Burkina Faso: Kadre Desire Ouedraogo, candidat a la présidentielle - « Tous les gouvernements font des routes et des écoles. La vraie question est de savoir si le pays va bien et est bien gouverné »

21 Juillet 2020
interview

Depuis plusieurs mois, il est sorti de l'ombre pour investir le champ politique et médiatique, à la conquête des « cœurs » des Burkinabè. Nous parlons de Kadré Désiré Ouédraogo (KDO), candidat à l'élection présidentielle de 2020 pour le compte du mouvement Agir Ensemble pour le Burkina Faso.

Le natif de Boussouma entend mobiliser au-delà du parti qui porte sa candidature pour battre ses adversaires, notamment Roch Marc Christian Kaboré, au soir du 22 novembre prochain. C'est lui l'invité de votre « Mardi Politique » de ce jour.

 Comment se porte Kadré Désiré Ouédraogo dans ce contexte de Covid-19 ?

Je me porte bien. Mais bien évidemment, je déplore ce contexte de Covid-19 qui, en plus d'avoir endeuillé de nombreuses familles, a changé nos habitudes de vie en restreignant nos mouvements et nos libertés. C'est le lieu de renouveler nos condoléances aux familles des victimes et souhaiter prompt rétablissement aux malades. En même temps, je félicite et remercie le corps soignant pour son dévouement et les sacrifices consentis. La maladie est toujours présente dans notre pays. Alors, nous avons tous l'obligation personnelle et collective de prendre les précautions nécessaires pour nous protéger et protéger les autres. Maintenant, sur un plan plus général, je suis préoccupé évidemment par les conséquences dramatiques de cette pandémie sur le plan de la santé publique, sur le plan économique et sur le plan social. Comparés aux autres régions du monde, notre pays en particulier et l'Afrique en général, semblent relativement moins atteints par l'épidémie qu'on le redoutait au départ. Mais justement, les résurgences de la maladie que l'on observe dans certains pays, nous commandent de rester prudents et de nous préparer à toutes les éventualités. Il me semble qu'une réflexion globale s'impose au niveau des pouvoirs publics, des spécialistes et des praticiens de la santé, des chercheurs et de l'ensemble des secteurs concernés, pour définir les ajustements que nous devons opérer dans nos politiques et dans nos modes de vie, en tirant les leçons de cette crise sanitaire inédite qui a paralysé l'activité et la vie sociale de toutes les régions du monde pendant de nombreuses semaines.

Quelles sont vos occupations actuelles ?

Mes activités actuelles sont dominées par la préparation de la prochaine élection présidentielle, à laquelle je me suis porté candidat. Elles impliquent de nombreux rendez-vous, des sorties sur le terrain pour rencontrer nos compatriotes, des entretiens divers avec les médias. A cause des mesures de distanciation sociale liées à la Covid-19, nous avons dû restreindre le format de nos rencontres avec les citoyens burkinabè. Mais ce n'est pas mauvais en soi, parce que cela permet une plus grande proximité, à distance raisonnable, avec des échanges plus directs. Auparavant, bien qu'ayant pris ma retraite, j'étais sollicité assez souvent pour participer à de nombreuses missions à l'étranger, à l'invitation de certaines organisations internationales. J'ai dû mettre un terme à ces déplacements depuis l'année dernière, pour me concentrer sur la préparation des élections. C'est à la fois astreignant et stimulant, car rien ne vaut le contact direct avec les Burkinabè dans leurs lieux de résidence, au plus près des réalités de leur vie courante.

Vous êtes candidat déclaré à la présidentielle de 2020. Comment préparez-vous la campagne électorale ?

D'abord, en essayant d'être organisé et méthodique, comme je me suis efforcé de l'être tout au long de ma vie professionnelle, car on ne fait rien de bon dans l'improvisation permanente et dans l'agitation. A part cela, les choses se passent comme dans toutes les équipes de campagne : définition de stratégies, approfondissement de la connaissance des réalités du pays, rencontres diverses, sorties sur le terrain, etc. A l'approche d'une élection, vous ne devez pas vous attendre à ce que les compétiteurs dévoilent publiquement le détail de leur plan de campagne...

Est-ce que tout se déroule sans accrocs pour vous dans cette marche vers la campagne et les élections ?

