Sénégal: Moussa Fall (Saut en Hauteur) - L'ancien recordman d'Afrique n'est pas prophète chez lui

22 Juillet 2020

Ancien recordman d'Afrique et toujours recordman du Sénégal du saut en hauteur (2,26 m), Moussa Fall était revenu dans son pays natal pour enseigner sa science, sur l'insistance du président Lamine Diack. Au bout de 10 ans de travail acharné, il est reparti déçu et s'en est retourné en France où un intéressant challenge lui est proposé.

«Je suis reparti, en 2018, déçu du Sénégal et de l'Afrique, mais je rebondis en France» ! Moussa Fall, spécialiste du saut en hauteur qui se dit «un homme de l'ombre», n'a pourtant pas hésité à pousser ce cri du cœur pour dire combien il a mal. Mal d'avoir sacrifié 10 ans de sa vie, loin de sa famille restée en France, pour au bout du compte être lâché après la suppression de sa spécialité, le saut en hauteur, suite à la fusion entre le Ciad et le Centre régional de développement de Dakar.

Pourtant, «j'ai toujours donné le meilleur de moi-même comme formateur au Centre international d'athlétisme de Dakar», signale Moussa Fall qui détient le record du Sénégal de haut en hauteur depuis 1979 (2,26 m en extérieur et 2,29 m en salle).

Avec le recul, il se dit qu'il n'avait pas tort d'avoir beaucoup hésité avant d'accepter l'offre de Lamine Diack, alors président de l'Iaaf (aujourd'hui World Athletics) de revenir servir son pays et son continent. Mais, il avait fini par ... faire le saut, au bout de 3 ans.

Une fois à Dakar, cependant, «on me contrôlait, on scrutait mes moindres gestes, on me compliquait la vie».

N'empêche, il avait tenu bon, décidé à réussir vaille que vaille sa mission. «Je détectais et formais de jeunes pépites qu'un autre technicien, Locatelli, me piquait pour les placer en Allemagne. Qu'importe, je continuais à faire mon boulot. Je n'ai jamais baissé les bras».

Lui, le premier Africain à sauter 2,20 m et double champion d'Afrique (en 1982 et en 1985 au Caire) avait à cœur de transmettre son savoir, de partager son vécu.

Ainsi était-il parvenu à «sortir de nulle part», le Soudanais Younis Mouhamed qu'il a fait progresser de 2,03 à 2,28m et qui a remporté le concours aux Jeux africains de Maputo en 2011.

Mais sa plus belle réussite, sa fierté, c'est le Kenya Matthews Sawe qui culmine aujourd'hui à 2,30 m et a été champion d'Afrique en 2016 à Durban en Afrique du Sud et deux ans plus tard à Asaba au Nigéria.

«Des gens pas nets»

Malgré tout, lorsqu'il a fallu «supprimer» une discipline du programme du centre de Dakar, c'est sa spécialité qui a été zappée.

Sans vouloir «cracher sur la soupe» et mordre la main qui l'a nourri, du fait «des valeurs qui (lui) ont été inculquées dans (son) Sénégal natal», Moussa Fall n'en estime pas moins que «des gens n'ont pas été nets» avec lui.

Alors, il s'est résolu à rejoindre la France et l'Insep de Paris où il avait été formé et où son travail et sa compétence sont reconnus.

La preuve, la France a toujours cherché à lui faire défendre ses couleurs. Avec le temps cependant, et ses résultats plaidant pour lui, la France l'a de nouveau sollicité «pour prendre en charge des jeunes sauteurs de valeur dans la perspective des Jo de 2024 chez nous (sic) en France».

Moussa Fall qui estime que sans sa blessure aux Jo de Los Angeles en 1984, il aurait certainement été le premier Sénégalais médaillé olympique pour avoir battu tous les meilleurs mondiaux du saut en hauteur en 1983 à Paris, est convaincu qu'il aurait pu briller dans n'importe quelle autre discipline sportive. «J'étais polyvalent, brillant presque partout», soutient-il.

À la Médina où il a grandi, il avait la chance de cohabiter avec de grands sportifs : Lamine Diack, Mansour Dia, Amadou Gackou, Papa Gallo Thiam et de pouvoir avoir accès à des infrastructures sportives comme les stades Iba Mar Diop et Assane Diouf ou le Champ des courses.

Moussa Fall qui dit «avoir toujours aimé courir» a fait le demi-fond, les haies, la hauteur et a même été plusieurs fois champion du Sénégal de cross.

«Ce qui faisait notre force à l'époque, c'étaient les écoles de sport en général», confie celui qui dit encore avoir été un très grand gardien de but au football, avoir pratiqué le handball et le basket, été de l'école de lutte de l'Américain d'origine japonaise Lee et d'avoir même enfilé des gants de boxe avec feu Idrissa Dione ».

Formateur taximan

De son premier formateur, Talla Kane qui était ... taximan à Bill Sall qui l'a repéré et pris en charge et a beaucoup contribué à en faire ce qu'il est devenu, en passant par Ndiaye Tokyo et Jean Gomis assisté de Lamine Ndaw, Moussa Fall a été couvé et éduqué comme il aurait tant aimé en couver et en éduquer d'autres.

Il se souvient que c'est Bill Sall, alors Dtn, qui l'avait envoyé, à 15 ans, aux Jo de Montréal en 1976 alors qu'il venait de franchir une barre à 1,95 m. «Sur place, je m'étais promis de réussir les minima et de me qualifier pour les Jo suivants». Promesse tenue, puisque 4 ans plus tard, Moussa Fall était de la délégation du Sénégal à Moscou.

Aujourd'hui, ce technicien supérieur du sport, spécialiste du saut en hauteur, qui aurait pu prétendre au poste de Dtn en France s'il avait accepté l'offre de ce pays de défendre ses couleurs, est l'exemple vivant que «nul n'est prophète chez soi». Il est donc retourné à l'Insep de Paris où il avait été formé à partir de 1978.

Avec son club du Ca Montreuil, il avait déjà été «pourvoyeur de champions» de France de saut en hauteur. Avec la France «qui m'a fait confiance», il compte «fabriquer» des champions olympiques aux Jo de 2024.

«C'est pas beau ça ?», s'exclame-t-il comme pour signifier qu'il a tourné pour de bon la page de son expérience dans son autre chez lui, le Sénégal et l'Afrique...

Plus de: Le Soleil

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