus haut point que le chef de l'État est agacé, en sa qualité de vice-président de l'Union africaine (UA), d'enclencher une guerre dans la sous-région. Voilà pourquoi il est allé puiser de la sagesse auprès de son « père » Denis Sassou Ngouesso du Congo-Brazzaville.

En principe, en tant que vice-président de l'Union africaine, Félix Tshisekedi tient à manœuvrer sur l'option diplomatique afin qu'il ne soit pas accusé par ses pairs de vouloir attiser le feu dans la sous-région. Mais jusqu'où les voisins - ils sont neufs - abuseront-ils de la confiance et de la patience du chef de l'État congolais ?

Il n'y a pas que la Zambie. La RDC est encerclée de toutes parts. Les derniers conseils des ministres ont souligné, en rouge, les présences momentanées ou perpétuelles des armées de six pays de la région sur son territoire.

Plusieurs autres enquêtes, rapports internationaux ou dénonciations abondent dans le même sens. La réaction de Kinshasa, elle, paraît inadaptée, parfois simplement théorique. Alors qu'en réalité, le Congo sort visiblement encerclée et la situation sur le terrain, demeure complexe. Pourquoi les frontières congolaises sont-elles aussi poreuses ?

« Tantôt pour leurs visées expansionnistes, tantôt pour la défense de leurs territoires, tantôt pour les deux raisons à la fois, les voisins de la RD Congo, de plus en plus, prennent pied sur son sol (... ) Nos voisins nous ont longtemps observés, analysés, étudiés... Et surtout suivi comment nous avons géré le cas classique du Rwanda, nos contradictions, nos turpitudes, notre incapacité pathologique à faire taire nos querelles d'épiciers congolo-congolaises, pour nous accorder à défendre la patrie face à l'envahisseur », réponse d'un expert congolais en communication.

Les Congolais qui suivent de près l'évolution du conflit avec la Zambie, espèrent que le chef de l'État reparte de Brazzaville avec une solution idoine. Faute de quoi, Félix Tshisekedi sera obligé de déclarer la guerre à la Zambie ; quitte à la convaincre de retirer ses troupes. Les États se font respect aussi par la capacité de mesurer leurs rapports de forces.

Plus de: Le Potentiel

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