En gros, je peux dire que dans la limite des contraintes imposées par la Covid-19 et par les questions sécuritaires, qui ont aussi un lourd impact sur l'activité politique, les choses se passent aussi bien qu'il est possible. Evidemment, nous devons tous veiller à prendre les précautions nécessaires pour assurer la régularité et la transparence du scrutin. La presse a révélé quelques actions irrégulières engagées par certains partis dans le cadre de l'enrôlement, qui, fort heureusement, ont été dénoncées et stoppées. Dans la situation d'insécurité où se trouve notre pays, nous ne pouvons pas nous permettre d'ajouter la fraude à la fragilité intrinsèque de cette élection. C'est pourquoi je suis solidaire de la demande du Chef de file de l'opposition visant à organiser un audit du fichier électoral. Dans mes fonctions passées à la CEDEAO, j'ai pu voir à quel point la fraude, qui fausse la sincérité d'un scrutin, est dommageable pour la stabilité et le développement d'un pays. Nous avons eu et nous avons encore suffisamment de problèmes au Burkina pour ne pas en rajouter par des fraudes électorales. La fraude électorale, c'est le cancer de la démocratie. Il faut l'éradiquer.

Pensez-vous que vos hommes sont capables, au regard de la concurrence en face, de vous assurer la victoire à la présidentielle ?

Ce sont les citoyens burkinabè, électrices et électeurs, qui décident du sort d'une élection présidentielle. J'ai l'ambition de convaincre une majorité d'entre eux que je peux, en toute humilité et avec leur aide, servir les intérêts de notre pays. Les hommes et les femmes qui ont bien voulu me faire confiance, en acceptant de m'accompagner pour mobiliser les voix de nos concitoyens, sont des personnes engagées, motivées, provenant d'horizons divers. Certaines ne se sont jamais intéressées à la politique antérieurement. Leur confiance m'honore et je suis persuadé qu'ensemble, nous ferons du bon travail pendant cette campagne. J'ambitionne bien sûr de remporter ce scrutin. Ce n'est pas un vœu pieux. Mes amis et moi, nous nous organisons et agissons dans cette intention. Mais le souverain en cette matière est le Peuple. Nous ferons de notre mieux pour le convaincre de voter pour le projet que nous lui présenterons et il décidera.

« Je n'ai jamais été persuadé que l'élection devait être l'occasion de l'étalage d'une débauche de moyens pour acheter le suffrage des électeurs, ou les épater, pour les laisser ensuite croupir dans la misère une fois le scrutin passé »

Pensez-vous disposer suffisamment de moyens pour conquérir le pouvoir d'Etat en novembre prochain ?

Je ne me suis pas engagé dans ce projet à la légère. J'ai supervisé suffisamment d'élections à travers la sous-région pour prendre la mesure des moyens humains, financiers et matériels qu'exige une telle opération. Je m'y suis donc préparé, en toute connaissance de cause. Cela dit, je n'ai jamais été persuadé que l'élection devait être l'occasion de l'étalage d'une débauche de moyens pour acheter le suffrage des électeurs, ou les épater, pour les laisser ensuite croupir dans la misère une fois le scrutin passé. Ce dont il s'agit, avant tout, c'est de rencontrer les électeurs, de se faire connaître d'eux, de prendre la mesure de leurs aspirations, de leur proposer un projet de société sincère qui réponde à leurs besoins et de solliciter leurs voix pour le réaliser avec eux. Nous aurons les moyens de conduire cette action. Mais vous devez le savoir, par tempérament et par éducation, je ne suis pas porté sur l'esbroufe.

Croyez-vous que les élections puissent se tenir à bonne date ?

S'il s'agit de l'élection présidentielle, la Constitution nous y oblige. C'est au Gouvernement de veiller à ce que ce calendrier soit strictement observé, faute de quoi il se mettra, et le pays avec lui, dans une situation de non-respect de la Constitution qui ouvrirait la porte à toutes les incertitudes et à tous les dangers. Cela dit, j'ai bien conscience, comme vous, de la précarité d'un scrutin dont se trouveraient exclus, par la force des choses, les citoyens de plusieurs zones de notre pays. Je pense néanmoins qu'il faut respecter le calendrier constitutionnel de l'élection présidentielle. Sinon, l'institution centrale de notre système qu'est le Président du Faso, perdrait toute légitimité ; ce qui entraînerait un risque majeur d'instabilité.

