Congo-Kinshasa: Vient de paraître - « Pour l'amour de Zaïna » de Moyila Ngonda, paru aux Éditions Renaissance Africaine

interview

Moyila Ngonda, Chargé d'Affaires de la RDC à Riyad et auteur de Pour l'amour de Zaïna, explique aux Dépêches de Brazzaville / le Courrier de Kinshasa les motivations de la parution de sa nouvelle œuvre

Les Dépêches de Brazzaville (L.D.B.) : Vous êtes déjà l'auteur de Voies et moyens de la connaissance universelle de Dieu : science, religion, mysticisme et prière (Éditions Dagan et Renaissance Nubienne Éditions, Paris, 2014) et de L'exotérisme et l'ésotérisme, ou l'ambivalence des enseignements divins dans la religion (Éditions Dagan et Renaissance Nubienne Éditions, Paris, 2015) ; de penseur sur la spiritualité, on vous découvre chroniqueur social à l'image d'un Franco Luambo Makiadi.

Moyila Ngonda (M.N.) : Oui, j'aime varier les genres et les domaines. Je répugne à l'uniformité. C'est pourquoi j'essaie d'être à la fois écrivain, artiste-peintre, graveur, sculpteur, fondeur d'art, et membre de l'Union des écrivains congolais, de l'Association des artistes plasticiens congolais, de l'Association internationale des critiques d'art (section Congo) ainsi que de l'Académie des marches de Saint-Jean-de-Luz France.

L.D.B. : L'histoire de votre roman Pour l'amour de Zaïna se passe à Kinshasa dans les années 1990... Comme dans celui de 2019, Retrouvailles (Z4 Éditions). Êtes-vous nostalgique de cette époque-là ?

M.N. : Pas du tout ! J'aborde cette époque dans mes deux romans, car c'est celle-là que je connais le mieux. Mais en trente ans, qu'est-ce qui a changé à Kinshasa sur le plan des mentalités ? Malgré les nouvelles technologies, qui nous connectent au monde à tout moment, je crois que ma ville natale a gardé les mêmes caractéristiques, c'est-à-dire une ville spectacle.

L.D.B. : En parlant de ville spectacle, votre roman la décrit assez bien, puisque c'est un roman réaliste - des détails descriptifs, des précisions spatio-temporelles, des champs lexicaux de la vie sociale, etc - L'un des personnages, Kikodi, homme d'affaires et lié à des politiques, n'hésite pas à corrompre à tout-va pour l'amour d'une jeune fille...

M.N.: Effectivement, cet homme incarne le Congolais qui a réussi : il se croit tout permis. Il me rappelle, si vous voulez, un personnage de Dostoïevski, qui clamait haut et fort : « Dieu est mort ! Tout est permis !» C'est pourquoi, désillusionné, éconduit par Zaïna, il commet un meurtre. Il assassine en effet l'amant de celle qui est la cause de son tourment. Se pose donc la question de savoir si la déception amoureuse est, seule, sa motivation. Je laisse le soin aux lecteurs de le découvrir par eux-mêmes. Cependant, si ce personnage dostoïevskien, Kikodi, n'avait pas eu de relations politiques, aurait-il eu le courage de commettre ce meurtre ?

L.D.B. : Pour ce deuxième roman, vous avez fait le choix des Éditions « Renaissance Africaine », du Congolais de Brazzaville Elvez Ngaba. Pourquoi ?

M.N.: J'aime tenter des expériences. Et puis, avec Elvez Ngaba, nous parlons les mêmes langues : nous avons donc une consanguinité culturelle. Mais au-delà du pont Kinshasa-Brazza, du moins symbolique, c'est d'abord la qualité de ses publications qui m'a séduit. Du reste, il est diffusé par une grande maison française.

Extraits :

« Au centre-ville, la plupart des établissements commerciaux et industriels commençaient à fermer leurs portes, déversant sur les rues un flot d'individus pressés de rentrer chez eux, souvent dans les cités périphériques. À cette période de la journée, les moyens de transport public devenaient très difficiles et il fallait parfois attendre des heures et des heures, avant d'attraper un taxi ou un bus. C'était une habitude pour les gens pressés de marcher jusqu'au niveau de l'Avenue Kabinda, non loin du marché Simba Zigida, en face de l'aérodrome de Ndolo. »

« Monsieur Kikodi, car il aimait qu'on l'appelle ainsi, était PDG d'une petite entreprise de commerce général et ne connaissait pas tous ces problèmes de transport. Son bureau était climatisé et sa grosse voiture Mercedes l'attendait au rez-de-chaussée. Il suffisait que son chauffeur le voie descendre les escaliers du 1er étage de l'immeuble pour qu'il aille lui ouvrir la portière de sa voiture.

En cette fin d'après-midi-là, le PDG était assis derrière son bureau jonché de plusieurs bordereaux de vente, des factures et autre paperasse. Tout en bavardant bruyamment, son bras se détendait de temps en temps, pour aller prendre un verre de liqueur et le porter à ses lèvres charnues. Il ne s'agissait pas tout à fait d'un monologue car, assis devant lui, son comptable comptait une partie de la recette de la journée.

Des tas de billets de banque. Une petite fortune si la monnaie de ce pays ne se dépréciait chaque jour. Tout cet argent provenait de ses trois magasins, dont l'un se trouvait juste au rez-de-chaussée de cet immeuble de trois étages qui lui appartenait. Kikodi possédait en plus cinq camions de transport des marchandises, sept minibus et une dizaine de voitures faisant fonction de taxis. Bientôt les chauffeurs viendront verser la recette de leurs courses de la journée. Mais Kikodi ne possédait pas que cela, ses relations d'affaires avec les Libanais et autres trafiquants de tous bords lui rapportaient bien mieux. »

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