Afrique de l'Ouest: La CEDEAO et la crise malienne - Un commando de chefs d'Etat pour sauver le soldat IBK

Ils devaient être 4. C'est finalement 5 chefs d'Etat de la CEDEAO qui sont arrivés à Bamako dans la soirée du mercredi 22 juillet. Muhammadou Buhari, le président du Nigeria, est l'invité surprise, ou plutôt le renfort de poids, aux côtés de ses homologues du Ghana, de la Côte d'Ivoire, du Sénégal et du Niger, partis sur les bords du Djoliba pour renforcer la digue de la cohésion sociale et du processus démocratique qui prend l'eau de toutes parts.

Depuis hier matin, ils ont engagé un chassé-croisé diplomatique entre les protagonistes de la crise. Comme pour rendre la politesse à leur homologue Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), balloté depuis 40 jours par le vent du mécontentement populaire, c'est lui qui a d'abord reçu les présidents de la CEDEAO au palais de Koulouba.

La délégation a ensuite reçu l'incontournable imam, Mahmoud Dicko, et l'opposant Choguel Maïga, les éminences grises du Mouvement du 5-juin / Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), et enfin une délégation des organisations de la société civile.

Après le non de l'opposition malienne aux propositions de sortie de crise faites par les négociateurs de la CEDEAO, conduits par l'ancien président Good Luck Jonathan, cette forte implication des chefs d'Etat poids lourds de l'espace communautaire changera-t-elle la donne ?

En tout cas le Mali retient son souffle et toute l'Afrique de l'Ouest avec. En effet, si ce pays devait être déstabilisé plus qu'il ne l'est déjà, l'onde de choc du cocktail explosif que fait Mahmoud Dicko du salafisme et du politique soulèverait des vagues de mouvements sociaux du Sahel aux côtes de l'océan Atlantique.

De fait, cet imam qui a fait des études coraniques en Mauritanie et en Arabie saoudite ne cache pas sa prédilection pour certaines thèses des groupes djihadistes qui combattent pour instaurer un ou des Etats islamiques dans la région.

Surfant donc sur le mécontentement des populations maliennes né des faillites du pouvoir d'IBK en matière de sécurité, de bonne gouvernance et de transparence électorale, il pourrait jouer un tour pendable à la République malienne et aux valeurs démocratiques chères aux Etats de la CEDEAO, si l'on n'y prend garde.

On comprend alors ce casting des chefs d'Etat accourus dare-dare à Bamako pour sauver le soldat IBK et, avec lui, les institutions républicaines.

On croise donc les doigts pour que l'illuminé imam soit moins intransigeant et qu'il ne cherche pas à remplacer sa chaire de théologie par le fauteuil présidentiel.

Les chefs d'Etat de la CEDEAO n'auraient pas flairé ce danger qu'ils n'indiqueraient pas que le maintien d'IBK à son poste est non négociable.

Pour le reste, notamment la nomination d'un nouveau Premier ministre et la répartition des portefeuilles d'un gouvernement d'union nationale, les négociations restent ouvertes.

A la fin de la première journée des négociations sous l'égide des chefs d'Etat, il n'y avait rien à se mettre sous la dent matière d'avancée. Le communiqué final promis se faisait attendre. Cela fait penser que les chefs d'Etat de la CEDEAO n'ont pas une solution prêt-à-porter pour sortir le Mali de la crise.

De là à dire qu'ils sont engagés dans une négociation ardue avec les parties en présence, il y a un pas.

En attendant, les Bamakois ne bouderont pas le plaisir d'un weekend paisible ces jours-ci ; le M5 n'ayant pas appelé à de nouvelles manifestations. Le calme avant une nouvelle tempête ? Ou le signe annonciateur d'une paix des braves ?

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Plus de: L'Observateur Paalga

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