Vous préparez-vous à un éventuel report des élections ?

Pour la raison que je viens d'exposer, j'exclus toute éventualité d'un report de l'élection présidentielle. A moins qu'à Dieu ne plaise, survienne un cataclysme contre lequel nous serions tous impuissants. La Covid-19 nous a tous rappelé à un devoir d'humilité sur les projets humains. Se préparer à un report des élections équivaut à anticiper le non-respect de la Constitution. C'est une hypothèse que je n'envisage pas personnellement et j'invite le gouvernement à faire son travail car il est de sa responsabilité de réunir les conditions nécessaires pour la bonne tenue des élections avec la participation de tous les Burkinabè.

Comment avez-vous accueilli la désignation de Eddie Komboïgo comme candidat du CDP à la présidentielle ?

Vous le savez, sans doute, j'ai cessé d'être membre du CDP depuis septembre 2019. Donc, je ne me préoccupe pas beaucoup de ce qui s'y passe. Même si je conserve de nombreuses amitiés dans ce parti. Donc, j'ai pris acte comme tout Burkinabè, des résultats des primaires au CDP. Ce fait n'appelle pas plus de commentaire de ma part.

« J'aimerais que l'on cesse de vouloir créer et développer à tout prix un climat d'antagonisme entre le CDP et le mouvement Agir Ensemble pour le Burkina Faso, ou entre Eddie Komboïgo et moi »

Pensez-vous pouvoir faire le poids devant un candidat comme Eddie ?

Je suis surpris par votre question. Je traite tous les candidats à l'élection présidentielle avec le même respect. Du reste, quand on aime son pays et qu'on s'est engagé à lui proposer une offre politique, on ne s'occupe pas des poids-lourds ou des poids-légers, mais du verdict du peuple. J'aimerais que l'on cesse de vouloir créer et développer à tout prix un climat d'antagonisme entre le CDP et le mouvement Agir Ensemble pour le Burkina Faso, ou entre Eddie Komboïgo et moi. Je sais que du fait de mon appartenance antérieure au CDP, il y a eu pas mal d'agitations dans ce parti autour de ma candidature ; ce qui a même conduit à l'exclusion de certains de mes soutiens. Je veux croire que cet épisode est clos. Mais je vois que certains commentateurs persistent à raviver ces griefs pour des raisons que j'ignore. Il est puéril et contre-productif d'entretenir une rivalité stérile entre des candidats de l'opposition.

D'aucuns estiment que le député Yahaya Zoungrana avait été missionné par vos hommes, en déposant sa candidature pour les primaires au CDP. Que leur répondez-vous ?

Qu'ils se trompent. Je pense que le député Yahaya Zoungrana est suffisamment grand pour décider de lui-même ce qu'il fait, sans avoir besoin d'être envoyé par quelqu'un.

En 2015, vous avez été pressenti pour être candidat du CDP mais on ne vous a jamais vu. Que s'est-il passé ?

Je rectifie votre question. Je n'ai été pressenti par personne pour être le candidat du CDP. C'est vrai que certains, au CDP, ont pensé alors que je pouvais être un bon candidat pour le parti, mais j'étais toujours en fonction comme président de la Commission de la CEDEAO, et les délais dans lesquels le CDP a décidé de choisir son candidat, ne me permettaient tout simplement pas d'être candidat à la candidature.

Selon nos informations, vous aviez demandé à l'époque du temps pour consulter les chefs d'Etat de la sous-région. Est-ce exact ? Si oui pourquoi cela ?

Je n'ai demandé du temps à personne. J'ai simplement répondu à ceux de mes amis qui me sollicitaient, que pour être candidat, il aurait fallu que je quitte d'abord mes fonctions de président de la Commission de la CEDEAO, un poste international dont le statut n'autorise pas le titulaire à se mêler d'activités politiques ouvertes. Et on ne rend pas le tablier de façon cavalière à quinze chefs d'Etat qui vous ont investi de leur confiance pour une mission que vous avez juré de mener à son terme.

D'aucuns vous accusent d'avoir traîné le pas au moment où le CDP avait besoin de vous. Qu'en dites-vous ?

Je crois avoir déjà répondu à cette question. Il ne s'agit pas de traîner ou non le pas. La réalité est que mon statut, à cette époque, ne me permettait pas de répondre au souhait de ceux qui voulaient me voir candidat, dans les délais qui étaient choisis par la direction du parti.

