Congo-Kinshasa: MicroMéga le verbivore - « Chacun de nous doit être conscient qu'il a un rôle à jouer »

interview

Le slameur mis en vedette depuis février 2017 au travers des chroniques slams qu'il anime à la radio Top Congo, joue désormais la carte de l'éveilleur des consciences. Dès lors, tous les sujets politiques y passent vu qu'il a choisi de faire sa part en dénonçant les manœuvres politiciennes à l'encontre des intérêts du souverain primaire. Il l'invite à s'assumer d'avis que « si tout le monde croise les bras en pensant que les politiciens seuls doivent travailler pour le développement du pays, ça ne marchera jamais ».

Alternance fait sans nul doute référence à la politique de la RDC. Vous semblez être à fond dans cette thématique depuis un bon moment...

Oui, c'est vrai que je suis à fond sur la thématique de la politique. Mais c'est vraiment par devoir, puisque la situation politique au pays est particulièrement agitée depuis la fin du deuxième mandat de l'ex-président, et la passation du pouvoir n'a pas permis d'acquérir une paix véritable jusque-là. Ainsi, en tant qu'artiste de la parole et faisant office de griot moderne, je me dois de parler de ce qui dérange dans ma société, dans mon pays, dans notre monde d'aujourd'hui. C'est aussi parce que je fais des chroniques slams à la radio Top Congo depuis février 2017, cette activité m'oblige à écrire et à slamer sur l'actualité de notre pays.

Qu'y a-t-il de plus dérangeant dans le contexte politique actuel ?

La cohabitation FCC-Cach ne permet pas une gouvernance paisible. L'harmonie même au sein du Cach ne semble plus effective depuis un moment. Tout porte à croire que toutes les alliances et les accords entre nos politiciens ne sont motivés que par des intérêts individuels et non par le patriotisme. Entre-temps, la situation économique et sociale de la population ne s'améliore pas. La sécurité peine à se rétablir dans les zones de guerre, et même nos grandes villes comme Kinshasa et Lubumbashi sont menacées par l'insécurité que créent les Kulunas et autres bandits.

Votre discours est-il dénonciation ou réclamation ?

Mon discours est plus dénonciation que réclamation. C'est une façon de dire que le mal doit être regardé et considéré comme mal, car à partir du moment où le mal est considéré comme bien on est perverti et il n'y a pas de rédemption pour les esprits pervertis. Donc, pour espérer le changement, il faut d'abord arriver à identifier le mal qui doit être supprimé.

Est-ce une démarche personnelle qui guide votre écriture ou soumettez-vous votre plume à l'alimentation d'une chronique au thème orienté ?

L'espace qui m'est accordé par la radio Top Congo pour des chroniques d'actualité en slam est un terrain d'expression de mon art et de mon âme, qui est l'un des échos de la voix de notre peuple. Car si j'écris ce n'est pas pour répondre simplement à une démarche mécanique d'écriture poétique hebdomadaire mais c'est pour donner une parole qui doit participer au redressement de notre pays qui mérite bien sûr d'être bien loin devant la place où on le laisse traîner aujourd'hui pour notre propre malheur.

À quel exercice engagez-vous ceux qui vous écoutent, une relecture de l'histoire ou d'éveil ?

Mon travail poétique est une invitation à l'éveil. J'écris pour dire à notre peuple que ce ne sont pas les étrangers qui vont développer le pays à notre place. N'oublions pas que si nous sommes nés Congolais, c'est que nous sommes nés avec l'amour de notre patrie et c'est cet amour-là seul qui pourra donner à la RDC la grandeur à laquelle elle est appelée. J'écris pour dire à mon peuple de ne pas avoir peur de regarder nos problèmes en face, nous avons la capacité de résoudre nos problèmes car nous sommes humains comme les autres humains. Chacun de nous doit être conscient qu'il a un rôle à jouer, car si tout le monde croise les bras en pensant que les politiciens seuls doivent travailler pour le développement du pays, ça ne marchera jamais.

Quels sont vos derniers textes en date et les plus prisés d'entre eux ?

Mes derniers textes ont parlé du Procès 100 jours, de la demande formulée par les parlementaires en faveur de la hausse de leurs salaires, l'arrestation de l'évêque Pascal Mukuna et plus récemment de la marche. Les plus prisés à la radio dernièrement, d'après les échos reçus, ce sont le Procès 100 jours et Pasteur président.

Outre l'obligation de répondre à la demande de la chronique, votre plume s'épanche-t-elle sur une autre réalité plus personnelle, intime ?

À part la chronique, c'est vrai que, en tant que poète, on me demande souvent d'écrire sur tel ou tel autre sujet. C'est important pour moi car ça me permet d'écrire et de dire ce que les autres veulent, pensent, dénoncent, souhaitent vraiment. Mais, à part cela, j'écris aussi naturellement quand je suis inspiré, ou quand je dois exprimer des ressentis personnels. En ce cas-là, j'écris souvent sur le thème de l'amour qui est, je crois, le plus inspirant pour les poètes et paroliers. Sur le thème de la femme en tant que vase d'amour, inspiratrice du poète et en tant que mère. Sur les enfants abandonnés aussi, car c'est l'un de plus grands crimes contre l'humanité, que de changer gratuitement les anges en démons. J'aime aussi écrire sur des thèmes universels tels que le changement climatique. Aujourd'hui, cependant, j'estime que nous, artistes africains, à force d'être confrontés à des problèmes chez nous, nous oublions souvent que nous faisons aussi partie du monde et que le monde a beaucoup de problèmes à propos desquels nous devons nous exprimer afin de participer aux combats de toute l'humanité.

Les 60 ans d'indépendance de la RDC, quelle lecture en faites-vous ?

60 ans après l'indépendance, à mon avis, le constat est amer car nous avons indubitablement régressé. Nous sommes aujourd'hui au point le plus bas de la courbe. Nous devons remonter la pente et, pour cela, je pense que notre Hymne national est un très bon code de conduite dont le respect nous conduira sûrement à l'apogée.

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