Avec le recul, avez-vous des remords pour avoir laissé passer cette occasion d'être le candidat du CDP ?

Pas du tout. Chaque chose en son temps et je ne regrette rien, car j'ai continué à servir mon pays et ma région à partir du poste que j'occupais.

Etre privé du CDP, dans votre ambition présidentielle, n'est-il pas un handicap de taille pour vous ?

Aucun candidat à la présidentielle n'est élu uniquement par les militants de son parti. Mais par le peuple tout entier. Aucun parti n'a suffisamment de militants pour assurer la victoire d'un candidat. Tout en remerciant les partis politiques qui me soutiennent, j'invite tous les Burkinabè, où qu'ils se trouvent, à se joindre à moi pour entamer l'œuvre de restauration de notre pays.

Etes-vous prêt à voter pour Eddie s'il va au second tour contre un autre candidat que vous ?

S'il y a un accord entre tous les candidats et les partis politiques de l'opposition pour un soutien réciproque au second tour et que j'y adhère, je respecterai mes engagements.

Envisagez-vous des coalitions avec d'autres partis politiques ? Si oui, lesquels ?

Oui, le parti Agir Ensemble pour le Burkina Faso, qui me soutient, est en discussion avec d'autres formations pour constituer une coalition. Pour l'instant, nous ne pouvons pas rendre ces démarches publiques, mais nous souhaitons qu'elles aboutissent.

Vos contempteurs vous accusent de n'avoir pas fait suffisamment pour votre région. Que leur répondez-vous ?

Cette question n'est pas aussi anodine qu'elle en a l'air. Certes, il est légitime que les ressortissants d'une province ou d'une région d'où est issu le Premier ministre, s'attendent à voir leur localité bénéficier de certaines retombées du fait de la présence à la tête du gouvernement, de l'un ou de l'une des leurs. Mais quelle serait l'équité dans la gestion publique si on acceptait comme allant de soi que chaque Premier ministre doit privilégier sa région ou sa province dans la réalisation des investissements qui sont financés avec les impôts collectés auprès de l'ensemble des citoyens ? Vous voyez bien que poussée à l'extrême, cette manière de voir les choses conduit à une impasse. Cela dit, je suis fier de ce que j'ai pu faire pour toutes les régions du Burkina Faso y compris la mienne pendant que j'étais Premier ministre, dans le cadre de l'exécution normale du programme de l'Etat. Des infrastructures significatives ont été réalisées dans la région du Centre- Nord et particulièrement dans la province du Sanmatenga. Je m'en suis réjoui et j'ai fait ce qui était en mon pouvoir pour faciliter leur mise en œuvre lorsque c'était nécessaire. Mais ce ne sont pas mes contempteurs comme vous dites, qui me jetteront des fleurs. Eux, cherchent plutôt à nuire à mon image, mais c'est peine perdue pour eux car on ne cache pas le soleil avec un doigt. Je suis un fils du royaume de Boussouma, de la province du Sanmatenga et de la région du Centre-Nord. Je suis attaché à ce terroir par toutes les fibres de mon être. Comment peut-on imaginer que sur un plan personnel, je sois indifférent au sort de mes frères et sœurs qui résident sur ces terres ancestrales ? Bien sûr, mon épouse et moi apportons, à titre privé, aide et assistance aux ressortissants les plus démunis de ces localités, dans la mesure de nos moyens. Mais nous venons de traditions familiales ancestrales qui veulent qu'on ne fasse pas étalage de ses bienfaits.

Qu'est-ce qui fera la force de KDO à la prochaine présidentielle ?

Je ne raisonne pas vraiment en termes de « force », comme s'il s'agissait d'une compétition sportive, ou d'une tournée d'un cirque avec des tours de foire. Je le dis à dessein. Je souhaite vraiment que la pratique politique retrouve ses lettres de noblesse dans notre pays. Je pense qu'un candidat à une élection présidentielle, doit convaincre les électeurs sur la pertinence de son projet de société, sur sa capacité personnelle à mener à bien ce programme et à gouverner le pays dans le meilleur intérêt de la population, en veillant au bien-être de tous et particulièrement des plus vulnérables. Mes équipes et moi sommes en train de finaliser ce programme qui sera publié en temps utile. Et j'ai la faiblesse de croire que mon expérience comme chef du gouvernement et dans des fonctions internationales de premier plan, témoignent de ma capacité à gouverner.

Quelles seront vos faiblesses ?

Une chose est sûre, j'ai une quantité de défauts, comme tout homme. Mais pour avoir une bonne réponse à cette question, vous gagneriez à interroger les gens qui me connaissent et ceux qui, même sans connaître, me trouvent des tares innombrables. La vérité se trouvera sans doute dans la moyenne de ces critiques.

A quoi ressemblera le Burkina Faso avec KDO comme président du Faso ?

En somme, vous me demandez la vision qui sous-tend mon projet de société. J'ambitionne, avec la participation active de l'ensemble de nos concitoyens, de contribuer à faire du Burkina Faso un pays où l'on vive dans une sécurité retrouvée, dans la paix, sous la protection d'un Etat qui exerce pleinement ses missions régaliennes et de développement sur toute l'étendue de notre territoire. Je voudrais que nous œuvrions, ensemble, à faire régner à nouveau la concorde entre toutes les communautés qui vivent dans notre pays, qu'elles se sentent dans une totale sécurité, qu'elles entretiennent mutuellement des relations pacifiques, fraternelles, à l'image de celles que nous connaissons déjà dans les parentés à plaisanterie qui constituent un formidable héritage culturel pour notre société, en même temps qu'un puissant facteur de cohésion. Nous devons éradiquer les actes et les paroles de stigmatisation sociale fondés sur l'appartenance ethnique, de même que toutes les autres formes de discrimination. Je prône une véritable réconciliation nationale entre les Burkinabè. Les chemins pour atteindre ce but peuvent varier. Malgré l'histoire assez tourmentée de notre pays, nous avons connu des temps où il n'y avait pas autant de divisions, de méfiance, de haine et de violence physique ou verbale entre les citoyens. J'aspire à ce que nous retrouvions ces temps de quiétude et de fraternité. Pour cela, il faut que notre pays progresse sur le plan économique et que les fruits de la croissance soient répartis équitablement entre les citoyens. La jeunesse de notre population est notre force. Nous devons nous organiser pour tirer le meilleur parti de ce facteur de dynamisme de notre société en consacrant des efforts importants à l'éducation, à la formation professionnelle et à l'emploi des jeunes. Une société équilibrée implique que les femmes se voient reconnaître la place qu'elles méritent dans son fonctionnement. Nous devrons mettre fin aux violences contre les femmes, veiller à la protection et à l'éducation des jeunes filles. L'Etat devra donner l'exemple du progrès vers l'égalité des femmes et des hommes, en réalisant progressivement la parité dans les institutions publiques. Pour favoriser le développement économique, nous devrons créer un environnement des affaires sain, incitatif. Nous travaillerons plus activement à assurer la transformation locale de nos productions agricoles. Nous nous donnerons les moyens d'exercer un contrôle efficace sur l'exploitation de nos industries minières, dans une relation saine avec les investisseurs de ce secteur. Nous mènerons une lutte implacable contre la corruption, pour débarrasser notre administration et notre économie de ce fléau. Nous restaurerons une Justice équitable, indépendante, crédible, proche des citoyens. Vous voyez, les domaines dans lesquels nous pouvons agir ensemble pour réaliser des progrès décisifs dans notre pays, sont nombreux. Je souhaite qu'en 2025, sous mon mandat, le Burkina ressemble à ce que j'ai dit ci-dessus.

Avez-vous des nouvelles de Blaise Compaoré ?

J'ai eu le privilège de servir notre pays en qualité de Premier ministre aux côtés du Président Blaise Compaoré. Je lui témoigne une haute estime et un grand respect. Il m'arrive effectivement de recevoir de ses nouvelles par divers canaux et de lui rendre visite lorsque je vais Abidjan.

« Tout ancien chef d'Etat a droit à la considération et au respect, quelles que soient les erreurs qui ont pu être commises non intentionnellement »

Avez-vous l'impression qu'il souhaitait votre candidature au sein du CDP ?

Je l'ai tenu informé de ma décision de me porter candidat à la prochaine élection présidentielle. Vous savez, le président Blaise Compaoré est un homme d'Etat et en tant que tel, il ne saurait être indifférent au sort et aux aspirations de notre peuple. Peu importe le côté où on se place, l'essentiel est de servir les intérêts supérieurs du pays.

Comment avez-vous accueilli son départ suite à l'insurrection en 2014 ?

Il n'est pas nécessaire de revenir sur des sentiments de 2014. Il y a une situation que nous avons tous vécue avec tristesse. L'essentiel, c'est de se consacrer à résoudre les défis du moment pour le Burkina Faso. Aucun homme ne dirige aussi longtemps sans faire des erreurs. Je souhaite que, par la réconciliation, les Burkinabè puissent cicatriser les plaies du passé et surtout éviter à l'avenir la survenance de ce que nous avons eu à déplorer au cours de notre histoire récente. Tout ancien chef d'Etat a droit à la considération et au respect, quelles que soient les erreurs qui ont pu être commises non intentionnellement.

Quels sont vos rapports avec Roch Marc Christian Kaboré, président du Faso et comment jugez-vous sa gestion du pays ?

Mes rapports avec le Président du Faso sont courtois, cordiaux et respectueux en ce qui me concerne, comme l'exige sa fonction. Concernant la seconde partie de votre question, si je me suis porté candidat à l'élection présidentielle, c'est que les résultats de sa gestion ne me semblent à la hauteur des espérances de nos concitoyens. L'insécurité s'est aggravée à un point qui est devenu indescriptible. Des zones entières du pays échappent au contrôle de l'Etat. Près d'un million de nos concitoyens ont été obligés de fuir leurs villages. Des milliers d'enfants ne peuvent plus aller à l'école. Des centres de santé ont fermé. Dans certaines localités, les services de police et de gendarmerie ont été contraints de fermer. Les phénomènes de stigmatisation de certaines communautés se multiplient, avec des soupçons de massacres qui ne semblent pas donner lieu à des enquêtes judiciaires diligentes. Si bien que l'avenir du pays est lourd de menaces de toutes sortes, face auxquelles on ne perçoit pas une réponse sérieuse. La panne de l'économie est aggravée par les mesures restrictives liées à la Covid-19. Le pays est profondément divisé, les tensions diverses sont exacerbées. Une corruption galopante semble s'être installée au cœur de plusieurs institutions, jusque dans les cercles les plus élevés du pouvoir. Ce sont des faits que vous connaissez sans doute mieux que moi et qui ne sont pas étrangers à nos concitoyens. Tout cela pour dire que lorsqu'on a, à son passif, une situation aussi dégradée, on ne peut pas dire décemment que l'on a un bilan positif parce qu'on a construit des routes et des écoles. Tous les gouvernements font des routes et des écoles. La vraie question est de savoir si le pays va bien et s'il est bien gouverné, si les citoyens voient devant eux des motifs d'espoir.

Quel est votre message pour le peuple burkinabè ?

Le message que j'adresse au peuple burkinabè est le suivant : chers compatriotes, chers frères et sœurs, vous voyez comme moi que notre pays va mal. Le terrorisme, la mauvaise gouvernance et la Covid-19 rythment notre vécu quotidien et bouchent notre horizon. Ce climat peut inciter à la morosité et au découragement. Je voudrais cependant vous adresser un message d'espoir et de courage. Dans les circonstances difficiles que nous traversons, le seul espoir que nous avons de changer le cours des choses dans notre pays, réside dans les élections qui vont avoir lieu le 22 novembre de cette année. Vous aurez le pouvoir, ce jour-là, de prendre votre bulletin de vote et de décider de façon souveraine et pacifique que vous voulez changer vos dirigeants politiques, parce que ceux dont le mandat s'achève, ne vous ont pas donné satisfaction. Usez de ce pouvoir, en toute liberté, en toute conscience et en toute tranquillité, parce que dans une démocratie, le jour du vote est le seul jour où le pouvoir est exercé par son maître souverain : le peuple. Alors, ne vous abandonnez pas à un sentiment de fatalité, en pensant que les jeux sont faits, que la fraude va décider du résultat, que tous les régimes politiques se valent. Ce n'est pas vrai. Vous avez le pouvoir de changer votre destin et j'aimerais vous faire partager la conviction que notre pays peut emprunter une nouvelle voie d'espérance, dans laquelle nous travaillerons ensemble pour le bien de tous et de chacun.

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